Spring Breakers : Larry Clark sous taz ou ersatz de Larry Clark ?

Dans quelques semaines sort Spring Breakers, film-choc sur les Spring Breaks, ces énormes fêtes estivales américaines où jolies filles et beaux gosses bronzés décompressent à grands renforts de sexe, d’alcool, de drogues et de… Dubstep. Il y a aussi un gangster, des phrases à la mords-moi-le-noeud et des jeunes filles qui se cherchent.

 

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Voilà un film qu’il faut dégommer gentiment. Parce-que, mine de rien, le sujet aurait pu valoir le détour. Soit quatre copines d’enfance devenues (presque) femmes et qui, quand vient le temps des vacances scolaires, n’ont plus qu’une envie : sucer des queues et se bourrer la gueule dans un fameux Spring Break. Sauf que, faute d’argent, les voilà contraintes de commettre un holp-up. La descente aux enfers peut alors commencer avec l’arrivée de James Franco aka “Alien”, un gangster qui entraîne les filles dans ses trafics pourris. L’heure des dissensions a sonné…

L’autre raison qui donne (un peu) envie de défendre ce film, c’est son réalisateur : Harmony Korine. Lequel a signé deux des plus beaux scénarios sur les « Djeun’s », à savoir Kids et Ken Park, tous deux réalisés par Larry Clark. Ces films se distinguaient par leur crudité, sans tomber ni dans le jugement, ni dans le cynisme : Kids montrait l’enfer de la séropositivité et de la drogue chez les ados, Ken Park déboulonnant quant à lui l’idéal de la famille-type américaine. De la même façon, Spring Breakers cherche à déshabiller — au sens propre comme au figuré — le Spring Break spirit : ici la fête est glauque, les filles inconscientes et la pègre, pas très loin…

Mais voilà.

Il y a l’intention, plutôt louable, et il y a la forme que prend cette intention. Ici, le parti pris est d’abord esthétique : couleurs criardes, Dubstep à balle, des culs, des nichons et des flingues en veux-tu, en voilà. En somme c’est un peu comme rentrer dans une boutique techno-punk avec des spots fluorescents partout : certains trouvent ça diablement fun, d’autres, carrément de mauvais goût. Or, cette forme trash et toc dessert le propos du film, plus profond : en somme, qu’importe que nos quatre (anti) héroïnes soient les meilleures amies du monde, chacune finira par suivre son destin : la petite évangéliste se détournera du diable quand les autres se loveront dans ses bras sans se poser de questions. Dont acte : ça s’appelle du prosélytisme.

D’autre part, à l’heure où Tarantino triomphe avec Django Unchained, faire dans la surenchère peut s’avérer casse-gueule, voire ridicule. Le problème, c’est qu’avec Tarantino on s’en tape — parce-qu’on se marre. Ici, on s’ennuie. Ferme. James Franco en gangster « yo » pseudo-sensible n’est tout simplement pas crédible, même avec des dents en argent. Le réalisateur semble d’ailleurs s’en être rendu compte puisque dès qu’entre en scène le gangster — point-pivot du film —, le second degré n’est jamais loin, de sorte qu’on ne sait plus très bien quoi penser : « Dis, Harmony, c’est fait exprès, cette scène où il chante du Britney Spears au piano entouré de ses « biatches » aux cagoules roses fluo, reliées entre elles par des mitrailleuses et des fusils à pompe, sur fond de soleil couchant ? » (si, si, je vous jure).

 

 

Finalement, Spring Breakers, avec ses effets de montage à deux balles et sa pseudo-radiographie de l’homo adolescentus cumule un peu toutes les tares : il agacera ceux qui apprécient la crudité à la sauce Larry Clark, tout comme il barbera ceux qui aiment la Dubstep et les boutiques Techno-Punk. Une prouesse.

 

Sortie dans nos salles ce 20 mars 2013.

Clément Boileau

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