Thatcher règne encore

Le 8 avril dernier, à 87 ans, Miss Maggie, alias la Dame de Fer (rapport à son intransigeance), Margaret Tatcher est morte, chez elle, à Londres, d’une crise cardiaque. Retour sur ce qu’a laissé cette leader du parti conservateur qui a dirigé la Grande-Bretagne de 1979 à 1990 ; et qui inspire encore beaucoup la politique en Europe. « Malheureusement » diront certains. Voici pourquoi.

Les débuts

Imaginez un peu un pays dont la croissance est en berne, une croissance qui ne dépasse pas les 1,5% (quand elle est seulement positive) ; où le chômage atteint presque 10% de la population active ; qui se désindustrialise à grande vitesse ; où l’inflation est de 15% par an ; qui est contraint de demander un prêt de quatre milliards au FMI… Les pays du sud de l’Europe en 2013 ? Hé noooon :  c’est l’Angleterre des années 70 !

Dans ce contexte, qui rappelle étrangement l’Europe toute entière d’aujourd’hui, une femme va accéder au pouvoir et y rester pendant 11 ans ; un des plus long mandat jamais exercé en Angleterre.

Margaret Hilda Roberts, ayant épousé (Sir) Denis Thatcher, a pris la tête du parti conservateur, le Tory,  en 1975. Elle sera élue Premier Ministre de Sa Majesté (et attention : ne pas dire premièrE : elle ne voulait pas) en 1979. Elle sera la première femme a diriger un pays en Europe.

 

Parcours avant 1979

Née en 1925, son père était épicier et membre du parti conservateur dans la petite ville de Grantham, au centre de l’Angleterre. Il lui fera prendre goût à la politique. La famille est de tradition méthodiste et d’un milieu tantôt modeste, tantôt relativement fortuné (selon les sources) ; cela aura une influence sur elle tout au long de sa vie. Très bonne élève, elle obtient une bourse et va étudier la chimie au lycée (ce qui nous rappelle étrangement un certain… Elio di Rupo, mais la ressemblance s’arrête là). Elle travaillera dans ce domaine pendant quelques années, tout en s’investissant dans la politique à un niveau local.

En 1950, elle entame des études juridiques afin de progresser dans le parti. C’est durant cette période qu’elle rencontre celui qui sera son futur époux : Denis Thatcher, un homme issu d’un milieu aisé. Elle avouera avoir simplement recherché un homme capable de subvenir à ses besoins pendant qu’elle poursuivait ses études ; et que leur relation n’aura jamais été passionnelle. All right.

En 1959, elle sera élue pour la première fois au parlement. Elle travaillera un peu dans le ministère des retraites. En 1970, elle deviendra ministre de l’éducation. Elle mènera alors un politique de coupe budgétaire (supprimer les distributions de lait gratuit aux enfants notamment, sympa) ; avant de changer d’avis sous la pression politique et de ne plus regarder à la dépense pour son ministère, comme les autres ministres de l’éducation de l’époque, le tout afin de regagner en popularité. Elle sera elle-même très critique sur son bilan par la suite.

En 1974, le parti conservateur perd les élections. Elle prendra la tête du parti en 1975. Elle fait de grands discours anticommunistes (elle les accuse par exemple de vouloir dominer le monde et d’être prêt à sacrifier leur population et son bien-être pour cela). En réaction, l’étoile rouge, organe de propagande du parti communiste soviétique la surnomme « Dame de fer de l’occident », très vite relayé par radio Moscou (inspiré par l’expression « rideau de fer », employé par Churchill pour désigner la frontière qui sépare l’Europe de l’Ouest et l’Europe de l’Est mais aussi par le tristement célèbre instrument de torture). On ne conservera que le surnom de « Dame de fer », qui lui ira comme un gant pour le reste de sa carrière. En 1979, son parti remporte tranquillement les élections et arrive au pouvoir. Elle devient alors Premier Ministre.

Arrivée au pouvoir

Ça commence fort en 1980, avec un vaste plan de privatisation : l’énergie, l’automobile, la métallurgie, les hydrocarbures, etc. passent des mains de l’État au domaine privé. Il est vrai que les fondements intellectuels de ce qui allait devenir le « thatcherisme » consistait en « déréglementation » et « État minimal ». Elle diminua les taux d’impositions, augmenta la TVA et entreprit de vendre les logements sociaux à leurs locataires dans le but de promouvoir la propriété.

