Ce n’est qu’un au-revoir

Stéphane Hessel est mort cette nuit. Ce grand monsieur, écrivain, diplomate et militant, cachait, derrière son corps de 95 ans, son grand sourire et ses beaux yeux malicieux, un vif et jeune esprit d’analyse critique sur notre époque. Et quel humour. »Vous, les jeunes,  vous devez vous indigner« , était-il venu nous dire lors d’un conférence le 11 mai 2011 dans un Janson noir de monde pour l’occasion. C’est fait, monsieur.

 

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Stéphane Hessel. Je n’ai appris à connaître le nom et le personnage qui se cachait derrière que sur le tard. En 2010, lors de la sortie d’un livre qui allait bouleverser ma vie. Cela faisait un certain temps que je ne me sentais pas bien. Fatiguée, usée, trop énervée. Militante féministe, je me faisais souvent critiquer sur mon engagement, même au sein de ma famille. Je ne me sentais pas assez forte pour le message que je voulais porter.

Puis, un livre qui ne paie vraiment pas de mine s’est trouvé sur mon chemin. Une quinzaine de pages, un auteur inconnu à mon bataillon et un titre un peu étrange. C’était « Indignez-vous » de Stéphane Hessel. Oui, c’est vrai, ce n’est pas son meilleur livre, oui c’est vrai, c’était le livre « à la mode », oui, c’est vrai, 3 euros pour quinze pages, ça peut sembler trop.

Quelle bouffée d’air dans ma toute jeune vie de militante. C’est avec cette lecture que j’ai compris. Compris que je ne renoncerais pas. Que je continuerai à être « chiante ». Et que j’utiliserai mon clavier et mon métier de journaliste dès que je peux à cette fin.

Quatre millions d’exemplaires de son livre ont été vendus dans plus de 100 pays. « Chercher et vous trouverez des raisons de vous indignez« , nous dit toujours cet ancien résistant au nazisme et déporté. Je ne l’avais pas attendu pour ça, mais depuis j’ai trouvé milles autres raisons.

Le 11 mai 2011, lui aussi encore très jeune militant, il s’était adressé aux étudiants de l’ULB venus le voir, dont beaucoup portaient à la main le fameux petit livre. En guise d’introduction, on y avait rappelé que ce Janson, « un peu vieillot« , avait été un des hauts lieux de résistance à l’ULB et qu’il avait notamment accueilli les débats de mai 68.

Il leur avait parlé d' »insurrection pacifique« , et de l’engouement autour de son livre, qui avait notamment prévu, avant l’heure, les grands mouvements sociaux que nous connaissons aujourd’hui, tels que celui des « Indignados« , les indignés. « Ces pages sont tombées à un moment où il y avait une soif d’indignation« , explique Stéphane Hessel, après avoir précisé que ce livre ne fait qu’ouvrir la porte à la réflexion et ne répond pas aux questions qu’il pose. »Il faut être heureux pour rendre les autres heureux« , avait-il souri. « Il faut lutter contre la haine qui existe quelque part en nous« .

« Les expériences du siècle passé montrent que la violence n’a pas libéré les peuples » a-t-il expliqué. « Je prends par exemple Mandela et la fin de l’apartheid et je suis ravi par ce qu’il se passe depuis trois mois, ce qu’on a appelé le printemps arabe« . On avait également évoqué lors de cette conférence son rôle dans la Commission nationale consultative des droits de l’homme (1992-2005), la politique d’Israël,la globalisation de notre marché industriel et la crise économique.

C’est aussi en mai 2011, il avait été fait citoyen de la Ville de Bruxelles par un Freddy Thielemans (bourgmestre de Bruxelles) lyrique pour l’occasion mais qui n’hésite pas à ordonner de réprimer certaines manifestations. « La ville de Bruxelles vous félicite pour être passé par la résistance, la volonté de combat, le choix de sortir des camps et surtout d’être un homme d’action. C’est parce que l’on agit que l’on peut effectivement changer le cours de l’histoire ».

Découvrez l’intégralité de la conférence enregistrée par nos soins et les photos.

 

Introduction : Hessel à l’ULB

Intervention de Stéphane Hessel

 

 Camille Wernaers

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