Michel Vaillant, saison 2 : héros 2.0 ?

Michel Vaillant, c’est un nom que certains d’entre-vous connaissent sûrement. C’est d’abord un pilote, héros d’une BD chez Dupuis, qui vit des aventures entre l’action et le fantastique sur les plus grands circuits du monde, au volant des plus beaux bolides. Et qui fait son grand retour, pour le bonheur des fans ou pour se faire découvrir à un nouveau public. La Pige a rencontré Philippe Graton, le scénariste de la nouvelle saison de Michel Vaillant.

 

Vaillant 1 Lies de Mol

 

Étrangement, le parcours des Graton (Jean, créateur de Michel Vaillant, et Philippe, son fils, scénariste de la série depuis 1994), ressemble à celui des Vaillant. Soit une petite entreprise familiale qui, au fil des années, est devenue un mastodonte dans son domaine : la course automobile chez les Vaillant, la bande dessinée chez les Graton. Les chiffres parlent d’eux mêmes : 71 albums depuis l’apparition du célèbre pilote dans le journal Tintin, en 54, plus de vingt millions d’exemplaires vendus et une influence qui s’étend bien au delà du monde de la bande dessinée : les lignes des « Vaillantes », les voitures fictives imaginées par Jean Graton, allant jusqu’à inspirer les designers des grandes marques automobiles telles Bentley ou Bugatti. Ou encore Alain Prost, seul français champion du monde de F1, confessant avoir trouvé sa vocation en lisant les albums Michel Vaillant. Rien que ça.

C’est au centre d’Ixelles, à Bruxelles, que l’entreprise Graton s’est installée depuis quelques années. « Un quartier où pullulaient jadis les carrossiers », remarque Philippe Graton, lequel doit pourtant tout au hasard. L’endroit, spacieux, accueille le colossal héritage Vaillant, regroupé sous la coupe de la fondation Jean Graton. « Il s’agissait de trouver l’endroit adéquat, mais le hasard fait parfois bien les choses ! », plaisante le fils, désormais (presque) seul aux commandes du bolide Vaillant. Pourtant, comme toute entreprise digne de ce nom, l’écurie Graton père & fils n’a rien laissé au hasard : depuis les années 80, c’est en effet sous son propre label — Graton Editeur — que Michel Vaillant court désormais. Une indépendance perdue depuis que Graton Editeur est passé sous le giron des puissantes éditions Dupuis ? « Pas du tout », tempère, le fils, ancien photo-journaliste passé définitivement du côté du scénario : mais le marché à changé. « Aujourd’hui, promouvoir un album, même un Michel Vaillant, parmi les quelque soixante-dix mille qui sortent chaque année, c’est devenu très difficile. S’associer avec Dupuis tout en gardant toute notre indépendance, c’était s’assurer une place sur le devant de la scène tout en pérennisant l’héritage Vaillant. » Un héritage, qui justement, n’est pas de tout repos. Et dont le magnétisme s’est érodé, année après année. « Après le soixante-dixième album, je me suis dit qu’il n’était plus possible de continuer sur la même voie : qu’y avait-il à dire de plus sur Michel Vaillant ? Il avait tout gagné, aux quatre coins du monde, il devenait de lus en plus difficile pour moi de trouver des pistes scénaristiques », dit Philippe Graton. Changement de cap, donc, et une nouvelle formule alléchante : Michel Vaillant : saison 2, dont Au nom du fils constitue le premier d’une série plus moderne et actuelle. Et pour dépoussiérer le mythe, Philippe Graton n’a pas lésiné sur les moyens : un premier album co-scénarisé par Denis Lepière et un duo de dessinateurs pour donner un coup de jeune à Michel Vaillant : Marc Bourgne, pour les voitures et les décors, et Benjamin Benetteau pour les personnages.

En attendant les premiers pas de la nouvelle écurie dans le monde de plus en plus compétitif de la bande dessinée, Philippe Graton définit sa vision 2.0 de Michel Vaillant : « Je vais en faire hurler plus d’un, mais mes influences ne sont pas des bandes dessinées, mais plutôt des films et des séries télévisées. » Et pour cause : si le terme « saison 2 » peut faire référence à une saison sportive, celui-ci n’est pas sans rappeler la mécanique bien huilée des séries télévisées, dont le modèle a déjà, par exemple, porté ses fruits en littérature : De Doggy Bag, de Philippe Djian (sept saisons), au plus récent Game of Thrones, récemment porté à l’écran (et avec succès), par la chaîne HBO aux États-Unis.

Reste que le monde de la course automobile se fait moribond, aussi le Michel Vaillant 2.0 a-t-il encore des chances de toucher son public ? Pour Philippe Graton, le sport automobile doit cesser de s’excuser pour ce qu’il est : un formidable moteur à innovation. « Je suis stupéfait par ce qui se passe du côté de la FIA, (NDLR: fédération internationale du sport automobile) qui  s’est mise dans une position ultra-défensive : on les attaque sur la question de la pollution, alors qu’on sait très bien que ce ne sont pas les courses automobiles qui sont responsables du réchauffement climatique, et ils ne réagissent pas. Ils disent : nous allons essayer de réduire les émissions de CO2. On oublie trop souvent l’impact technologique qu’a eu le sport automobile sur la société : les airbags, l’assistance au freinage, l’aérodynamique, la conception des pneus, des carrosserie, j’en passe. »

Sur les néo-champions de la F1 que sont Sebastian Vettel, Lewis Hamilton ou Fernando Alonso, Philippe Graton n’a pas grand chose à dire. Ces dernières années, c’est en effet Sebastien Loeb, huit fois champion du monde des rallyes, qui l’a le plus impressionné : « Loeb, en plus d’être un superbe pilote, est un extraordinaire champion : qui d’autre que lui est capable de refuser une victoire parce-qu’il juge qu’il y a une erreur de chronométrage en faveur de l’adversaire ? Des champions comme Michel Vaillant, qui partagent les mêmes valeurs que lui, il n’y en a pas beaucoup. Mais Loeb en fait partie. » Le privilège des grands, donc.

 

Vaillant 2

Crédits photo: Lies de Mol.
Clément Boileau

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