L’autre grand champ de bataille de 1980 sera le combat contre le pouvoir des syndicats. En effet ceux-ci était « trop puissants » selon elle, et avaient au cours de la dernière décennie provoqué des grèves de grande ampleur (notamment la grève de trois mois, durant l’hiver du début de l’année 1979, avant qu’elle ne soit élue, aussi appelé Winter of Discontent, ou l’Hiver du Mécontentement) qui avaient considérablement paralysé le pays. En conséquence, elle fit passer plusieurs lois (en plusieurs fois, lors de ses trois mandats) qui « limitèrent les prérogatives syndicales, tel le closed shop (le monopole syndical d’embauche – pratique qui consistait en ce que les syndicats seuls décidaient qui l’entreprise engageait, et évidemment que des personnes prêtes à se syndiquer- NDLR), interdirent les grèves de solidarité dans des usines non concernées par un conflit, rendirent les syndicats juridiquement responsables des dégâts occasionnés au cours des grèves et obligèrent les dirigeants syndicaux à consulter la base par des scrutins à bulletin secret avant de déclencher une grève [ainsi que pour] l’élection des dirigeants syndicaux ».

Entre 1979 et 1982, le nombre de chômeurs passe de 1,5 millions à 3 millions. La grogne est au plus haut, des émeutes violentes ont lieu dans les grandes villes industrielles au cours de 1981. Il y a peu d’espoir pour le parti conservateur de rester au pouvoir lors des élections qui devront avoir lieu en 1983. Mais un événement majeur va changer la donne.

Une politique extérieure tout aussi rigide

Le 2 avril 1982, l’Argentine, alors dirigée par une junte militaire, décide d’envahir les Malouines (îles Falklands, en anglais). Ces îles, situées à 500 kilomètres des côtes argentines, faisaient partie de l’empire britannique. L’empire britannique ne les avait pas occupées tout le temps durant l’Histoire ; et la jeune Argentine indépendante, entre 1820 et 1833, en avait profité pour les occuper aussi. D’où un très vieux différend qui aujourd’hui encore n’est pas complètement réglé.

L’Argentine avait décidé d’envahir les îles pour détourner l’opinion publique interne de sa situation économique catastrophique ; et détourner l’opinion internationale de la (préoccupante) question de respect des droits de l’Homme dans le pays à l’époque.

Face à cette situation, Margaret Thatcher voit la possibilité de réaffirmer son autorité en vue des élections de 1983. Petit saut dans le futur :  depuis l’explosion du cours du brut en 2010, l’exploitation du pétrole contenu dans la région est devenu rentable. Géopolitiquement, on soupçonne donc aujourd’hui les deux pays de vouloir contrôler ces îles pour pouvoir un jour appuyer des revendications territoriales sur l’Antarctique, région au sous-sol potentiellement riche.

La guerre est courte, la Grande-Bretagne domine largement grâce à son armement supérieur, l’appui des USA et de la France. Le 14 juin 1982, un cessez-le-feu est déclaré. Le conflit fera 258 morts côté britannique et 649 côté argentin ; la victoire de Thatcher est totale, et en 1983 elle sera réélue avec la plus large majorité que le parti conservateur obtiendra jamais.

 

Un deuxième mandat dans la continuité

Réélue, la dame de fer continue son programme de privatisation: les compagnies pétrolières, de télécommunication, le nucléaire, l’automobile tombent encore dans le privé.

En 1984, elle décide de fermer des mines de charbons, qui sont déficitaires (au lieu d’essayer de simplement les rendre rentables) mais aussi pour porter un coup fatal aux syndicats et au pouvoir qu’ils détiennent encore malgré la défaite du parti travailliste. Va s’en suivre une grève qui va durer un an et s’étendre aux autres secteurs d’activité du pays, mais dont personne ne va ressortir vainqueur. Sinon elle.

En 1986 elle lance une nouvelle vague de privatisation et de dérégulation : en effet selon sa théorie, il fallait « repousser les frontières de l’État » pour permettre le libre jeu du marché et laisser la « main invisible » produire l’optimum économique. Dans cet esprit, elle rencontra Reagan, qui lança la même chose aux USA. A eux deux, ils initient ce qu’on appellera plus tard le néo-libéralisme.

