Et les séries anglaises alors ?

La grande majorité des séries que nous regardons viennent des États-Unis. L’offre américaine est importante et variée… mais elle ne doit pas nous faire oublier que d’autres pays réalisent aussi des séries. Et parfois même très bien. Nous pourrions évoquer les séries canadiennes ou même françaises, et nous le ferons peut-être plus tard. Mais pour l’instant, jetons un œil à quatre séries de qualité proposées actuellement au Royaume-Uni. Là-bas aussi on trouve de la diversité télévisuelle.

 

Hit & Miss

L’histoire

Mia est tueur à gages. Mais si elle exécute de sang-froid, c’est dans le seul but de pouvoir enfin se payer son opération. Celle qui fera d’elle ce qu’elle n’est pas encore tout-à-fait : une femme. Car Mia – anciennement Ryan – est transsexuelle. Lorsque l’histoire commence, Mia apprend qu’elle a un fils depuis 11 ans. La mère du petit est mourante. Elle désigne Mia tutrice légale de Ryan (Junior donc) et de ses trois autres enfants. la cohabitation entre la tueuse professionnelle et les gamins tourne cependant vite à la confrontation.

 

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Notre avis

Bon, on vous prévient tout de suite, la fin est frustrante. Mais il serait plus que dommage de passer à côté de Hit & Miss pour cette raison. Car cette série est un univers à elle seule. Lorsqu’on y plonge, les 6 épisodes passent trop vite. On a envie de rester plus longtemps dans cette région désolée de l’Irlande, où le vent souffle sans cesse. Il est d’ailleurs presque impossible de ne pas penser aux paysages du roman Les Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë. Toutes les séries présentées dans cet article sont d’ailleurs ancrées dans les paysages anglais (au sens large du terme). Hit & Miss nous transporte en Irlande. Dans une région où le temps semble s’être arrêté à une autre époque. On reste hypnotisés par le décor, l’ambiance… Puis on est fascinés. Par Mia. Ou plutôt par son interprète, Chloë Sevigny. Les fans de Big Love sauteront de joie, et on les comprend. L’actrice est exceptionnelle. Cette native de la ville de Springfield, au Massachusetts, prend un accent irlandais bluffant de réalité. Elle enfile ensuite un faux pénis lui aussi bluffant de réalité, et malgré sa féminité criante, Sevigny nous convainc qu’elle est née homme. Les autres personnages sont peu nombreux, on assiste à une sorte de huit-clos. Et comme dans tout huit-clos, les émotions sont amplifiées. Les gens qui passent par la vie de Mia sont tous intéressants, mais ils ont aussi tous quelque chose qui ne va pas, d’une manière ou d’une autre. L’héroïne est peut-être en fait celle qui se cherche le moins. Reste à souligner que la série est très bien écrite, et qu’on ne peut qu’apprécier ce ton définitivement pas américain.

La bande-annonce

 

A touch of Cloth

L’histoire

Jack Cloth est inspecteur de police. Clairement traumatisé par la mort de sa femme, il ne vit que par son travail… et l’alcool. Lui et sa coéquipière bisexuelle Anne Oldman se retrouvent chargés d’enquêter sur une série de meurtres effroyablement sanglants.

 

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Notre avis

Cela ne saute pas aux yeux lorsqu’on lit le pitch… A touch of Cloth est une comédie. Une comédie dans le plus pur style britannique. A une époque où les séries policières s’enchaînent et se ressemblent, il fallait que quelqu’un ose s’en prendre à la poule aux œufs d’or. Et les Anglais l’ont fait. L’excellent John Hannah (La Momie, Quatre mariages et un enterrement) s’en donne à cœur joie dans cette série totalement loufoque. A commencer par le générique. Pur bijou, il montre inlassablement le visage de Cloth regardant la caméra comme le célèbre Horatio Caine sous ses lunettes. A touch of Cloth démonte en fait les clichés du genre policier un par un. Le héros se doit par exemple d’avoir été détruit par un drame personnel qui vient le hanter dans des flash-back récurrents. Seulement cette fois, ces flash-back sont… ridicules. Hannah s’époumone pendant que l’on rigole. Les tournures de phrases ne sont pas non plus épargnées. Combien de fois n’avons-nous pas entendu « Mon mari est… Heu pardon était » lorsqu’une veuve répond aux questions de la police ? Les Experts par exemple en regorgent. A touch of Cloth y apporte sa touche… personnelle. Et tellement nécessaire. Si les Anglais savent se moquer d’une manière hilarante, ils sont aussi les experts de l’absurde. Les dialogues sont de vraies joutes verbales, toujours à la limite du non-sens. Sans parler des scènes de crimes. A touch of Cloth est tout simplement un petit plaisir que l’on ne doit pas se sentir coupable de s’accorder. Quitte à rester tétanisé devant la réaction du père d’une des victimes (pas besoin de préciser, ceux qui regarderont comprendront très vite)… avant d’en rire.

