Edito du lundi : une guerre normale

Chaque lundi, les deux co-rédacteurs en chef analysent et décryptent un fait marquant de la semaine écoulée par un édito et une caricature acerbes. Ne ratez pas cette nouvelle occasion de vous informer. A bientôt !

Camille Wernaers et Cédric Dautinger

Ça y est. François Hollande est enfin devenu un président normal. Il a lancé une guerre. Normal quoi. La presse française et internationale le décrivait comme, et je paraphrase, « mou » et sa popularité fondait comme neige au soleil. Comme beaucoup d’autres avant lui, il s’est donc dit qu’entrer en guerre était LA solution. Faire des jolis discours en se montrant implacable et intransigeant. Taper un bon coup de poing sur la table. Il a donc réfléchi.

Il ne pouvait quand même pas attaquer les Bretons : depuis que Nolwenn Leroy avait lancé un album sur les chansons bretonnes, leur popularité était au plus fort. Pas question non plus de s’attaquer aux cadeaux fiscaux des grandes entreprises (comme promis durant sa campagne). Et puis, il s’est rappelé que la France avait quand même un sacré passé colonial en Afrique. Une aubaine tout à fait normale. Surtout qu’il croyait savoir qu’un pays, par là-bas, était ravagé par une guerre, instiguée par des islamistes. C’est bien les islamistes. C’est pratique. Parce que ça fait peur. Tout de suite, on imagine des gros barbus qui tirent en l’air en roulant trop vite dans des caisses trop vieilles dans le désert.

Il pourra ainsi faire d’une pierre deux coups car il est normal d’agir au Mali. Le pays est une énorme réserve 1) de pétrole, 2) d’uranium. Des sources d’énergie d’avenir. Et comment ferait la France pour piller normalement les ressources naturelles du Mali avec des « islamistes » au pouvoir ?

Voilà donc la France qui entre en guerre au Mali. Normal donc. Pour la paix. Et ça fonctionne tellement bien que quelques jours à peine après le début de l’entrée des troupes françaises au Mali, une prise d’otage, commencée en guise de représailles, se termine en bain de sang en Algérie. Rappel normal qu’on ne fait pas la guerre sur un continent comme on demande à sa femme de la fermer. Quoique. A entendre les médias et le président, il est tout à fait normal que l’Algérie ait zigouillé les otages avec les terroristes. Belle gestion c’est vrai, désormais on sait que ce ne sont pas les preneurs d’otages les plus  dangereux…  (otages étrangers qui eux-mêmes pillaient normalement les ressources d’avenir du pays, ce n’est qu’un détail, d’ailleurs).

Pour les médias, depuis le début, c’est brainwashing et légitimation.La propagande dans ce qu’elle a de meilleure. En gros, on reprend les mêmes poncifs et on recommence : « les islamistes sont très très très très méchants« . « ce n’est pas une guerre pour nous, mais pour tout le monde, car le terrorisme est un fléau« , »les femmes sont même obligées de porter le voile là-bas, vous rendez-vous compte« , etc. etc. etc. Nous donnant ainsi une vision normale des enjeux du conflit.

Pour Hollande d’ailleurs, ça fonctionne.Voilà que son image change radicalement dans le médias. Il n’est plus mou, c’est sûr. Il prend les choses en main. Le Hollande va-t-en guerre est un homme, un vrai.

Et tant pis si le conflit au Mali risque bien de se transformer en nouvel Afghanistan. C’est tout à fait normal.

 

Edito14

Camille Wernaers pour l’édito et Cédric Dautinger pour la caricature

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