Affirmons-le, c’est aussi à eux deux qu’on doit, en grande partie, la situation économique dont nous héritons aujourd’hui.

La City, quartier économique de Londres, ne se vit plus alors imposer beaucoup de règles et devient bientôt la troisième place boursière mondiale, derrière Wall Street et Tokyo. Elle encouragea aussi l’actionnariat et le nombre de détenteurs d’action passa de 3 millions en 1980 à 11 millions en 1990.

 

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We simply want our own money back

Souvent déformé en « I want my money back », cette phrase a été prononcée en 1984 par Thatcher lors d’un sommet Européen. Tatcher l’utilise pour menacer l’Europe. La Grande-Bretagne arrêtera de verser sa dotation au budget de l’Union (chaque pays a en effet une dotation à verser en fonction du pourcentage du Produit Intérieur Brut), si le pays ne reçoit pas en retour la même somme pour son agriculture, que ce qu’il a versé au budget. A l’époque (et c’est encore en grande partie le cas aujourd’hui), le budget de l’Union servait principalement pour les aides européennes pour l’agriculture, la PAC. Or, le Royaume-Uni n’a jamais eu de fermes, ou jamais organisé son agriculture comme la France par exemple ; à cause d’une industrialisation massive et plus précoce. Ce qui fait que le Royaume-Uni contribuait beaucoup plus au budget qu’il ne percevait d’argent via la PAC, au contraire de la France qui versait et recevait plus d’argent par la suite, pour le soutien aux agriculteurs. Tatcher se fait redresseuse de tort, alors qu’elle en a causé et en causera encore.

Par cette phrase, elle marque surtout son euro-scepticisme. Elle est tout a fait anti-fédéraliste et déclarera « Nous n’avons pas réussi à repousser les frontières de l’État avec succès en Grande-Bretagne pour nous les voir réimposées au niveau européen, avec un super-État européen exerçant une nouvelle domination depuis Bruxelles ». Une idée qui fait toujours du chemin aujourd’hui en grande-Bretagne…

Un troisième mandat sur le déclin

En 1987, elle est réélue, mais l’opposition travailliste regagne quelque sièges au Parlement. Elle détient cependant encore la majorité.

Ironiquement, fin 1987, une première crise boursière, en provenance d’un krash de Wall Street va faire apparaître les premières lacunes de son système économique, et la privatisation de BP (British Petroleum) est un échec total. Mais la dame n’est pas réputée pour faire demi-tour.

En 1990, là voilà écartée du pouvoir. Elle qui voulait imposer une nouvelle taxe locale, la poll tax, très impopulaire, surtout chez les plus pauvres, et ils sont légion, laissés sur la paille par ses idées et ses pratiques. Au sein de son propre parti et à cause notamment de sa position extrême sur l’Europe, elle se fait renverser. Elle démissionne donc, sur une question aussi « bête » que les taxes locales, alors qu’elle a fait des ravages dans l’emploi depuis 11 ans. Quand elle quitte son poste, le taux de chômage n’est peut-être plus que de 5,8, mais ce chiffre cache une réalité bien sombre : la majorité des emplois sont sous-payés.

 

Le système éducatif ne doit pas non plus échapper à la concurrence

Tout au long de ses trois mandat, elle va entreprendre de rendre l’éducation « rentable ». Elle commence soft, en augmentant les frais d’inscription, mais pour les étudiants étrangers seulement. La voie sera ouverte pour une augmentation des frais d’inscription pour tous les étudiants, un mouvement qui se poursuit encore aujourd’hui et est vraiment la caractéristique du système éducatif supérieur anglo-saxon.

Ensuite, le budget des universités est séparé entre l’éducation et la recherche. Si elle ne touche pas à la recherche, qui est un atout important pour elle, les frais d’éducation sont menacés ; l’attribution de fonds aux universités se fait selon des appels d’offre auxquelles elles doivent se conformer pour espérer percevoir des fonds publics. La concurrence joue à fond entre les universités. Les enseignants perdent la sécurité de l’emploi et les CDD deviennent la norme pour eux.

 

Économe ? Ou juste radine ?

