L’enseignement flamand et l’enseignement francophone rentrent dans un bar…

Et le premier demande à l’autre : en wat is het verschil tussen ons (« Quelle est la différence entre nous ? », pour les franstalig alleen)? Réponse : le sous financement. Silence, pas de rires pré-enregistrés. Mais explication. C’est aujourd’hui, 28 mars, que les étudiants flamands et francophones du pays se sont retrouvés dans les rues de Bruxelles pour parler justement, du sous-financement.

Et ils se sont retrouvés devant les cabinets des ministres responsables bien sûr. « Des » ministres, car, fédéralisation oblige, l’enseignement est une matière communautaire en Belgique. Ce qui signifie que normalement chacun gère son enseignement de son côté, et bonjour bonsoir passez votre chemin, on n’a pas à parler de cela ensemble.

Sauf que oui mais non. Si la FEF, la Fédération des étudiants francophones, et la VVS, la Vlaamse vereniging van studenten, ont aujourd’hui décidé de cette action commune, c’est qu’elles ont voulu frapper fort et n’ont pas eu peur d’innover. C’est en effet une première en Belgique, les organisations étudiantes n’ayant jamais effectué ce genre d’action conjointement.

Et avec raison ! Car ce qui est commun au nord et au sud, c’est le sous-financement chronique de l’enseignement supérieur. Et oui, il n’y a pas que dans la pauvre Wallonie-Bruxelles, remplie de chômeurs et de chômeuses que l’enseignement ne reçoit pas ce qu’il lui faut pour être de bonne qualité ; la Flandre, la riche Flandre dont on nous rabat les oreilles en permanence, fait aussi souffrir ses étudiants par son manque de financement.

 

Pourquoi comment ?

Car en Flandre, c’est le même système qu’en Communauté Française qui a été retenu : celui de l’enveloppe fermée. Dans ce système, le gouvernement de la communauté décide chaque année du montant qui sera alloué à l’enseignement supérieur pour l’année en question. Cette somme est placée dans une enveloppe, et on n’y ajoutera ou n’y enlèvera rien durant l’année. Et ce budget, ferme et précis, est à répartir entre les établissements. Peu importe que le nombre d’étudiants augmentent ou pas, peu importe que les bâtiments universitaires tombent en morceaux ou pas, peu importe le manque cruel de kots ou pas. Et ce ne sont là que quelques exemples de ce qui se produit dans quasi toutes les universités en Belgique.

Il se trouve que le nombre d’étudiants augment partout. Et c’est une très bonne nouvelle. Mais il faut que le budget augmente aussi en fonction. Or, même si les enveloppes augmentent un (petit) peu, ça ne permet pas de rattraper la vitesse à laquelle les universités et hautes écoles grandissent. Ce qui fait que par rapport au nombre d’étudiants, le budget diminue.

 

Paradoxe

Le paradoxe, c’est que les politiques, en élaborant le budget, vont établir des critères, des paramètres très concrets (beaucoup plus forts en Flandre qu’en Communauté Française, mais c’est également présent), comme par exemple le nombre de publications des chercheurs de l’université, la quantité de diplômes distribués, etc. La quantité va venir primer sur la qualité mais ne va pas, ou très peu, tenir compte du nombre d’étudiants. Or c’est pourtant un chiffre bien clair et bien précis. Mais ce n’est pas vraiment un chiffre qui compte. Mais si on veut parler chiffres, avec une source qu’ils auront du mal à réfuter, on peut dire : chaque euro investis dans l’enseignement en rapportera quatre à terme… et c’est l’OCDE qui le dit !

Les deux organisations étudiants dénoncent cette recherche de la quantité à tout prix. Ce qui compte, c’est la qualité des études, clament-elles. Mais c’est un message qui résonne dans le vide des couloirs des bureaux des ministres.

 

Sous les fenêtres

Mais aujourd’hui, c’est un message qui a plutôt résonné sous les fenêtres des ministres concernés.

D’abord sous les fenêtres de Marcourt (PS), ministre de l’enseignement supérieur en Communauté Française. Et là, la FEF entendait réclamer, donc, une hausse des moyens, mais aussi son opposition au décret paysage, qui passera bientôt en seconde lecture au Parlement et qui, selon la FEF, passe sous silence ce qui est important, à savoir le financement. Comment en effet comprendre les structures proposées par ce décret si on ne sait pas quels seront les moyens alloués ? Et, aussi, accessoirement, de décourager le ministre de penser au système mis en place en Flandre, l’output, comme un système envisageable.

L’output, qu’est-ce que c’est ? C’est ce qu’ont justement été dénoncer ensuite tous les étudiants sous les fenêtres de Pascal Smet (SP.A.), l’homologue de Marcourt en Communauté Flamande. L’output c’est précisément le système que vise à tout quantifier : les publications, les diplômes, les conférences données, etc. Et qui est sensé entrer en vigueur en Flandre vers 2013, 2014.

 

Ensemble, en vue de 2014

Ce que clament aussi les organisations étudiantes, c’est que les élections de 2014 se rapprochent petit à petit, et qu’il ne faudra pas oublier les étudiants. L’institutionnel c’est bien beau, mais il y aura des choses très concrètes à régler aussi. Pour autant, elles ne rejettent pas la communautarisation de la matière. Mais elles veulent attirer l’attention sur l’enseignement supérieur, et en faire un débat national, ce qui n’est pas contradictoire avec les communautés.

A noter que ce n’est pas qu’à Bruxelles que des action ont eu lieu, mais aussi à Louvain, Mons, Anvers, Louvain-la-neuve, Gand, Liège et Namur.

Nicolas Pochet

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