Symptoms : un film qui laisse de (faibles) marques

José Larraz, l’un des trois réalisateurs mis à l’honneur cette année lors de l’Offscreen Festival,  avait droit le 13 mars dernier à une séance spéciale. L’occasion pour les offscreeners de se plonger dans sa période anglaise, celle de l’épouvante à la sauce Sexploitation. Symptoms échappe cependant à cette règle, entre sensualité, tension et facilités.

 

vampyres (1) (larraz)

 

Ce mercredi soir-là, c’était séance spéciale Larraz au festival Offscreen ou plutôt ça devait être une séance spéciale. Sur le site du l’évènement alternatif, nous pouvions lire depuis quelques jours que « le réalisateur a malheureusement dû annuler sa venue à Bruxelles pour des raisons médicales » et qu’il rendra visite à son public bruxellois sous peu.

En attendant sa venue, un public (plutôt vieux) a applaudi le choix des organisateurs, tous mérites partagés : deux films ont introduit la période anglaise du cinéaste barcelonais, deux productions oubliées animées d’épouvante mais anglées de deux perspectives différentes. La première partie de soirée a privilégié un film qui exprime la vision général de l’œuvre anglaise de José Larraz : l’horreur brut, sans feux follets, dans un lieu noble et clos, avec cette touche très sexuelle si caractéristique (des seins et encore des seins). L’ambiance tendue de Scream and Die fut donc adéquate, appelant les plus fanatiques à revoir Vampyres, autre long de Larraz, érotico-lesbien où les femmes n’ont pas que soif de sang.

La soirée s’est ensuite portée sur l’exception, le rendez-vous cannois manqué: Symptoms (1974). Au revoir la monstration, bienvenu au monde du subtil mais néanmoins sensuel thriller anti-claustrophobe. Un film oublié (et plus ou moins perdu si on en croit le BFI) que nous n’oublierons pas, malgré ses défauts.

Trêve de verbiage, venons-en aux faits : Helen (Angela Pleasence) invite une amie (Lorna Heilborn) à la campagne pour quelques jours dans sa grande demeure bien isolée du monde, et de la raison. En effet, très vite Helen dit entendre des voix et s’inquiète des pas qui font échos du grenier. Petit à petit, l’ambiance n’est plus aux retrouvailles réjouissantes : le mystère nous étouffe, malfaisant. Une ballade dans les bois et un échange de regards suffit à faire prendre la sauce :

 

 

Cette atmosphère malsaine est subie par le spectateur : voici un des atouts de José Larraz. Des panoramiques viennent nous rappeler que les lieux communs (ça serait pas la maison de mamy ?) sont sans issues, et ce systématiquement avant les  phases plus inquiétantes. Ce petit jeu porte le téléspectateur par ailleurs tantôt victime, tantôt bourreau. La caméra subjective (et sans artifices) du réalisateur place chacun de nous dans le rôle du juge, observateur enfermé mais incapable d’agir ! Vous n’auriez pas envie de vous tirer d’affaire par hasard ?

Une question se pose alors : comment rythmer une œuvre avançant à pas d’escargots et aux décors bientôt lassants ? Malgré de nombreux gros plans angoissants et des enchainements de scènes à vous secouer un épileptique, Symptoms trouve ses effets salvateurs dans les sons : un battement de cœur, une voix qui sort de nulle part, un craquement de planché (succulent). Une réussite qui ne transparaît pas par contre dans la musique, prévisible et  kitchissime au possible avec une touche paradisiaque inutile.

Deux choses cependant anéantissent l’angoisse savoureuse du long métrage. Premièrement, le mystère est résolu trop rapidement. La suite du scénario est palpable, attendue, de quoi donner raison à ceux qui attendaient plus de fesses et autres atouts féminins à l’écran. Deuxièmement, si les femmes sont omniprésentes, Larraz perd toute la crédibilité féministe qu’on lui attribue. Le gardien des lieux (l’excellent Peter Vaughan) représente le redresseur de torts, la raison, le seul qui a les pieds sur terre (ou presque). Cette vision archaïque des rapports entre genres, où l’homme est rationnel et la femme superficielle -déraisonnée (même folle dans ce cas)-, témoigne d’une époque et d’une culture maintenant dépassées. L’actrice secondaire, Lorna Heilbron, aurait pu représenter la femme forte et entreprenante. Si seulement son silence n’avait pas exprimé autre chose que la passivité chère aux plaisirs de la campagne…

Benjamin Bourguignon

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