Edito du lundi : le serment d’Hippocrite

Chaque lundi, les deux co-rédacteurs en chef analysent et décryptent un fait marquant de la semaine écoulée par un édito et une caricature acerbes. Ne ratez pas cette nouvelle occasion de vous informer. A bientôt !

Camille Wernaers et Cédric Dautinger

Ils font la Une de l’actu. Blouses blanches, sourires rassurants et affirmations affirmatives, cela fait un petit temps maintenant qu’ils sont sortis de leurs cabinets. Que ce soit pour avoir un réflexe de caste en défendant la pilule Diane, pour défendre l’augmentation de 2% des honoraires du généraliste ou pour taper à stéthoscopes perdus sur les ostéopathes, sûr, nos médecins savent y faire.

Du haut de leur tour d’ivoire de la connaissance, à les entendre crier, les femmes qui craignent pour leur santé après les dernières « révélations » sur le pilule sont des espèces de folles hystériques. « Vous ne comprenez rien« . « Laissez-nous décider pour vous de ce qui est bon pour votre santé. « Oups, c’est vrai, on ne vous a pas tout dit sur les enjeux du médicament dangereux qu’on a prescrit à corps perdu durant des années, en s’en fichant bien des conséquences. Désolé, mais vous n’aviez qu’à lire la notice ».

C’est de votre faute, un point c’est tout. 

Dans chaque interview, la même phrase, implacablement répétée, et vraiment, ça fait chaud au cœur de voir un tel niveau de propagande : « il ne faut pas que les femmes arrêtent de prendre la pilule, sinon le nombre d’avortements va augmenter« .

C’est mal de tirer sur l’ambulance, mais petit un) c’est oublier qu’aujourd’hui la pilule est prescrite comme un bonbon, et non le médicament contraceptif à risque qu’elle est. Souvent sans aucun test préalable, parfois juste pour régler des problèmes d’acné. Si on sait tous que l’aspirine liquéfie le sang, très peu savait les effets secondaires de ce médicament. A prendre tous les jours. Avec un bon grand verre d’eau.

Petit deux) , on n’a pas profité des débats autour de ce moyen de contraception pour informer sur d’autres modes contraceptifs complètement sans danger et tout aussi, voire plus, efficace que la pilule, du type le préservatif. Par exemple. Une belle occasion ratée. D’autant plus que maintenant, c’est prouvé : la capote ne gâche pas le plaisir. Ouf.

Est-ce parce que la pilule est un médicament essentiellement féminin qu’on a laissé cette chape de plomb l’entourer durant si longtemps ? La question est posée et fait penser à celle de la perte de libido. La pilule, en plus d’augmenter considérablement les risques de thromboses chez certaines femmes, diminue également le désir sexuel. Personne ne s’en est jamais vraiment offusqué. Quand une pilule masculine a été mise au point, levier de bouclier :  elle serait mauvaise pour la libido des hommes. Et ça, c’est vraiment grave ! Avec toutes les inquiétudes et les attentions qu’on lui porte, la pilule masculine est encore loin d’entrer sur le marché juteux de la contraception.

En plus, si j’ai des questions à poser à mon généralistes, il m’en coûtera 2% plus cher, grâce à l’accord médico-mutualiste. Faut pas déconner non plus, il faut bien qu’ils gagnent leur vie. C’est la crise pour tout le monde,  les pots de vin de l’industrie pharmaceutique ne suffisent plus.

C’est dans cette ambiance bien sympathique que les ostéopathes et homéopathes ont osé demandé la reconnaissance de leur pratique et la possibilité d’être formés à l’université, afin d’encadrer leurs activités et protéger les patients contre les charlatans. Quel culot, vraiment !

Dans le journal Le Soir, on a surtout pu constater le mépris avec lequel les médecins parlent de leurs patients, le très bête homme de la rue. Celui qui aime avoir le choix. Et des alternatives. « Ce n’est pas parce que cela plait au sens commun d’aller prendre de la poudre de perlimpinpin quand on fait un infarctus que les universités doivent dire que c’est le plus belle chose au monde… Il ne faut pas mettre des étiquettes sur quelque chose qui ne mérite pas d’être appelé médecine, c’est tout« , assène Jacques de Toeuf, président de l’association belge des syndicats médicaux (Absym), qui semble oublier que pendant plusieurs siècles, sa médecine chérie a été étiquetée comme relevant de la sorcellerie, avant que les médecins puissent être formés et faire leurs preuves.

De la poudre de perlimpinpin, un peu comme la pilule ? Quelqu’un a déjà compris un mot des « ingrédients » des médicaments qu’on ingère ? Parfois efficace, parfois pas, au petit bonheur la chance. Parfois, ça fonctionne très bien. Parfois, on finit gravement handicapé. Oups. Pas fait exprès.

Je ne suis pas anti-médecine, comme tout le monde, je me soigne et je fais appel à mon médecin quand il le faut. Mais dans un certain nombre de cas, la médecine traditionnelle se montre incapable de soulager ou de soigner. Pourquoi un tel rejet caricatural d’une simple demande de reconnaissance et de formation qui serait, en plus, dans l’intérêt du patient ?

Parce que la médecine d’aujourd’hui se comporte comme la religion d’hier. Le médecin, ce prêtre des temps modernes. Il écoute, puis il prescrit, en se basant sur des évidences, qu’il ne faut surtout pas remettre en cause, vu que la médecine supporte peu la critique, et encore moins la concurrence. « Prouvé scientifiquement« , un puissant argument d’autorité. Notamment parce qu’il fait vendre.

Amen.

 

Edito16

Camille Wernaers pour l’édito et Cédric Dautinger pour la caricature

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>