La bande-annonce donne le ton.

 

Broadchurch

L’histoire

Broadchurch est une petite station balnéaire tranquille, située sur les côtes Sud de l’Angleterre. Le calme est interrompu violemment lorsque le corps d’un jeune garçon est retrouvé échoué sur la plage. Fraîchement débarqué en ville, l’inspecteur Alec Hardy est chargé de l’enquête. Il avait pourtant été nommé là pour faire profil bas, suite à une ancienne affaire s’étant très mal terminée…

 

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Notre avis

Broadchurch a toutes les caractéristiques dont A touch of Cloth se moque, c’est vrai. A commencer par le héros taciturne et traumatisé. Il se dégage néanmoins de cette série une sorte de torpeur particulière, rappelant parfois celle de Twin Peaks. Les falaises sont constamment là, à la fois belles et dangereuses, et tout se passe au rythme du village. Un rythme qui rend fou le citadin Alec Tennant, aka David Tennant. A mille lieux de son exubérant Dr. Who, Tennant s’est laissé pousser la barbe de trois jours et la morosité. Et ça lui va plutôt bien. Il travaille avec Ellie Miller, interprétée par Olivia Colman. Si son nom ne vous dit rien, sachez qu’à travers elle, les scénaristes arrivent au résultat désespérément recherché par Lena Dunham (voir article précédant). Voici un personnage qui n’a rien d’une bombe sexuelle. Elle a pourtant un beau et gentil mari, ainsi qu’un fils et un travail qu’elle adore. Sans le souligner au marqueur, les auteurs nous offre une héroïne, mais du genre lambda. La relation qui unit Miller à Tennant est d’ailleurs LA petite touche d’humour de la série. La mère de l’enfant retrouvé mort (jouée par Jodie Whittaker, dont c’est le second rôle de maman éplorée) est aussi un personnage très bien écrit, mais pour d’autres raisons. Sous une allure fragile, elle possède en fait une personnalité forte et vraiment complexe. Les personnages de Broadchurch forment en fait un réseau de relations (village oblige) qui sous-tend toute l’affaire. Et le secret semble planer partout, ce qui n’arrange pas les affaires de nos enquêteurs. Mais le voudrions-nous réellement ? Laissons-nous plutôt porter par le rythme si particulier de l’enquête, et le bruit des vagues.

La bande-annonce après la 16ème seconde.

 

Lightfields

L’histoire

La série suit trois familles vivant dans la même maison, mais à des époques différentes. En 1944, un drame s’y est produit. Une jeune fille est morte. Depuis le lieu est marqué par la tragédie. Hanté. Les habitants de 1976 et d’aujourd’hui sont dès lors confrontés à des évènements souvent angoissants. Lightfields suit la série Marchlands, dont elle reprend la narration et le genre.

 

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Notre avis

Pas de tête d’affiche pour cette dernière série. Elle repose sur un casting chorale, qui nous transporte successivement d’une époque à une autre. Encore en diffusion, Lightfields monte en puissance à chaque épisode. Il n’est pas encore temps d’avoir peur, mais l’on commencerait presque à frissonner avec plaisir… Véritable série fantastique, Lightfields repose aussi bien sur la peur que sur le mystère. Nous voulons tous savoir ce qu’il s’est réellement passé en 1944. Quitte à devoir sursauter à de multiples reprises sur le chemin de la vérité. Les trois histoires partagent d’ailleurs certains personnages, que l’on retrouve à des âges différents. Il est particulier de voir un garçon d’une dizaine d’années se transformer en un homme de 45 ans le plan suivant. On ne s’intéresse alors plus seulement au mystérieux drame de 1944. On s’interroge sur chaque protagoniste, essayant de combler mentalement les années manquantes. D’une manière plus superficielle, il est aussi très agréable de voir les costumes et décors de chaque époque. Les détails sont précis, et l’on fait sans cesse des sauts dans le temps durant chacun des épisodes. Ce montage qui jongle entre les décennies participe au charme de Lightfields. Si vous n’avez pas peur des fantômes ‘so British’, bienvenue dans le comté de Suffolk.

 

La bande-annonce à la musique inspirée.

 

Mathilde Corberand

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