Si la légende a jusqu’ici retenu qu’elle était elle même très économe, qu’elle insistait pour payer elle-même le fer à repasser qu’elle utilisait lorsqu’elle était en charge au 10 Downing street. Ne résistons pas au plaisir de citer Serge Halimi :

« Parfois invoquées avec fatalisme, les « contraintes de la mondialisation » furent bien douces pour certains gouvernants. Le 25 mai 2002 , le quotidien britannique The Gardian révélait , par exemple , que Margaret Thatcher avait enregistré sa demeure londonienne de trois millions de livres au nom d’une entreprise offshore ( Bakeland Property Ltd . Jersey ). Cela permit à la Dame de fer d’économiser environ 100 000 livres de droits d’enregistrement et d’épargner à ses héritiers près de 900 000 livres de droits de succession. Le plus légalement du monde. Nombre de contributeurs au parti travailliste ont usé du même stratagème pour échappé à l’impôt. Dont un certain David Potter, assez généreux pour verser 90 000 livres au New Labour de Tony Blair et assez pédagogue pour donner en 1999, à Downing street , une conférence sur la « création de richesse ».

Ou encore. « Comment alors ne pas être tenté de penser que « la mondialisation » n’est pas une nouvelle phase du capitalisme mais une rhétorique qu’invoquent les gouvernements pour justifier leur soumission volontaire aux marchés financiers ? Loin d’être, comme on ne cesse de le répéter, la conséquence fatale de la croissance des échanges extérieurs, la désindustrialisation, la croissance des inégalités et la contraction des politiques sociales résultent de décision de politique intérieur qui reflètent le basculement des rapports de classes en faveur des propriétaires du capital ».
(Page 457 Extrait de Le grand bond en arrière . Comment l’ordre libéral s’est imposé au monde, Serge Halimi).

On peut s’en payer des fers à repasser avec tout ça !

 

Une mort très commentée   

Dans le camps de ceux qui l’applaudissent, David Cameron a déclaré qu’elle « avait sauvé le pays ». Le pourtant travailliste (de gauche) Tony Blair quant à lui a salué une « figure politique majeure, qui sera amèrement regrettée » (bravo l’opposition, mais on reviendra sur Tony).

Dans le camps de ceux qui ne la saluent pas, on fait preuve de plus d’imagination.

« Je compatis, comme pour la mort de n’importe quelle personne. Elle, en revanche, n’a montré aucune empathie pour les victimes de sa politique dure et sans pitié », [elle a] « initié la politique qui a mené à la crise économique actuelle ; a son crédit, Margaret Thatcher a brisé le plafond de verre sexiste en politique. Mais une fois Premier Ministre, elle a a fait très peu pour les droits des femmes, elle était un macho de droite », a d’abord commenté,très digne, Peter Tatchell, militant des droits de l’Homme.

« Je bois un verre en ce moment précis. C’est un jour merveilleux, je suis ravi », a ironisé David Hopper, responsable régional du syndicat des mineurs dans le nord-est de l’Angleterre.

Ken Loach, lui, a proposé de privatiser ses obsèques. « Margaret Thatcher fut le premier ministre le plus diviseur et destructeur des temps modernes : chômage de masse, fermeture d’usines, des communautés détruites, voilà son héritage. Elle était une combattante et son ennemi était la classe ouvrière britannique. Ses victoires, elle les a obtenues grâce à l’aide des figures politiquement corrompues du Parti travailliste et de nombreux syndicats. C’est à cause des politiques mises en place par elle que nous sommes aujourd’hui dans cette situation. D’autres Premiers ministres ont suivi son exemple, notamment Tony Blair. Elle a tiré les ficelles, il fut sa marionnette. Souvenez-vous qu’elle a qualifié Mandela de terroriste et qu’elle a pris le thé avec Pinochet, ce tortionnaire et assassin. Comment lui rendre hommage ? En privatisant ses obsèques. Faisons jouer la concurrence et allons au moins offrant. C’est ce qu’elle aurait fait. »

 

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Plusieurs groupes se sont en effet réunis spontanément un peu partout en Angleterre, mais surtout dans le nord, en Écosse et en Irlande pour fêter sa mort. C’est sa personnalité polémique  qui explique qu’elle ne recevra pas de funérailles d’État, mais de simples honneurs militaires.

