Les zombies vous saluent bien

Samedi, c’était la zombie parade du BIFFF. Sur fond de guerre de territoire (parce qu’il y a la zombie parade officielle, la zombie parade internationale et la zombie parade du BIFFF), la marche s’annonçait pleine d’enjeux. Alors, les zombies BIFFFiens sont-ils les plus convaincants ? Le mieux, c’était encore de se fondre parmi les 600 zombies présents pour vérifier.

 

BIFFF2013

 

Pourquoi devenir un zombie le temps d’une après-midi ? D’abord, ne nous le cachons pas :  c’était gratuit. Un stand tenu par les élèves d’une école de maquillage au Parc Royal s’occupait de vous refaire le portrait façon Romero, et pour pas un kopeck. En plus, les maquilleuses étaient sympas, malgré le froid mordant qui leur bouffait les doigts en ce poussif début de printemps. Et attentionnées, avec ça. Morceaux sanglants choisis : « Alors, tu veux quoi comme mutilations ?

Je prendrais une double morsure à la joue, un trou dans le front et une fracture ouverte de la pommette.

OK, pas de problème. »

Pendant que je me faisais gentiment ensanglanter, j’ai voulu savoir ce que le BIFFF leur donnait en échange de leur dévouement. Je m’attendais à un petit package, type quelques places (pour des films de zombies, par exemple), des consos, ce genre de trucs. Bah non. Les mecs se sont dits : « Mais qu’est-ce qui pourrait bien faire plaisir à des étudiantes en maquillage ? » Réponse : Du maquillage. Ben voyons. Sérieux, les gars, vous craignez.

La raison numéro 2 de se transformer en zombie le temps d’une après-midi, c’est qu’on peut boire tranquille et par là faire à peu près n’importe quoi sans se faire griller : tituber, grogner, mordre (oui, mordre), roter, et même vomir (du sang, ou un liquide qui y ressemble). Une demi-douzaine de bières brunes plus tard, donc, le cortège est prêt à s’élancer dans l’air froid bruxellois. Il y a de tout : des jeunes, des moins jeunes, des gosses et leurs parents, des gothiques (ils n’ont pas pris la peine de se faire maquiller…), des types de cercles étudiants…

(Les deux co-redacteurs en chef de LaPige.be tiennent néanmoins à couper cet article en rappelant que l’abus d’alcool est dangereux pour la santé. Hips)

Au milieu de la foule, un type, engoncé dans une combinaison blanche façon docteur fou, harangue la horde :  » Aujourd’hui, vous êtes des zombies ! » s’exclame-t-il. « Je veux vous voir regroupés, serrés ! Le zombie se déplace toujours en groupe ! Quand il va faire ses courses ! Quand il fait du sport ! Quand il ne fait rien ! » ? Ça me rappelle quelque chose.

Puis le gars monte alors sur un banc et hurle : « Zombies, en avant ! Leeeentemeeeent ! PAS PLUS DE TROIS KILOMETRES HEURES !!!! »

Doux-Jésus, me suis-je dit en moi-même. Ça promet d’être LONG.

Nous nous élançons du parc Royal à seize heures et descendons lentement vers le centre ville. Autour de nous, les badauds interloqués nous prennent en photo. Il faut dire que certains motivés n’ont pas lésiné sur le déguisement : serveurs macabres portant leurs tripes sur un plateau ; capitaine de bateau de croisière aux membres nécrosés ; scientifiques atteints d’une horrible infection purulente… il y a même un type qui a eu la bonne idée de venir avec du sirop d’érable (ou de chocolat, je sais pas trop), et qui s’en asperge la bouche goulûment pour singer une sorte de dégueulis de sang bien épais… miam.

Devant nous, le char du BIFFF pulse l’intro de Smoke in the water. Oui, c’est bien cliché, mais bon, on est dans le zombie spirit, le ciel est tout gris et les gens très cools, et puis, et puis… la musique change brutalement. D’un seul coup, Deep Purple s’arrête et bim !, le Gangnam Style. Sérieux ? Non mais, sérieux ?! J’essaie bien de gueuler contre ça (ou plutôt : je grogne), mais rien à faire. Nous poursuivons notre descente vertigineuse tandis que les flashs des appareils photos crépitent de part et d’autre du cortège (bon, ça crépitait pas vraiment mais il y avait un sacré monde, si bien qu’à un moment je me suis vraiment pris pour un mannequin en plein défilé. Avec des plaies au visage et une bière à la main. Certes).

Plus tard, j’ai appris que la parade était descendue jusqu’à la place de la monnaie. Je vais être sincère, j’ai pas tenu. Non à cause de la musique, ou du froid, mais à cause de ma vessie. Car oui, le zombie a une vessie en parfait état de marche, entre nous soit dit. Du coup, il m’a fallu quitter mes petits camarades et affronter le monde réel à la recherche d’un urinoir en bonne et due forme. Et ça fait tout bizarre, croyez-moi. Le monde réel, à cinq heures de l’aprem’, en plein centre ville, quand t’es déguisé en zombie, te fait te sentir TRES seul. Les gens sont méfiants. Une petite fille m’a même demandé ce qui m’était arrivé (big up les maquilleuses!), et je vous jure, j’ai failli fondre en larmes. Alors, j’ai repensé à ce que disait le type au début de la marche (le type qui gueulait sur son banc) : Le zombie se déplace TOUJOURS en groupe. Bah, j’ai compris pourquoi maintenant.

J’ai ensuite cherché pour voir s’il n’y avait pas un film de zombie au BIFFF. Et là…

 

Article de Clément Boileau et photos d’Oleg Davydov

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