Spirou a 75 ans, mais ses auteurs sont restés des enfants

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Vehlman et Yann sont, depuis deux tomes, les auteurs des aventures de Spirou. Si leur dernier album, Dans les griffes de la vipère, est considéré par beaucoup comme un excellent cru, le défi pour les deux hommes était loin d’être gagné : ou comment ré-intégrer le héros dans un monde qui tourne de moins en moins rond.

 

Spirou

A ma gauche, il y a Fabien Vehlman. Grand, un petit côté intello, affable et érudit lorsqu’il s’agit d’évoquer l’art du scénario en bande dessinée. A ma gauche, Yann, plus épais, le crâne rasé, des yeux bleus et vifs, intraitable sur le dessin comme sur la mythologie de Spirou. Étrange tandem en apparence, pas si étonnant si l’on y regarde de plus près : les deux hommes avaient en effet déjà collaboré, avant d’être choisis par Dupuis pour reprendre les rênes de Spirou, sur la série Spirou et Fantasio… c’était en 2006. Plus logiquement, Vehlman et Yann ont en commun la Spirouite, eux qui, depuis leur plus jeune âge, dévorent les aventures du fameux groom rouquin. Et, de façon très simple, résument ainsi leur objectif premier : « d’abord, affirme Yann, il faut que ça me fasse marrer, moi. Spirou, c’est d’abord des gags, et de bons gags. » A l’origine était donc le rire, lequel ne se départit pas, selon Vehlman, d’un scénario digne de ce nom. « Pour le dernier album, nous avons voulu recentrer Spirou dans le monde actuel, en tout cas, le monde tel que nous le voyons. »

Et ce monde n’est pas joli-joli : la crise économique fait rage, à tel point que Spirou, dans les Griffes de la vipère, se voit contraint et forcer de revêtir son fameux costume de groom. « Après un album de science-fiction (La face cachée du Z, 2010), nous voulions placer l’histoire dans le réel, sans déroger au côté aventurier de la chose. Dans cette optique, il nous fallait trouver un prétexte pour lui faire à nouveau enfiler le costume, à la manière d’un super-héros. »

Le pari est tenu, à l’image d’une des premières scène de ce nouvel épisode, drolatique passe d’armes dans la salle d’audience d’un tribunal. La suite, pour ne pas en dire plus, n’a rien a envier aux meilleures planches de Franquin, dont l’ombre plane inévitablement sur chaque apparition de Spirou. « C’est vrai que Franquin a été très important dans le développement du personnage même si d’autres auteurs ont pu faire des choses très intéressantes, comme Tome et Janry, par exemple. » renchérit Fabien Vehlman.

Sur leur méthode de travail, les deux hommes ont peu à peu trouvé leurs marques. « C’est assez simple en théorie: Fabien me décrit le personnage, la situation, le décor, et je lui fait une proposition. La plupart du temps, le rendu final résulte un peu d’un accident, d’une blague qu’on se fait et qui prend vie sur le papier… » nous glisse Yann.

Exemple encore dans ce nouvel opus, quand Spirou, en goguette sur une brocante, tombe sur une licorne miniature façon Tintin, qui se brise entre ses mains. « Il est évident qu’il y a une référence à Tintin mais pour le coup c’est complètement fortuit ! » « Le gag n’inclut pas de licorne à la base et puis on s’est dit que ce serait marrant de lui coller une licorne… » enchaîne Vehlman. Effet garanti, et qui a pour vertu de tordre le cou à l’opposition millénaire entre Spirou et Tintin. Spirou, né en 38, dix ans après Tintin, journaliste comme lui, intrépide et malin comme lui… pourtant loin d’être une pâle copie du plus célèbre reporter du monde, selon nos deux auteurs. « Ce qui a rendu Spirou intéressant, c’est son évolution en fonction des auteurs qui l’ont pris en main. Il y a eu Franquin, bien sûr, mais tous les auteurs, de Rob-Vel a Morvan et Munuera, ont apporté quelque-chose au personnage, que ce soit graphiquement ou scénaristiquement. »

Après tout, les vrais héros ne meurent jamais, non ?

Clément Boileau

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