Séries oubliées : Profit

Certaines séries sont des hits. Elles raflent tout sur leur passage, de l’audimat aux récompenses. Ce ne sont pourtant pas toujours les meilleures qui émergent. Avec «Séries oubliées », La Pige met sur le devant de la scène ces productions qui auraient dû marcher.

 

Dexter avant la lettre

 

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Jim Profit est un jeune cadre supérieur. Il travaille chez Gracen & Gracen, une compagnie richissime. Bien qu’il se fonde dans la masse des employés, Profit a une particularité : il est empli d’une ambition dévorante. Une ambition qui le pousse à bien des mauvaises actions qu’il essaie de cacher au monde. Cela semble familier ? Ça l’est. Bien avant Dexter, Jim Profit est déjà un anti-héros hanté par un passager noir. Pendant 9 épisodes, les spectateurs médusés assistent à l’ascension d’un homme malin et sans scrupules. Un homme à la personnalité complexe, seulement détectée par quelques personnes. Car à l’image de James Doakes, qui sent que quelque chose cloche chez Dexter, deux collègues de Profit le suspectent. Cela mène à une lutte acharnée entre le « bien » et le « mal »… Et l’on ne peut s’empêcher de supporter le mal. Comme c’est le cas pour Dexter, il est jouissif de voir Profit avancer masqué dans la vie. Jouissif de le voir manigancer, et jouissif de voir les dégâts humains qu’il laisse derrière lui. Chaque épisode donne lieu à un nouveau plan dont on ne veut pas rater une miette. Une sorte de plaisir coupable… Que les scénaristes rendent très vite acceptable. On apprend que Jim Profit est ce qu’il est à cause d’un traumatisme dans son enfance. Comme Dexter, encore une fois. Comment le blâmer pour les maltraitances qu’il a subies tout jeune ? Et comment le blâmer lorsqu’on voit que dans l’intimité, il souffre toujours des conséquences de ces abus ? Tout ce que le téléspectateur peut faire, c’est croiser les doigts pour qu’il réussisse sans blesser trop de monde. Et c’est sans doute là que le bât blesse. Alors que Dexter débarrasse le monde de tueurs, Jim Profit lutte pour sa réussite personnelle. Quand la voix off de Dexter nous parle du code selon lequel il choisit ses victimes, celle de Profit nous explique comment il va rendre folle l’une de ses collègues. Difficile après ça de cautionner moralement la série, ce qui aux États-Unis est pratiquement synonyme d’annulation.

 

Une série de qualité

 

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Profit est une création de David Greenwalt. Pour les sériesvores ce nom n’est pas inconnu. L’homme est entre-autres l’un des scénaristes de Buffy contre les vampires et le créateur d’Angel. Sans pieux ni Scooby Gang, Greenwalt écrit une série très efficace. Chaque épisode voit l’un des plans de Profit se déployer, lentement, habilement. Comme pour bon nombre de séries depuis, l’histoire est lacunaire et donne envie de rester jusqu’au bout. Pas question de manquer le moindre élément de la tactique de Jim Profit. Pas question de manquer son accession au « trône ». Si l’on dépasse ses blocages moraux bien entendu. On peut également dépasser le premier niveau de lecture de la série. Sous l’histoire du machiavélique Jim Profit se cache une critique de la télévision et de la société capitaliste qu’elle reflète. Profit est littéralement un enfant de la télé. C’est elle qui l’a éduqué. Le résultat ? Un homme pour qui la réussite se mesure par sa richesse et son statut social. Et qui choisit de frayer avec des gens qui rachètent, démantèlent et revendent des entreprises. Profit montre qui sont les dirigeants d’aujourd’hui, et ce n’est pas joli à voir. Ce qui est agréable à l’œil par contre, c’est Adrian Pasdar. Le frère de Peter dans Heroes trouve là son premier grand rôle. Il est d’une beauté venimeuse, et sa voix douce et détachée donne des frissons. Il est étonnant de constater que Pasdar n’a connu que des seconds rôles par la suite. Dans Profit, il est magnétique.

 

Points faibles

Le plus évident des points faibles de Profit est sa durée. Moins de 10 épisodes. Pourquoi perdre son temps ? Car il serait dommage de passer à côté de cet ovni télévisuel. Si nécessaire, dites-vous que vous regardez une mini-série… L’autre point faible de la série est son côté désespérément ‘ années 90 ‘. On ne peut s’empêcher de sourire devant les effets informatiques, et le générique est tout simplement abominable. Le point commun à tous ces points faibles ? Ils sont liés à la forme, pas au fond. Et ne devraient pas vous empêcher de découvrir cette série ingénieuse trop vite annulée. Pour ceux qui seraient frustrés à la fin, sachez que s’il y avait eu une saison 2, Jim Profit se serait sans doute tourné vers la politique… La frustration est d’autant plus grande, je sais.

 

Le trailer donne le ton dès les premières secondes :

 

Mathilde Corberand

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