Offscreen Festival : John Waters, le partage d’une vie en décalage

Ce samedi 9 mars, le Bozar accueillait le maître du mauvais goût, l’icône des milieux homosexuels et transgenres : John Waters. Sous la couverture d’un stand up à l’américaine, le réalisateur moustachu redessine sa carrière au fil d’anecdotes  biscornues et d’avis pervers sur la société. L’auteur nous fait entrer dans son monde, tout sens en avant, même le nez !

 

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Samedi 20h, la foule se presse pour attraper les derniers tickets disponibles pour la soirée du Bozar. Les hommes comme les femmes abordent une légère moustache, surplombant leur lèvre. Pas d’erreurs, toutes ces personnes attendent John Waters. Et pour cause, l’affluence n’est pas ordinaire car la venue du réalisateur de 66 ans reste rare surtout quand le bougre présente l’histoire de sa vie, sans strass ni retenues.
Pour la première fois, le public belge a pu découvrir l’énergumène décharger 40 ans de cinéma bizarre, sans épargner l’Amérique et ses dérives. L’enfant de Baltimore, devenu précurseur du courant trash, est revenu sur ses inspirations, ses envies, ses flashs sur la société. Des images qu’il amène sans artifices, une poésie crue et sans tabous. Avant tout chose, il nous explique l’intérêt d’une enfance marginale et « malheureuse », une enfance où on collectionne les noms de films pornos, interdits par les bonnes sœurs. Certains noms survivent dans sa mémoire : The haunted assez par exemple restera pour lui un titre gorgé de mystères existentiels. Et si il met à l’honneur les ados dérangés, John Waters dévoilent les coulisses de sa vie de star. En effet, si l’auteur de Pink Flamingos n’est connu que des cinéphiles dans notre pays, la situation est tout autre outre Atlantique. A raison, les murmures d’expats’ remplissent la salle et des rires égosillés s’échappent quand Waters décrit son amour pour Justin Bieber, rencontré lors d’un show en Angleterre. Et ce Showbizz, il ne l’épargne pas, relatant les effluves de poppers qui émanent de ses soirées Jet Set.

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Plus sérieusement, l’auteur revient, films après films, sur les tournages, les financements difficiles, la censure. Sa vie personnelle n’est aussi jamais mise de côté : sa famille, ses amis, ses engagements politiques. Une touche d’émotion parcourt d’ailleurs l’assemblée quand il parle de la mort en ’88 de son acteur/actrice fétiche Divine. Ses projets, avortés ou non, et ses fantasmes pour le futur appellent à beaucoup de tourments pervers : qu’en est-il des concours de chou fleurs humains ? L’anal bleaching existe-t-il vraiment ? Sa vision idéale d’un bar, d’un hôtel ou d’un cinéma partage les mêmes « inquiétudes ».
Plus loin, du haut de son âge avancé, John Water n’hésite pas à égratigner notre génération et sa rébellion : après les Punk, Le Hippies … les hacktivistes ? Des jeunes enfermés dans leur chambre, nourris par leurs parents, dépourvus de codes vestimentaires? Au final, le moustachu n’aura ménagé personnes, jeunes ou vieux, américains ou non. La Belgique a eût aussi son tour de railleries, le réalisateur restant hilare à l’idée que l’on soit obligé de voter. En tout cas, sans contraintes, les spectateurs et votre cher journaliste sont tombés sous le charme de l’humoriste improvisé, qui comme vous et moi, ne peut rester pantois devant ce qui l’entoure. Même si chacun reconnaîtra qu’il n’a pas les mêmes préoccupations perverses.

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Odorama : frottez les gommettes quand le numéro apparait à l’écran et laissez-vous emporter par l’odeur du film Polyester

John Waters parle donc de tout et de rien, laissant ses fantasmes s’exprimer et ne laissant ni amateurs ni visiteurs d’un soir sur le carreau. La diversité des thèmes nous offre une exploration du personnage, un envers du décor qui s’est vu couronné par la projection de l’un de ses films les plus représentatifs (quoiqu’auto censuré) : Polyester (1981). Comme à l’époque, l’auditoire a pu écouter, regarder mais surtout sentir le long-métrage ! Un carton, distribué à l’entrée, a permis à chacun de vivre 10 odeurs du film, d’une senteur de rose aux arômes d’essence. L’expérience excuse le scénario, trempé dans l’exagération chère à l’invité du jour et a le mérite de tenir le spectateur en éveil, le temps que la magie du cinéaste opère. L’humour décalé et l’absurdité des situations (toute convention dehors) abandonnent les spectateurs à leur incrédulité. Le plaisir se voit sur les lèvres, des souvenirs plein le nez.

Benjamin Bourguignon

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