Agnès Varda, la Bruxelloise

En préambule à la master class qu’elle a donné la semaine dernière à l’ULB, la réalisatrice native de Bruxelles était présente au Palais des Beaux-arts le mercredi 27 février, pour parler de son célèbre film « Cléo de 5 à 7 » réalisé en 1962 et récemment restauré.

 

La soirée affiche complet mais quelques retardataires attendent encore, espérant toujours pouvoir trouver une place libre. Pendant que la file d’attente s’allonge, une petite dame bien entourée se faufile discrètement. Entre ses cheveux mi blancs mi mauves, on reconnait la réalisatrice.

Dans la salle de projection, la lumière s’éteint, et la célèbre première scène colorée apparaît à l’écran. Le film enchaîne en noir et blanc, lumineux malgré un synopsis plutôt sombre : c’est l’histoire d’une chanteuse qui attend les résultats d’un examen médical, et elle craint le cancer. Le film se déroule en temps réel. Nous allons alors suivre Cléo et ses inquiétudes, dans le Paris des années 1960, de 5h à 6h30 de l’après-midi.

Applaudissements, l’écran s’éteint, et le réalisatrice monte sur scène. Elle est accompagnée de Hugues Dayez qui va mener l’entretien.

Agnès Varda nous raconte alors l’envers des décors. Les anecdotes sont nombreuses et toutes plaisantes. Hugues Dayez s’étonne du rendu très naturel des scènes de ville. La réalisatrice nous apprend alors que celles-ci ont été tournées sur le vif, dans les décors naturels de Paris : les figurants sont des habitants, des gens de passage. Les acteurs évoluent au milieu de la vie parisienne.

Elle avait repéré son actrice principale Corinne Marchand parmi les figurantes d’un tournage de Jean-Luc Godard. « Elle était tellement jolie que les hommes se retournaient naturellement sur son passage. Nous avons simplement capté leurs réactions. »

A propos de la luminosité du film : « A l’époque, dans les films en noir et blanc, on ne faisait pas porter aux acteurs des vêtements blancs mais bleu ciel, pour éviter que le spectateur ne soit ébloui. Nous pas. Nous avons choisi de laisser les vêtements blancs. »

Sur le petit film burlesque muet – Les Fiancés du pont Macdonald – que Cléo aperçoit de la cabine de projection du cinéma : « Il y a toujours un moment de « creux » dans les films, et je redoutais que le spectateur commence à s’ennuyer. Alors on a décidé d’intégrer ce petit film muet. Il s’est tourné en une journée, j’avais appelé tous mes copains, et ils ont joué le jeu« . Un intermède où on aperçoit quelques stars de la nouvelle vague : Jean-Luc Godard et ses célèbres lunettes noires, Anna Karina, et Jean-Claude Brialy entre autres.

Autre anecdote : Madonna aurait voulu tourner un remake du film et y jouer le rôle-titre. Agnès Varda l’avait rencontrée à Hollywood, mais le projet n’a finalement pas abouti.

« Ce que je trouve incroyable« , conclut la réalisatrice, « c’est que, encore aujourd’hui, des gens voient et aiment le film. Le film vit toujours. »

Bruxelloise

Agnès Varda est née à Ixelles en 1928. Photographe, réalisatrice et plasticienne, elle cumule trois vies qui se superposent. On retrouve en effet dans chacune de ses créations les caractéristiques propres à l’artiste singulière qu’elle est : liberté d’approche, non-souci des conventions, poésie, observation du détail, curiosité ; mais aussi témoins de leur époque, de ses travers et ses difficultés.

Elle débute sa carrière de photographe en Avignon, où elle côtoie des gens du cinéma. En 1954, elle réalise son premier long-métrage en véritable autodidacte : « La pointe courte ». Cinq ans plus tard, « Cléo de 5 à 7″ lui permet de percer dans le monde du cinéma. Plusieurs de ses œuvres s’inscrivent dans la Nouvelle Vague. Elle se mariera au réalisateur Jacques Demy et côtoiera des stars comme Andy Warhol et Jim Morrison.

 A l’ULB

La présentation de son film au Palais des Beaux-Arts était un prélude à sa master classe donné à l’ULB la semaine dernière. Celle-ci s’adressait aux étudiants du Master en Arts du spectacle, écriture et analyse cinématographiques.

Les étudiants ont au préalable visionné quatre de ses films : « Le Documenteur », « Cléo de 5 à 7″, « Les plages d’Agnès » et « Sans toit ni loi ». Au cours de ces cinq jours, Agnès Varda leur fait part de nombreuses anecdotes. Elle leur apprend par exemple qu’elle fait beaucoup confiance au hasard lorsqu’elle tourne ses films, que le scénario n’est pas réellement écrit. Elle leur projette d’autres de ses œuvres : « Jane B by Agnès V. », « Les Cent et Une Nuits de Simon Cinéma », « Lions Love », ainsi que de nombreux courts-métrages comme « Le Lion volatil », « 7 p., cuis., s. de b., … à saisir » ou « Oncle Yanco ». Elle confie qu’elle-même considère ses œuvres comme hybrides, car elle aime mélanger les genres : longs et courts-métrages, documentaires, fictions, etc.  Au sujet de sa carrière, elle réalise le fait qu’elle n’a pas été commerciale. Malgré les distinctions reçues, dont le prix René Clair de l’Académie française récompensant l’ensemble de son œuvre cinématographique, le seul film qui remporta un succès fut « Sans toit ni loi », avec  Sandrine Bonnaire. Elle ne s’explique pas l’impopularité de ses œuvres, peut-être due à une mauvaise conjoncture au moment de leur sortie en salle, ou simplement à une incompréhension de ses films par le public.

 

Un coffret rassemblant l’œuvre de sa vie est disponible depuis la fin de l’année dernière, « Tout(e) Varda« . Oui, «  toute! Car je suis féministe! « . Vingt longs-métrages, seize courts, de nombreux inédits, il pèse 1,8 kg.

Agnès Varda : « 1m 48, 60 kg, 1,8 kg de création », comme elle aime se résumer.

 

Cécile Lienhard

 

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