 

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Son héritage anglais

Ce qu’elle laisse, la politique anglaise ne peut plus s’en passer. Sa vision de l’Europe, de l’État, de l’Économie, de l’éducation, en matière de politique extérieure, etc. l’Angleterre est encore telle qu’elle l’a imaginé.

Pour preuve, quand Tony Blair, chef du parti travailliste (New Labour, social-démocrate) est arrivé au pouvoir en 1997, la majorité de ce qu’elle avait mis en place a été maintenu, avec quelques infléchissement « sociaux » mineurs. Elle a d’ailleurs déclaré elle-même que sa plus grande réussite, c’était Tony Blair : c’était d’avoir fait penser ses ennemis comme elle.

Dès lors, peu importe que son parti ne soit plus aussi brillant qu’avant en Angleterre et ne remporte plus aussi brillamment les élections, puisque tous les partis appliquent sa politique.

 

Son héritage économique douteux

Si les réactions à propos de sa mort sont aussi contrastées, c’est parce que sa politique ne l’était pas. Elle avait clairement choisit son camps, celui des chiffres et du profit. Elle avait une vision du monde qu’elle entendait bien voir se concrétiser. Et surtout, elle n’a jamais renoncé, fait demi-tour et a toujours persévérer, même si les résultats n’étaient pas au rendez-vous.

Tout cela ne nous intéresserait pas tant si ce qu’elle avait n’avait eu aucun impact sur nous. Or, c’est tout le contraire : les politiques qu’elle a mise en place ou initiée sont une des cause directe de notre situation économique d’aujourd’hui. Et à l’heure où il faut faire des choix, son exemple pourrait bien inspirer nos dirigeants, en Belgique et en Europe plus largement. Son héritage et sa politique ont d’ailleurs été bien appliqué lors de la chute de l’URSS et de ses pays satellites.

Il faut pourtant rappeler que ces choix sont discutables. Si elle a privatisé à tour de bras dans les années 80 pour éviter que le pays ne doivent assumer les coûts, et gérer plus « efficacement » ; il faut bien avouer que lors de la crise, les banques qui avaient été privatisées n’ont pas pu s’en sortir sans doses massives d’argent public. De même, privatiser pour empêcher la désindustrialisation, à court terme peut-être ; mais aujourd’hui qui peut encore croire que l’Angleterre (et l’Europe au sens large) ne se désindustrialise tout de même pas à grande vitesse ?

Il est assez remarquable aussi que Margaret Thatcher a été une des premières a utiliser (si elle ne l’a pas inventé, mais c’est discuté) l’acronyme TINA pour there is no alternative, signifiant tout simplement que il n’y a pas d’alternative au capitalisme, à la mondialisation, et tout autre choix vers des système différents conduiront à l’échec tôt ou tard. Une manière d’argumenter bien faible intellectuellement, et qui manque de démocratisme.

Et puis il y a un aspect complètement déconnecté de la réalité dans sa politique. Certes, les chiffres sont meilleurs quand on regarde le chômage, le niveau moyen de revenus, etc. Mais quand on creuse plus profondément, on se rend compte que la société britannique est devenu une des plus inégalitaires en Europe. Les riches sont devenus plus riches et les pauvres plus pauvres. La théorie du « trickle down », selon laquelle la richesse créée par les plus riche devait « couler » jusqu’au plus pauvre ne s’est jamais vue confirmer en pratique.

Mais ce qu’il y a de plus affolant, c’est que cette inégalité n’a jamais choqué Thatcher, ne lui a jamais semblé déraisonnable, et au contraire elle s’en est souvent réclamé.

Alors oui, quelques riches très riches et beaucoup de pauvres très pauvres, ça fait une moyenne de richesse par personne acceptable. Ce n’est cependant pas un « optimum économique » enviable.

On le constate aujourd’hui.

Le Tatchérisme et sa réappropriation par à peu près tout le monde en Europe et dans le monde l’a démontré : si les politiques néo-libérales peuvent fonctionner, ce n’est qu’à court terme, et à des prix sociaux très élevés. Comme nous le prouve encore la crise  économique actuelle.

En cadeaux : des chansons anti-Thatcher, ici et ici.

 

Nicolas Pochet

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