Abraham Lincoln, bien bavard

Il paraît que c’est un des films de l’année. Ultra-favori aux Oscars, il a pourtant perdu la mise aux Golden Globes, se faisant rafler le prix du meilleur film par Argo. Si Daniel Day Lewis est tout de même reparti avec le prix du meilleur acteur dans un drame pour son interprétation du seizième président des États-Unis (et c’est mérité), reste à voir si le film justifie toute la médiatisation qui l’entoure. Ça tombe bien : La Pige a pu le voir en avant-première.

Lincoln

Et le résultat est mitigé. D’accord, Spielberg qui s’intéresse aux derniers mois du mandat d’un Lincoln vieilli ( Daniel Day Lewis transfiguré par son rôle, on y reviendra), forcément ça intrigue.  Et donc forcément, il se peut que cela déçoive un peu.

 

 

Lincoln retrace un combat : celui du président, qui s’efforce de faire passer le 13ème amendement de la Constitution américaine. Un amendement extrêmement contesté qui prévoit la fin de l’esclavage. Lincoln se bat pour cet amendement, au risque de perdre sa popularité auprès du peuple, d’abord parce qu’il est convaincu que tous les hommes sont égaux. Mais voilà, cette raison ne suffira pas à le faire passer à la Chambre, où les démocrates en sont de fervents opposants. Il décide alors d’un subterfuge : expliquer que l’esclavage ne peut plus continuer car tous les hommes sont égaux seulement devant la loi et que cet amendement mettra fin à la guerre de sécession qui fait encore rage, le sud du pays se battant pour défendre l’esclavage (tout leur système économique en dépend). L’esclavage aboli, la guerre n’aurait plus de raison d’être. Son plan va cependant bientôt être mis à mal par des émissaires de sud venant proposer la paix. Une course contre la montre se met alors en place.

Et si on connait la fin de l’histoire (le 13ème amendement est adopté en avril 1864), le film n’en retrace pas moins de manière formidable ce grand combat à la Chambre. Ce sont peut-être les meilleurs scènes du film, celles qui voient les grands discours et les idées des uns et des autres s’affronter. Le président doit gérer ces deux guerre de front, l’une entre deux parties du pays, l’autre entre deux partis à la Chambre. L’expérience démocratique américaine, filmée d’ailleurs presque comme un documentaire. Sans angélisme non plus, Lincoln n’hésitant pas à acheter les voix des démocrates les plus indécis. Lincoln est le premier président républicain, et nous voilà plongés en plein milieu d’une époque où ce sont les Républicains les plus progressistes. Remise en perspective intéressante.

Si le film est réussi et parvient à nous accrocher, il n’est pas sûr qu’il ne nous perde pas en cours de route, à certains moments. Il souffre en effet d’un problème de rythme. Trop lent et bien trop bavard.

Daniel Day Lewis nous offre un Lincoln plus vrai que nature. Et toujours en toile de fond, la fascination de Spielberg pour l’homme. En haut-de-forme et boitant, le voila devant nous, non seulement homme de conviction et de militantisme mais aussi père et mari. Avec ses forces mais aussi ses faiblesses.

On sait toute l’attraction qu’exercent les présidents de États-Unis sur le cinéma américain, de JFK à W., mais le combat de Lincoln résonne formidablement dans notre époque, à l’heure du racisme institutionnel post-11 septembre. Remarquons également que le nouveau Tarantino, sorti ce mercredi, se déroule deux ans avant la guerre de sécession et met en scène esclaves et oppresseurs. Caisse de résonance de nos propres préjugés et de nos propres peurs face à l’autre et au combat pour le droit des minorités. Mais pas toutes les minorités : toute l’assemblée de s’insurger lorsqu’un démocrate s’écrie : « la fin de l’esclavage, et après quoi, le droit de votes des nègres ? Et après… celui des femmes ? » Ceci est en effet une autre histoire.

Sortie en Belgique le 23 février.

Site officiel du film.

 

Camille Wernaers

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>