La série « Girls », l’ode de Lena Dunham… à elle-même

Quatre jeunes femmes commencent leur vie à New York. L’histoire paraît banale, on craint même une resucée de Sex and The city en plus jeuneEt pourtant, la série Girls interpellent. Réalisée par Lena Dunham, l’œuvre est un original reflet de la jeunesse actuelle…si seulement la créatrice ne figurait pas dans la série. Explications.

Des personnages hauts en couleurs

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Comme toute série d’HBO qui se respecte, Girls est une création décalée. Ce qui pourrait n’être que des histoires de cœur et de crises post-adolescence se révèle être un univers rempli de personnalités intéressantes. Toutes sont réalistes, et Lena Dunham les fait pétiller d’une pointe de folie. Il y a Jessa, belle hippie nomade très sûre d’elle qui vit selon ses propres règles. Marnie est la meilleure amie de l’héroïne. Un brin snob et plutôt égocentrique, elle ne peut imaginer sa vie sans Hannah (Lena Dunham). Shoshanna est la perle du groupe. Totalement innocente, elle dit absolument tout ce qui lui passe par la tête. Autour des héroïnes gravitent des hommes, allant du pseudo-beau gosse franchement bizarre au loser fatigué de lui-même. Enfin, il y a Hannah. Le personnage principal, qui est aussi interprété par la créatrice du show. Hannah est auteur. C’est ce qui la définit. Elle enchaîne les petits boulots en attendant de pouvoir vivre de sa plume. Cela vous paraît familier ? C’est normal. Lena Dunham écrit d’une manière proche de l’autobiographie. Elle essaie par tous les moyens de faire aimer un personnage loin des héroïnes habituelles de séries TV. Une idée qui sur le papier est séduisante, mais qui dans sa réalisation… Horripile.

 

Hannah 

Rondelette et tatouée, Hannah est l’intellectuelle du quatuor. De prime abord, la surprise est plutôt charmante : en lieu et place d’une de ces héroïnes vues et revues à la télé, on découvre une fille loin d’être parfaite physiquement, fauchée et qui ne vit pas du tout son rêve. Un personnage plus proche des téléspectateurs que de Bree Van de Kamp en somme. On a envie de se prendre d’affection pour Hannah, sentant que l’auteur pourrait tout aussi bien parler de nous. Mais Dunham en fait très vite trop. D’accord, elle n’a pas la taille mannequin. D’accord, ce n’est pas pour ça qu’Hannah devrait se cacher ou ne pas avoir de vie sexuelle. Mais est-ce une raison pour la voir nue tout le temps ? Est-ce une raison pour la voir porter les accoutrements les moins flatteurs au monde, juste histoire de dire « Je suis grosse et je m’en fous » ? Surtout que Lena Dunham n’est même pas vraiment « grosse ». Elle se tient juste le ventre sorti au maximum, à un point-tel qu’on se demande combien de temps son dos le supportera. Alors que la créatrice veut nous dire d’assumer notre corps quel qu’il soit, on a juste envie de rentrer dans l’écran pour aller dire à Hannah de se tenir droite et d’arrêter de s’habiller avec des vêtements d’enfants. Depuis notre canapé, on crie à Hannah de faire un régime tout en la regardant accumuler les conquêtes. Car oui, comment saurions-nous que toutes les femmes sont belles si leur représentante la plus imparfaite n’avait pas de succès amoureux ? N’est-ce pas l’intérieur qui compte ? Le problème, c’est que Dunham ne se rattrape pas sur la personnalité d’Hannah. Bien au contraire. Au fil des épisodes, on découvre un personnage imbu de sa personne, narcissique et totalement égocentrique. Oui,  même au point de mériter cette accumulation de synonymes. Hannah écrit. Elle analyse donc constamment le monde qui l’entoure. Elle veut tout vivre, tout ressentir, et le coucher sur le papier. Ce qui en ressort ? Une réflexion sur elle-même. Même lorsque Dunham recrute le beau Patrick Wilson (Insidious) pour coucher avec Hannah, cette dernière réussit à tirer de cette expérience une tirade interminable sur ses propres envies. On notera au passage que l’épisode en question est le premier totalement centré sur Hannah, le seule autre personnage récurrent apparaissant étant Ray, et ce très brièvement.

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Vers la rédemption ? 

Malgré tout, lorsqu’Hannah atteint le paroxysme de l’auto-apitoiement, Dunham en montre vite les conséquences négatives (pas plus de précisions pour éviter le spoiler !). On se dit qu’elle va corriger le tir. Peut-être montrer Hannah prenant un peu de distance avec elle-même. Que nenni. Si Hannah énerve par son égocentrisme, elle touchera autrement les gens. L’idée de génie de Dunham pour y arriver ? (Spoiler !!!) Donner à son héroïne des troubles obsessionnels compulsifs, bien sûr ! Comment les téléspectateurs pourraient-ils rester de marbre en voyant la jeune femme sombrer ? Et donc du jour au lendemain, Hannah a des TOCS. Violents bien entendu. Il est vrai que la série a déjà remporté 4 prix, et que 2 d’entre eux récompensent directement Lena Dunham. Il n’est donc pas étonnant de la voir continuer sur sa lancée scénaristique. Surtout maintenant que la troisième saison est confirmée. Il paraît pourtant probable que les téléspectateurs se lassent du « Lena Dunham/Hannah Show ». Ils pourraient alors se tourner vers Underemployed. Cette série de la chaîne MTV parle également de jeunes adultes au début de leur vie active. Elle est bien sûr moins irrévérencieuse et moins bien écrite. Mais elle est aussi extrêmement moins prétentieuse. Et pourrait montrer à Lena Dunham ce qui arrive lorsqu’on donne à tous ses personnages la même importance.

CA: 70th Annual Golden Globe Awards - Press Room

Une parodie hilarante montrant Lena Dunham (jouée par la talentueuse Chelsey Davison) auditionner pour « Zero Dark Thirty ». Tout y est.

Mathilde Corberand

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