Carte blanche : En quoi les étudiants sont-ils concernés par la manifestation de ce jeudi 14 mars ?

La Pige lance une nouvelle rubrique, pour toujours vous aider à vous forger votre opinion sur les grands sujets qui traversent l’ULB ou Bruxelles. Etudiants, professeurs, cercles, associations, syndicats, ils ont des choses à revendiquer ou à expliquer. Aujourd’hui, une grande manifestation européenne contre l’austérité est prévue à Bruxelles. Les Etudiants FGTB expliquent pourquoi elle concerne les étudiants. 

Pourquoi les étudiants devraient-ils participer à la manifestation du 14 mars organisée par la Confédération Européenne des Syndicats (CES) contre l’austérité ? Après tout, la plupart d’entre-eux ne sont pas syndiqués, l’austérité c’est surtout un sujet qu’ils aperçoivent à la TV, ou lorsqu’ils assistent à une quelconque conférence. C’est même ce qu’il leur permet d’obtenir des jobs étudiants au dépend des chômeurs. Et puis, de notre tour d’ivoire universitaire, ne sommes-nous pas à l’abri de cette obscène réalité, faite de hordes de canailles sans emploi et de miséreux expulsés de leurs logements sous quelques destinations ensoleillées ? Personnellement, en tant que syndicaliste étudiant, et au risque de sembler prêcher pour ma chapelle, je déplore ce faible taux de syndicalisation. De même, je déplore l’utilisation des étudiants comme main d’œuvre bon marché pour inonder un marché de l’emploi déjà saturé. Abstraction faite de ces positions très personnelles, il reste à examiner la place de cette université.

Pour ouvrir mon propos, je me permettrai de citer John Donne qui résume assez bien mon propos : « Aucun homme n’est une île, un tout, complet en soi ; tout homme est un fragment du continent, une partie de l’ensemble ; si la mer emporte une motte de terre, l’Europe en est amoindrie, comme si les flots avaient emporté un promontoire, le manoir de tes amis ou le tien ; la mort de tout homme me diminue, parce que j’appartiens au genre humain ; aussi n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : c’est pour toi qu’il sonne ». Si nul homme n’est une ile, alors une communauté universitaire ne l’est certainement pas.

C’est une chose qu’il est difficile de faire accepter à mes coreligionnaires. Il est très difficile, il est vrai, d’identifier ses intérêts du fait de l’interclassisme de l’institution universitaire (“Interclassiste” est le caractère de ce qui est ou se veut indépendant de la division en classes sociales, voire qui la nie, NDLR). Prenons donc un peu de temps pour examiner les conséquences de cette austérité pour notre petit monde universitaire. Je vais peut-être déjà choquer certains lecteurs, mais notre statut d’étudiant n’est que transitoire : avec les mesures de gel des salaires prises actuellement, ce sont en réalité nos futurs salaires qu’on gèle. Les mesures de chasse aux chômeurs, c’est nous qui les subirons quand nous sortirons de nos études et qui nous nous retrouverons en stage d’attente. Il est vrai que beaucoup d’entre-nous s’imagine déjà une grande carrière de journaliste ou diplomate en sortant de notre Alma Mater, donc observons aussi les conséquences directes de ces décisions gouvernementales. Les réductions du salaire socialisé, ou comme l’appel la doxa libérale, les “charges patronales”, réduisent les caisses de l’Etat. En premier lieu, ce sont les plus précaires qui seront touchés par l’intermédiaire des réductions du nombre de bourses. Notre université est largement sous-financée, et jusqu’à quand les autorités résisteront aux oripeaux de l’augmentation du minerval ou des examens d’entrée ? Pour les fils de « top managers », dont le kot et la voiture sont payés par papa, pas d’inquiétude. Si vous ne vous reconnaissez pas dans ce portrait, vous avez du souci à vous faire.

Que faire alors ? Nous pouvons bien sur rester percher du haut de nos chaires universitaires en espérant que l’eau ne nous submerge pas. Ou nous pouvons faire le choix de descendre dans la rue, pour s’emparer du présent à défaut du futur qui nous est dû. En retournant sur le plancher des vaches, nous nous rendrons peut-être compte que nous ne l’avions jamais vraiment quitté malgré les illusions entretenue par les reliquats de l’université Humboldtienne

Manifestation 14/03/13 12h30 Bruxelles – Avenue de Tervueren (Musée du tram)

Gilles des Etudiants FGTB
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