L’ULB et les sociétés privées

En cette fin d’année 2012, La Pige s’est entretenue avec le vice-président de l’ULB, Martin Casier (jeune doctorant en physique de 25 ans), pour faire le point sur les sociétés privées qui interviennent sur les différents campus de l’Université. L’occasion de mieux déchiffrer la gestion financière réalisée par les autorités et de comprendre les problèmes rencontrés pour la construction ou la rénovation de nouveaux kots dont le nombre est insuffisant.

 

Martin Casier

 

Pourquoi l’ULB fait-elle appel à des prestataires de services (la restauration, le ménage et bientôt les Kots) plutôt que de réaliser ces tâches ?

« Il y a des raisons historiques très différentes. Par exemple, le nettoyage, pourquoi l’ULB est passée par la sous-traitance ? Parce que ce n’est pas notre métier ! Les problèmes de nettoyage, il y en a eu sur la qualité, sur le suivi. Faire le nettoyage, ce n’est pas l’organiser et le faire, c’est de mettre en place tout son suivi, et puis c’est aussi toutes les économies d’échelle. C’est vrai que nous, on a de l’espace ! Une société de ménage qui fait 15.000 sociétés fait encore plus d’économies d’échelle. Ça revient à moins cher au mètre carré de sous-traiter et ça nous évite tout un suivi qui ne doit pas être fait en interne, ça permet de nous décharger de cette gestion du ménage. Mais on fixe un cahier des charges avec tout ce qui doit être fait et il y a un contrôle qui est effectué.

Pour les restaurants, il y a eu une raison historique aussi, c’est qu’effectivement, à l’époque on avait un pâtissier… un vrai restaurant sur place mais là aussi ce sont des problèmes de gestion. Sur la Plaine et le Solbosch, nous travaillons uniquement avec Sodexo. A Gosselies, c’est différent, c’est un petit exploitant privé et à Érasme, c’est aussi Sodexo.

Je ne sais pas si ce sont de bonnes raisons ou pas. Je ne sais pas si j’aurais fait le même choix, par contre aujourd’hui ce serait très difficile de revenir en arrière.

Sur la restauration, on ne sera jamais compétitif par rapport à Sodexo, c’est dur à dire mais c’est vrai, parce qu’ils font des économies d’échelle de la fabrication des repas sur les milliers d’entreprises qu’ils ont en Belgique. Ils ont une variété, ils ont aussi des prix par rapport à leurs fournisseurs qui sont des choses qu’on n’aura jamais. »

C’est-à-dire qu’ils sont moins chers et plus compétitifs que si l’ULB produisait ses repas ?

« Oui, tout a fait. La preuve en est. La VUB a gardé sa gestion interne, eux, n’ont pas la même histoire que nous, ils pratiquent les mêmes prix au niveau des repas mais c’est déficitaire de manière incroyable !

Pour le ménage, avec Alain Delchambre l’année passée, on s’est dit : Est-ce que on ne pourrait pas réintégrer le ménage car le montant est assez élevé et donc on a rapidement réétudié en détails si on réengageait des gens, si on faisait des investissements. En fait, on y gagnerait un tout petit peu en terme d’argent mais on aurait à nouveau tous les problèmes de gestion qui seront liés à ça et donc l’un dans l’autre, ça aurait été très compliqué de revenir à une gestion intégrée. »

Est-ce également Sodexo qui gère le marchand de cafés sur le Solbosch, le petit Yoyo ou encore le Campouce ?

« Alors, non, ce que l’on a en bas du F1, ce sont de petites entreprises, ou même des particuliers qui ont établi leur entreprise sur place. C’est loué et il y a un bail. Les baux du bâtiments F1 au rez de chaussée : Le petit Yoyo, l’Unishop, la librairie etc. Tout l’argent des loyers est directement reversé au budget social de l’Université.

Dans les baux commerciaux, que l’on a signés avec eux, ils reçoivent une exclusivité pour certains produits et en échange, on a un contrôle sur ce qu’ils y font. Sur les prix, le contrôle est moins grand contrairement à un restaurant universitaire où on a vraiment un cahier des charges qui est très précis où les prix et le nombre de membres du personnel sont fixés. Un restaurant universitaire ne paie pas de loyer car c’est une offre de services et l’Université paie pour un restaurant universitaire, ce qui n’est pas le cas pour les petits commerces au rez de chaussée  du F1. »

Alors justement, combien coûte à l’ULB le financement des restaurants universitaires sur ses campus ?

« Les derniers chiffres que nous avons sont de 2010 pour un coût de 775.000 euros. Il faut savoir que quand vous achetez un plat à Sodexo, vous ne payez pas le prix réel du plat, on vous subsidie, l’université paie une partie de votre plat et certaines boissons. Ces éléments sont rediscutés à chaque renouvellement de bail avec notre restaurateur au GT restaurants qui dépend de la CASE (NDLR: commission des affaires sociales étudiantes) où l’on fixe ce que l’on va vouloir investir et quels sont les critères que l’on veut mettre en place. »

Pour le ménage, qui s’en charge et quel est le budget annuel de l’ULB ?

