Un cercle féministe à l’ULB

Les campus de l’ULB ne sont pas des îlots miraculeux séparés du reste de la société : le machisme y est encore et toujours rampant. Cela passe notamment par les blagues salaces des professeurs ou des élèves, par certaines pratiques du folklore estudiantin et par les publicités qui envahissent les lieux d’étude, de vie et de divertissement. Certain(e)s ont décidé de réagir. La Pige a rencontré trois femmes à l’origine de la demande de reconnaissance d’un cercle féministe à l’ULB.

« Lors d’une étude, on a placé des femmes en situation d’entretien d’embauche. Le faux patron regardait une partie d’entre elles dans les yeux durant l’entretien. Il devait regarder le décolleté des autres. On a ensuite fait passer à toutes ces femmes des tests de mathématiques. Celles qu’on avait regardé dans les yeux ont mieux réussi que les autres. Il est donc possible que la façon dont la femme est considérée joue un rôle au niveau de sa réussite. On parle ici de machisme à l’université, c’est-à-dire dans un lieu où l’on apprend« .

De plus en plus de femmes étudient à l’université. Les hautes-études, bastion des hommes, c’est ter-mi-né. Aujourd’hui, les femmes prennent aussi le temps de penser à leur carrière. Et cela entraîne les mêmes conséquences que dans le reste d’une société belge toujours patriarcale et sexiste.

« Énormément de filles ont dû faire face à un prof masculin qui a profité de leur relation de prof-élève pour tenter de les « charmer »« . « Alors que j’étais en cours à Solvay, pour rendre compte du fait qu’il n’y a jamais assez de demande, un prof a expliqué : c’est comme une femme, vous ne lui achetez jamais assez de diamants. A qui s’adressait-il ? Aux seuls garçons de la salle ? Pourtant, il y avait des filles« . « Et les affiches des cercles pour les bals. Il y a de quoi se sentir insultée« …

Eleanor, Léa et Sophie. Trois femmes, trois parcours différents. Mais un même combat. Dans un café du cimetière d’Ixelles, elles évoquent toutes trois « les dérives sexistes à l’ULB« .

Les exemples s’enchaînent et se ressemblent. « Il existe des groupes de pressions etudiants et autres pour défendre les intérêts de différentes communautés à l’ULB, et nous étions étonnées d’apprendre qu’il n’en existe aucun pour représenter les intérêts proprement étudiantes et pour dénoncer les stigmatisations liées à leur genre. Nous souhaitions donc combler cette lacune », explique Eleanor.

Un cercle féministe à l’ULB ? Et puis, pourquoi pas, il y a bien un cercle de jazz ! Si des professeures leur ont fait part de leur joie de voir cette initiative venir des étudiantes, elles avouent avoir reçu des échos négatifs. « On nous même dit qu’on était sexistes« , rigole Sophie. Heureusement, d’autres cercles leur ont déjà apporté leur soutien, tel que le cercle AMNESTY ou le COMAC.

Un féminisme commercial 

Pour autant, pas question de faire l’impasse sur le mot « féministe ». « Il faut réhabiliter ce terme, qui est trop souvent mal utilisé. Par exemple, par les FEMEN (qui reçoivent une grosse médiatisation et sont donc plus visibles), par les anti-féministes ou par les féministes néo-racistes telles que Caroline Fourest, qui ont des positions islamophobes », explique Sophie. « On l’a aussi vu avec le documentaire de Sofie Peeters, Femme de la Rue, qui a beaucoup été médiatisé. Il y a un féminisme commercial, qui se vend bien. Pourtant, si on est contre un système de domination des hommes sur les femmes, comment est-il possible d’en défendre un autre, celui des blancs sur tous les autres ? «  se demande Eleanor. « Sans compter que cela passe sous silence tout un tas de problèmes« . « Cela permet d’exprimer du racisme « respectable », et l’homme blanc passe alors pour le sauveur de ces dames. Alors qu’il est lui aussi source de machisme !« , continue Sophie.

Leur ligne de conduite :  la dénonciation de ce système de domination des hommes sur les femmes et l’envie d’agir contre celui-ci. « Il y a deux fois plus d’hommes que de femmes dans le corps enseignant, alors qu’il y a plus d’étudiantes que d’étudiants, ce qui rend la ségrégation au niveau des profs encore plus frappante. Cela peut être dû à plusieurs choses. D’abord une certaine sélection, les hommes choisissent des hommes, il y a aussi la situation des doctorantes et des chercheuses. Et puis, il y a encore beaucoup à faire concernant les congés de paternité et de maternité à l’ULB« .

Des problèmes plus généraux les intéressent aussi tels que le viol ou la violence conjugale, des violences genrées. « Il y a clairement des violences qui ciblent les femmes dans notre société, c’est inadmissible. Des chiffres sautent aux yeux« . Par exemple :  il y a 7 viols chaque jour en Belgique.

Concrètement, le cercle pourrait faire passer des recommandations au conseil d’administration. « Et nous voulons aussi créer une newsletter, qui centraliserait toutes les infos sur le sujet, ainsi qu’un site. Parce qu’il est important d’améliorer la communication et d’informer. On pense aussi à un atelier de lecture, des conférences et des débats« .

La bonne humeur, les idées et la motivation sont là. Ne leur manque plus que la reconnaissance par les autorités : « notre dossier a été repoussé à la Commission culturelle du 21 mars« , termine Eleanor.

« Et les garçons sont les bienvenus« .

Pour s’inscrire à la newsletter : cerclefeministeulb@yahoo.com

Le groupe Facebook

Camille Wernaers

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