Zombie : décryptage d’une phobie

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Dans le cadre de la couverture du Festival du Film Fantastique de Bruxelles, du 2 au 13 avril prochain, La Pige vous propose une analyse de la zombie-mania ! Les zombies nous envahissent. Ils sont partout: jeux vidéo, films, séries, livres et bandes-dessinés. On ne peut guère leur échapper aujourd’hui. A tel point qu’il reste très peu d’endroits où se cacher. Et apparemment, le mouvement n’est pas prêt de s’arrêter. Ils sont de plus en plus nombreux. Combien de temps avant de … devenir fan ?

Qui ne s’est pas déjà demandé ce qu’il ferait en cas d’apocalypse zombie (ou Jour Z), où il ira, avec qui, comment il ferait pour retrouver ses proches ou pour manger, qu’elle serait la meilleure tactique à adopter pour survivre, etc.

Retour sur un phénomène de société

A l’origine, le zombie est issu de la culture vaudou, en Haïti. Le sorciers utilisaient un poison, une sorte de philtre pour plonger leurs victimes dans un état cataleptique. Plus tard, une fois mis en terre, elles étaient déterrées ou se réveillaient, devenant du même coup « morts-vivants ». Dans la culture occidentale, les zombies ne sont pas connus de la même manière. Mis à part quelques films de magie, l’origine du zombie est à trouver dans une infection, une épidémie, un virus, un polluant ou encore à cause d’une arme chimique. En fonction des histoires, les caractéristiques des zombies varient du tout au tout, étant parfois très rapides ou très lents, plutôt bêtes ou pas mal intelligent.

Traits récurrents des zombies

Il est possible de dégager certains traits récurrents. D’abord, la manière dont la contamination débute. Chez nous, l’épidémie est d’origine humaine. C’est toujours l’homme, en manipulant la chimie, en essayant de jouer à Dieu, ou en se laissant emporter par la pollution, qui est à la source de l’épidémie.

Ensuite, les zombies eux-mêmes, qui de manière récurrente, se nourrissent de chair humaine. Pourquoi ? Scénaristiquement, c’est intéressant. Des zombies végétariens, ça fait plutôt rire. Laissons ça pour les parodies. Enterrés, ils bouffent déjà les pissenlits par la racine. Cela permet surtout de justifier la contagion. Ensuite, il y a la peur de la mort que le zombie doit susciter, ce à quoi il sert. Il y a toujours une espèce de calcul : puisqu’il est mort et que c’est contre-nature, il doit manger des vivants pour rétablir l’équilibre et rester (mort)vivant. De plus, l’anthropophagie inspire vraiment, mais vraiment, l’horreur, en tant qu’interdit partagé, et ce, peu importe la culture. L’expression l’homme est un loup pour l’homme portée à son extrême.

L’autre trait récurent, c’est l’attaque en masse. Et sans armes bien sûr. Les armes, c’est bon pour les vivants. C’est une des caractéristiques de ceux qui ont quelque chose à perdre. Les zombies, eux, n’ont plus rien à perdre, ils n’ont plus rien. Ils attaquent à mains nues, avec leurs dents. Comme des animaux. C’est pour cela d’ailleurs qu’ils attaquent en masse. Un zombie seul contre un héros ou une héroïne n’a pratiquement aucune chance de l’emporter, s’il n’a pas l’effet de surprise ou s’il ne bénéficie pas d’un autre événement (héros ou héroïne blessé(e), à court de munition, etc.). C’est leur masse qui effraie; qu’ils soient partout, tout le temps, sans repos, à rechercher ceux qui  ne sont pas comme eux, et que peu importe le nombre qu’on en tue : il en vient toujours plus.

Inspirer la peur des foules

Les films de zombie sont une manière de faire craindre la foule. La foule, ça n’a pas de sens. Il faut s’en méfier. C’est le premier message que nous renvoient ces films. Et pourquoi ? Parce qu’une foule, c’est inhumain. C’est dangereux. Face à des héros indépendants, libres, sans attaches, mais avec des choses à perdre, il y a la foule qui, elle, « nie » les individualités.

Enfin, les causes du départ de l’infection sont en général peu remises en question. Car les héros sont trop occupés avec leur propre survie. Avant l’infection, ils vivaient assez confortablement pour regretter, d’ailleurs, le temps d' »avant ». Mais ce n’est pas là dessus qu’on se concentre, ça n’exalte pas les héros. Et ça ne nous incite pas à penser ce qui est en train de se passer. Car toutes les causes modernes des zombies, la pollution, les armes chimiques, les expériences occultent, ce sont des choses très concrètes et possibles, qui peuvent se passer en ce moment.

Il y a des films qui peuvent, bien évidement, contredire cette théorie, que je passe d’ailleurs sous silence les jeux vidéos et les jeux de rôles où les rapports sont parfois beaucoup plus complexes que ça.

Il y a juste une forte « tendance » dans les films de zombies, qui parlent pourtant de la destruction de la société telle que nous la connaissons, à ne pas inciter à penser cette société. Et qu’au contraire, la peur des foules, du changement qu’elles sont capables de susciter sont mis en avant. Alors que  c’est un moyen de changer la société.

Il est néanmoins vrai qu’une autre scène récurrente des films de zombie est la fameuse « scène du centre commercial », dans laquelle les héros, libres comme l’air, rentrent dans un centre commercial complètement vide et un peu effrayant et se mettent à remplir leur chariot avant de partir… sans rien payer. Critique de la société de consommation ? Une autre analyse courante tend à décrypter les films de zombie d’une autre manière. La plus grande menace ne viendrait pas des zombies. Mais des non-infectés. Des autres êtres humains, eux aussi tout occupés à survivre. Quitte à tuer. A voler. A violer. Le loup, en fait, est un homme pour le loup.

Comme quoi, les films du genre zombien des choses à nous apprendre encore!

 

BIFFFboubou

Nicolas Pochet et Camille Wernaers

1 Comment

  1. Chris

    20 mars 2013 at 5:36

    Chouette article, je vais juste laisser ça ici. On en parle aussi : http://diffractions.info/2012-12-22-les-zombies-revelateurs-des-craintes-de-la-technologie/

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