Edito du lundi : Je suis terroriste

Chaque lundi, les deux co-rédacteurs en chef analysent et décryptent un fait marquant de la semaine écoulée par un édito et une caricature acerbes. Ne ratez pas cette nouvelle occasion de vous informer. A bientôt !

Camille Wernaers et Cédric Dautinger

Je suis terroriste. Du moins si on en croit la nouvelle loi « antiterroriste » adoptée par la Chambre fin décembre dernier, et au Sénat en ce début de février.  Elle prévoit  d »’ériger en infraction pénale la provocation publique à commettre une infraction terroriste ». Infraction terroriste à prendre au sens « large », et même si l’ « incitation » n’est suivie d’aucun « effet ».

Beaucoup de guillemets. Bref, du flou du flou et encore du flou.

Ce qui est sûr par contre, c’est l’atteinte à nos libertés et en premier lieu d’expression. L’exécutif pourra désormais nous poursuivre sur simple base de nos arrières-pensées.

« Venez manifester avec moi demain« , par exemple, ça passera moyen. Prôner la désobéissance civile, c’est fini. Et tant pis pour vous.

Fermez vos gueules et marchez droit. 

La démocratie, c’est merveilleux. Nul n’est censé ignorer la loi mais si on continue à nous en faire passer de telles, discrètement, on va se faire un plaisir de les ignorer. Hein oui ? Ne répondez pas, ça pourrait mal finir. Je ne voudrais surtout surtout pas vous inciter à désobéir.

Depuis le 11 septembre, le terrorisme est LE it-sujet. Plus que les dernières paires louboutins ou les dernières frasques de Galliano. C’est dire. C’est vrai d’ailleurs qu’en Belgique, l’arsenal législatif concernant le terrorisme est à la traîne et nous sommes vraiment tous concernés par cette menace qui plane partout et toujours. Mais on ne sait pas très bien , ni quand. Heureusement qu’il y a des gens qui savent. A notre place.

Comme pour la burqa (vous en avez vu beaucoup en rue, vous ?), le législateur belge nous montre tout son intérêt à surfer sur des vagues qui sentent bons, au lieu de légiférer pour empêcher Mittal de bien les avoir. Après, ça vient pleureur chez les journalistes. « On savait pas, on peut rien faire« . Un ministre incompétent ne peut pas se faire virer sans aucune considération. Il faudrait leur accorder un petit stage chez Mittal, qu’ils comprennent un peu ce que ça fait.

 

La justice d’ailleurs continue à surprendre. Cette semaine, des militants anti-OGM ont été condamnés. Ils ont osé aller dans un champ OGM. Ils ont arrachés des patates. Et des carottes. 8 mois de prison ferme pour certains.

Fermer vos gueules et marchez droit, on a dit. La déstabilisation de l’État par l’arrachage de carottes, très peu pour nous. Mais licencie à tour de bras, commence une guerre, dépense des millions en Porsche, explique à tes millions de fidèles que l’homosexualité est contre nature et que le préservatif est une invention du Diable, et tu seras une « success story« .

C’est beau, tout ce qu’on peut faire dire à un guillemet.  

Je vous incite par ailleurs à cliquer sur ce lien.

Edito18

 Camille Wernaers pour l’édito et Cédric Dautinger pour la caricature

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