Bières : les femmes aussi savent pourquoi !

Il paraît que seuls « les hommes savent pourquoi« . Il paraît aussi qu’une femme, « ça » boit de la Kriek. Pour tordre le cou à ces idées reçues, la jeune association bruxelloise Malt&Mout s’est associée à Vrouwen en bier, un projet lancé par Sofie Vanrafelghem, professeure et journaliste. Ce 8 mars, Journée Internationale de la Femme, ils présenteront quatre « femmes brasseurs » et proposeront des dégustations de leurs produits. A moins qu’on ne dise « brasseuse » ? Rencontre avec Michael Gelender, président de Malt&Mout autour de ce thème, ô combien important  : la bière. Ou la femme ?

« On s’est dès le début du projet trouvé face à une interrogation : est-ce qu’on dit « femme brasseur » ou « brasseuse » ? « . La question que pose Michael Gelender, président de l’association Malt&Mout, alors qu’il savoure un Orval en ce milieu d’après-midi pluvieux, est un des grands classiques du féminisme. La féminisation des noms de métier, on appelle ça. « On a finalement opté pour utiliser  « femme brasseur » parce que « brasseuse », c’est pas très joli« . On aurait voulu jouer à l’emmerdeuse (oh tiens, là pas de soucis de féminin) qu’on lui aurait dit qu’il existe des métiers très moches au masculin. Genre maraicher.

Des maraicher, il n’y en pas chez Malt&Mout, l’association bilingue qui entend promouvoir la culture brassicole bruxelloise. A sa tête : Michael Gelender, un passionné de bière. « On brasse notre propre bière ! Pas beaucoup, juste 20 à 50 litres, entre potes, on ne les vend pas. Autant vous dire qu’on en boit plus pendant le temps que prend la production ! », sourit Michael. Vraiment très très passionné. « On a commencé dans mon garage puis on a brassé au-dessus du Syllabuse, en bas de Buyl, et maintenant on cherche un local, vu que le café a fermé « .

L’association souhaite aussi réhabiliter la bière pour ce qu’elle est, et pas juste « la boisson du pauvre » ou « la boisson du « binge drinking » étudiant (faut remercier la Jefke), face au vin, pour lesquels les consommateurs sont prêts à mettre le prix. « La bière n’est pas encore vue comme un produit aussi noble que le vin. Pourtant, c’est un produit beaucoup plus complexe, avec beaucoup plus d’ingrédients, et beaucoup plus de gammes de goûts possibles. On peut l’influencer à chaque étape du processus pour un résultat différent alors que dans le vin, en gros, on ne joue que sur la fermentation du raisin ». La bière aussi se déguste d’ailleurs, lors de séance de dégustation qui ressemblent beaucoup à celles du vin. Oubliez l’œnologie, la zytologie, ou dégustation de bières donc, est l’activité du futur ! Fini aussi l’idée que la bière ferait grossir. « Une bière bien brassée est très peu calorique, ce sont les bières industrielles, dans lesquelles on rajoutent plein de choses qui sont mauvaises. Par exemple, les « bières à la cerise » dans lesquels on rajoute une sacrée dose de sucre« . Vraiment vraiment vraiment passionné.

Où sont les femmes ?

En s’intéressant à la bière, à ses processus de fabrication et en organisant des dégustations, les membres de l’association se trouvent face à un constat : le manque criant de femmes dans le monde, visiblement fermé, des chefs de brasseries. « Et puis, le marketing« , continue Michael, avec un visage plus grave cette fois. « La publicité pour la bière ne s’adresse qu’aux hommes. Ou alors aux femmes, mais seulement si ce sont des bières fruitées, sucrées et légères« . Je repose mon Orval sur la table avec un grand bruit. Non mais.

L’association décide alors de partir à la recherche de « femmes brasseurs ».

« J’ai rencontré Sofie, qui donne des cours du soir au CVO Panta Rhei à Gent , qui a écrit un livre sur la bière et les femmes, qui dirige le projet Vrouwen en bier et qui est zytologue. Elle organise déjà des dégustations avec ses copines et elle s’occupe notamment de la carte des bières pour les restaurants« . Parce ça existe ça maintenant ? « Elle a tout de suite été emballée par le projet de faire une activité autour des brasseuses, mais très vite nous avons décidé de ne pas réserver l’activité aux femmes ». Euh, Michael, tu t’entends parler ? « Quoi ? Ah oui, c’est vrai, je commence à utiliser le mot brasseuse ! » Mission accomplie.

« On a choisi le 8 mars pour la première édition, pour toute la symbolique de cette date, Journée internationale de la Femme« , précise Michael.  « Quatre « femmes brasseurs » viendront présenter leurs activités et feront déguster leurs bières : Anne-Cathérine Dillewijns de la Brouwerij Dillewyns, Gudrun Vandoorne de la Brouwerij ’t Gaverhopke, Annick De Splenter de la Gruutbrouwerij et Marjorie Jacobi de la Brasserie le Paradis, qui vient du sud de la France juste pour nous« .

 

Les femmes savent aussi pourquoi - Vrouwen weten ook waarom

 

Elles sont donc bien là, les femmes ? « Sur les 150 brasseries belges, 12 à 14 sont tenues par des femmes« , répond Michael. C’est peu. « Comme partout dans la société, pas que dans le monde de la bière, elles sont sous-représentées, oui. Ce sont souvent des personnalités fortes, parce qu’elles se sont imposées dans un monde d’hommes« .

Alors que nos Orval sont presque vides, voilà que Michael se fait visionnaire. « Le futur de la bière, je le vois en Italie ou aux États-Unis. Ils sont beaucoup plus fiers de leurs terroirs, du produit des artisans. En Italie, il y a déjà 400 brasseries contre 150 en Belgique le « pays de la bière »« .

Et si on dit que la femme est le futur de l’homme, pourquoi ne serait-elle pas aussi le futur de la bière !

Infos pratiques 

« Les femmes savent aussi pourquoi ».

La dégustation des bières brassées par ces dames ainsi que les encas sont proposés au prix de 15 euros. Cet évènement se déroulera en français et en néerlandais, le 8 mars à 20h dans la salle du conseil de la Maison des Brasseurs Belges (Grand Place, 10). Si vous êtes intéressé(é) par cette dégustation de bières, inscrivez-vous via le formulaire sur www.maltandmout.be.

 

Camille Wernaers

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