Carte Blanche : Au revoir, Monsieur Remacle

Une carte blanche émouvante de Nicolas Boucher, étudiant en sciences sociales et politiques à l’ULB, qui réagit à la mort du professeur Eric Remacle, survenue aujourd’hui.

À presque quarante ans, je m’étais lancé dans le défi de reprendre des études. Pas n’importe lesquelles, non, celles qui me permettraient peut-être de changer quelque chose au sein du système ne fut-ce qu’en étant capable de l’analyser. C’est ainsi que je reçus un accueil favorable au sein de la faculté de sciences sociales et politiques de l’ULB.

Ce n’est pas tous les jours facile d’être un étudiant en jury central. C’est à dire qui suit les cours à distance et ne présente que les examens. Comme beaucoup d’étudiants, tout compte fait, c’est vrai. Mais ce n’est tout de même pas évident tous les jours de s’accrocher malgré le confort quotidien du salaire, de la famille, des amis.

Il est pourtant des professeurs qui vous donnent cette énergie pour ne jamais flancher. Des enseignants qui sont capables de transmettre leur savoir tout en vous poussant à continuer vos recherches personnelles. Il en est même qui veulent que vous soyez encore meilleur parce qu’ils croient en vos capacités.
Monsieur Remacle était de ceux là. Depuis le premier jour où je l’ai contacté pour expliquer que j’étais dans une situation particulière, depuis le tout premier mail, il m’a aidé, il m’a soutenu, il m’a encouragé. Non seulement pour réussir ses cours, mais mon parcours universitaire. Je sentais que c’était important pour lui que je réussisse.Quand je dis réussir, ce n’est pas suffisant. Il m’a fait avancer vers des nouveaux horizons, il m’a permis de voir des nouveaux aspects, il a eu confiance en moi et dans mes travaux de politologue en formation. Il a compris que malgré mon âge, la passion était présente qu’il y avait beaucoup plus qu’une simple réussite qui m’animait.
Je suis convaincu qu’il y a d’autres professeurs de sa trempe au sein du département, de l’Université. Seulement, avec Monsieur Remacle, j’ai eu l’occasion d’échanger beaucoup. Cela faisait quatre mois qu’il me guidait quotidiennement pour les travaux pratiques, quatre mois que j’attendais avec impatience son commentaire sur mon analyse de l’actualité.
J’ai été marqué par ses encouragements à continuer. Il parvenait à tirer le meilleur de moi, c’était une relation étudiant-professeur enrichissante, épanouissante, grandissante. Chaque semaine, je ressentais la nécessité de faire mieux que la précédente. Lorsqu’il m’avait corrigé, j’avais soif d’en connaître encore plus.
Il était comme cela, ce Monsieur. Étonnamment, j’ai eu la chance de le rencontrer à Genève, à l’institut Européen. J’y ai passé un des tests avec lui.De ce rendez-vous, c’est surtout la demi-heure de discussion qui m’est restée. Le quizz n’était qu’une formalité nécessaire, mais il a pris le temps de me rencontrer.
Je suis ressorti de l’entretien prêt à encore améliorer mes travaux, à essayer d’atteindre l’excellence. Tout autant que ses courriels quotidiens, ces paroles donnaient envie d’aller plus loin. Il restait encore deux mois, mais il m’avait réconforté, conseillé, encouragé. J’avais ressenti qu’il voulait que son élève s’élève.
Je l’ai revu une dernière fois il y a dix jours. (Quelle horreur de savoir ce qu’il se cache dans le mot « dernière » que je viens d’utiliser.) Le travail final devait être rendu avant-hier, mardi. Je lui ai envoyé dans la nuit de mercredi vers 4h. À 10h30, j’avais déjà sa réponse. J’avais atteint l’objectif, pardon, nous l’avions atteint.
Cette énergie, je l’avais dépensée avec lui, pour lui. C’était plus qu’un professeur, c’était un exemple, un guide, un booster de connaissances. Au travers ce témoignage, je voulais dire à quel point c’était un grand Professeur.
Hier, je lui écrivais « Encore merci pour votre aide et l’adaptation de votre enseignement à ma situation d’étudiant en jury central. J’espère à très bientôt. » Je m’attendais à le retrouver une autre année, j’étais impatient d’encore apprendre, de le revoir, de l’entendre, de l’écouter à nouveau, de lui parler, d’échanger avec lui.
Hier soir, « à bientôt » est devenu « à jamais ».
Nicolas Boucher

3 Comments

  1. Anonyme

    23 mai 2013 at 8:23

    Un booster de connaissances. exactement… Vous avez vu juste sur Mr Remacle..

  2. Hélène

    24 mai 2013 at 8:53

    Très belle carte blanche, touchante et sincère. Un excellent pédagogue, un des meilleurs enseignants de la faculté, une perte énorme pour l’ULB et la société en général.

  3. Coline Remacle

    24 mai 2013 at 2:19

    Cher Nicolas,

    Un tout grand merci pour ce bel hommage à cet homme fantastique qu’était mon oncle. Je le reconnais dans chaque ligne de votre texte. Ce qu’il voulait transmettre à ses étudiants c’est tout ce que vous venez de nous livrer. Pari réussi!

    Bonne continuation!

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