Edito du lundi : qui m’aime me colonise

Chaque lundi, les deux co-rédacteurs en chef analysent et décryptent un fait marquant de la semaine écoulée par un édito et une caricature acerbes. Ne ratez pas cette nouvelle occasion de vous informer. A bientôt !

Camille Wernaers et Cédric Dautinger

Shimon Peres. Président de l’un des États le plus militarisé au monde : à côté d’Israël, la Corée du Nord ou l’Iran, ce sont des tout tout petits joueurs, disons-le. Prix Nobel de la paix aussi crédible que celle d’une Europe qui se lance à blindés perdus dans une guerre au Mali (en contrôlant tellement la communication que seuls les journalistes de France 2, payés par le gouvernement donc, ont accès au front). Mondain, amateur de soirées où l’on se congratule pour la très réussie colonisation du peuple palestinien.

Pas de petits fours pour les Palestiniens. Ni de rires gras. Juste la construction d’un mur qui les isole du reste du monde et la promesse de nouvelles colonies à venir. C’est moins appétissant.

Si mon peuple avait connu les camps de concentration, la haine sans limite, l’indifférence et enfin, la mise à mort pure et simple pour régler « un problème »,  je ferais tout, vraiment tout,  pour éviter à un autre peuple d’avoir vivre la même chose. Mais ce n’est que moi. 

Bref, nous avons appris cette semaine que ce charmant monsieur vient à Bruxelles, le 5 mars prochain. Que Pieter de Crem participe à cette soirée, à laquelle absolument tout le monde (sic) pourra accéder en payant un sésame de 100 euros, voilà qui est logique. En Israël, le service militaire est encore obligatoire, on y apprend la guerre comme on apprendrait la recette d’un gâteau au chocolat. Que le « monsieur guerre » belge se fasse un devoir de venir y faire un tour, tant mieux pour lui.

Mais quand on lit que dans la liste des invités se retrouve Didier Viviers, recteur vénéré de l’ULB, là, ça fatigue. Ce même recteur se dit « libre-exaministe ». Il représente l’Université Libre de Bruxelles. Il s’est toujours montré fermement opposé à la reconnaissance d’un cercle « BDS » pour « Boycott – Désinvestissement – Sanctions » envers l’État d’Israël. Antisémite il paraît. Sauf que l' »État » et la « religion », c’est différent il paraît. Bref. 

Suivez mon regard. Comment examiner librement des demandes de reconnaissance de cercles ou n’importe quelle décision impliquant simplement l’ULB, quand on mange des petits fours avec le président de l’État d’Israël d’un côté et crache sur des initiatives pro-palestiniennes de l’autre. L’ULB est d’ailleurs invitée cordialement par le Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB), lobby ultra-actif dans notre belle université.

La liberté, c’est plus trop ce que c’était. 

On sait que monsieur Viviers ne se gêne pas pour fustiger les journalistes. Le journal Le Soir en a notamment fait les frais, alors que ses journalistes participaient au débat contradictoire dans l’affaire du débat, par ailleurs censuré, De quoi la Burqa Pride est-elle le nom ? (le journal a publié une interview de Souhail Chichah mais aussi des cartes blanches allant dans le sens du recteur). En Israël, la presse subirait des censures, selon l’ONU. Au cas où le manque de sujets de conversation se ferait sentir.

De rien. 

 

Edito19

 

Camille Wernaers pour l’édito et Cédric Dautinger pour la caricature

1 Comment

  1. gege

    25 février 2013 at 9:46

    Info1: le recteur participe (en dehors de l’ulb tout de même), à une rencontre « de prestige » qui envoie un message assez désolant. Si vous écrivez sur ce sujet, je pense qu’une (bonne) moitié de l’ULB vous suivra pour dire que c’est pathétique. Des profs de l’ulb qui écrivent/interviennent régulièrement dans la presse pour dénoncer de manière catégorique le gouvernement israélien ça ne manque pas.

    Info2: le cercle bds ulb existe, mais reste menacé c’est vrai. A l’ulb, comme dans toutes les unifs du monde, la notion de boycott qui n’exclu pas explicitement le boycott académique fait peur, et gêne même parmi les plus pro palestiniens. Les collaborations avec des chercheurs israeliens (souvent mais pas toujours) critiques du gouvernement sont nombreuses, et la plupart des chercheurs voient d’un mauvais oeil qu’on leur dise avec qui ils ont le droit de travailler. Si vous écrivez là dessus, des gens à l’ulb vous suivront, mais à mon avis pas si nombreux. Beaucoup plus par contre s’il était clair qu’il s’agit d’un appel à boycotter les produits de l’occupation israelienne (et pas les gens). Encore plus si l’appel au boycott s’étendait à d’autres gouvernements pratiquant la colonisation et l’occupation militaire sur le long terme (Turquie, Maroc, Chine, …).

    Info3: Souhail Chichah a eu une belle interview avec une belle photo en page 2 dans le soir pour faire la promo d’un débat pour lequel l’autorisation n’avait même pas été demandée à l’ulb. Les réponses ont été publiées plus tard sous la forme de cartes blanches (dont une des organisateurs de la pseudo conférence) en pages « polémiques ». Combien d’étudiants en doctorat à l’ulb ont eu droit à 2 pages d’interview sans contradiction dans le soir avec un photographe qui se déplace ? Ou même, combiens de profs d’unifs ? Combien de soirées débat vraiment organisées ont eu une telle couverture médiatique ? La réponse est zéro. Donc, oui, quand un ancien doctorant de l’ULB a droit à une page de pure propagande (1) dans un journal, en dehors de toute actu, on a le droit de se demander à quel titre. Sur ce sujet, vous pouvez compter sur le doigt d’une main les gens qui vous suivront.

    (1)
    Où il peut dire sans contradiction qu’à l’ulb en économie on ne fait quasi plus que de la recherche sous contrat. Fact checking: – il y a 2 gros centres de recherche en économie à l’ulb, un qui fait de la recherche sous contrat (et a quelques doctorants, la plupart financés hors contrat) et l’autre qui ne fait pas du tout de recherche sous contrat (et qui a beaucoup de doctorants). Petit jeu: dans quel centre souhail chichah avait-il choisi de s’inscrire en thèse ?

    Où il peut dire que les postes sous contrat sont surtout pour les chercheurs jeunes et étrangers. Fact checking: faites un tour sur le site des 2 centres de recherche, et regardez où il y a le plus de non belges. Normal, pour attirer de bons doctorants étranger il vaut mieux leur offrir une bourse qui leur laisse le maximum de liberté académique. La recherche sous contrat par contre est massivement de la consultance publique belgo belge qui demande des connaissances sur la belgique pour lesquelles les belges sont souvent plus qualifiés.

    Où il peut dire sans contradiction qu’on a trop de chercheurs de l’ulb dans les médias et pas assez qui font de la « production académique ». Prenons un exemple: Souhail Chichah. Nombre d’articles publié dans une revue scientifique internationale à comité de lecture = 0. Thèse = 0. Par contre, plein d’articles dans les journaux, d’interviews, de vidéos youtube…

    Allez, ne me dites pas qu’un journaliste qui couvre les universités pour le soir depuis des années n’aurait pas pu, s’il le voulait, vérifier au moins un de ces éléments. Personne ne crie au complot mais on a tout de même de se demander pourquoi…

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