« Quand on parle du ménage, on parle d’énormément de choses : le nettoyage de toutes les surfaces, des toilettes, le vidage des poubelles, les petits entretiens et le nettoyage des carreaux. Pour 5 895 600 d’euros annuels. Je rappelle qu’on à 405 000 mètres carrés pour nos campus. C’est une grosse somme mais çà fait énormément de mètres carrés.

Il n’y a qu’une seule société mais c’est une offre de marchés publics de service au même titre que les restaurants universitaires. Tous les X, l’Université fait la publicité d’une offre de services sur le marché européen. Les entreprises y répondent, on donne leur cahier des charges, demande aux entreprises de faire une offre de services, une offre de prix et puis après l’Université classe les différentes sociétés qui ont répondu à l’offre et on prend la meilleure. L’offre la meilleure, ça ne veut pas toujours dire l’offre la moins chère. En fait, dans un marché publique, l’université définit des critères à l’avance dans son cahier des charges et on fixe des points par critère que la personne qui répond à l’offre ne connaît pas. Après pour tel ou tel élément, le prestataire qui postule à tant de points et puis à la fin, on regarde sur 100, combien chaque prestataire a obtenu de points. Il y a des critères de prix mais il y a aussi des critères sur la qualité. Tout ceci pour les entreprises de ménage au même titre que pour les restaurants. L’entreprise qui a le plus de points obtient le marché. »

On parle de la privatisation des kots sur l’Université, les étudiants sont très inquiets, pourquoi envisager cette solution ?

« On ne parle pas de privatisation aujourd’hui, on parle simplement d’une manière de construire les kots, et donc c’est très différent. Il faut bien entrevoir que dans un logement, il y a deux éléments, il y a la construction ou la rénovation et puis il y a la gestion. On fait également toujours la distinction entre la construction et la rénovation. Il faut débourser quinze millions pour construire ou il faut débourser dix millions pour rénover. Et aujourd’hui, l’Université n’a pas les capacités financières pour sauter la haie. On doit donc trouver des solutions alternatives. Ces solutions, c’est soit l’emprunt, soit les financements propres. L’Université libre de Bruxelles, contrairement à d’autres universités n’a pas de fonds propres. L’Université catholique de Louvain dispose d’un fond propre en immobilier qui est beaucoup plus concurrentiel que le notre. Ils peuvent, moyennant des montages financiers, libérer du cash. Ce que l’ULB n’a pas ! Alors, il reste l’emprunt, c’est toute la discussion que nous avons eue en CASE il y a deux semaines. Les banques ne prêtent plus à cause de la crise financière et en raison des nouvelles réglementations que l’Europe à mise en place, les banques ne peuvent plus prêter à long terme aux entreprises si elles ne proposent pas elles-mêmes de crédits à longs termes. Or, elles ne proposent plus de crédits à longs termes. Quand il faut dix millions d’euros puis quinze millions d’euros mais que la banque demande à être remboursée en dix ans, ce n’est pas possible !

Aujourd’hui, la seule solution pour nous permettre de construire ou de rénover des logements à des montants élevés, c’est l’emphytéose (NDLR: voir notre article précédent). L’emphytéose, ce n’est rien d’autre qu’une forme de prêt hypothécaire pour une entreprise. Au lieu de faire appel à une banque, on fait appel à un consortium privé. Des entreprises se mettent ensemble ou une seule entreprise si elle a les reins solides répond à notre appel. Elle met quinze millions d’euros sur la table pour rénover un bâtiment ou pour construire un bâtiment et puis l’ULB paie chaque année un remboursement. C’est la même chose qu’un emprunt, c’est la même chose qu’un prêt hypothécaire, c’est juste une manière de financer.

Et sur la gestion des logements, aucune généralité ne doit être tirée. L’Université n’a pas la volonté d’aller mettre en gestion privée l’ensemble de la gestion de ses logements ! Tous les logements qui sont aujourd’hui en gestion propre resteront en gestion propre. Ce sera à chaque fois un choix politique de savoir si on peut privatiser ou pas la gestion des logements. Et là, on parle de privatisation des logements mais aujourd’hui ce n’est pas le cas et nous n’avons pas cette volonté.

Ce qui est peut-être probable, c’est qu’effectivement, si un fournisseur de kots nous propose 500 kots très éloignés de nos campus, ça deviendrait très difficile pour nous d’en faire la gestion et donc peut-être qu’on la privatiserait. Mais une fois encore, ce serait un choix politique porté par la CASE et voté par la CASE où je rappelle qu’il y a 50% d’étudiants. Nous avons cette précaution là. »

Cela ne risque-t-il pas de faire augmenter les loyers  des kots?

« Venons-en aux loyers. C’est une réalité aujourd’hui, les loyers que l’Université pratique dans ses résidences ne tiennent pas compte du coup réel d’un logement. On subsidie les kots, c’est notre mission, mais ces loyers ne tiennent même pas compte du coup de construction ou du coup de rénovation d’un logement. En fait, il faut savoir que la majorité de nos kots sont amortis. Aujourd’hui dans les loyers qu’on pratique, on ne doit plus tenir compte du moindre amortissement de construction. Mais pour les nouveaux kots que l’on construit, on ne peut pas faire comme s’il n’y avait pas d’amortissement puisque l’on va devoir le payer. Et là, on est obligé d’en tenir compte. Les loyers que l’on pratique sont en réalité trop bas. Pour chacune des constructions ou des rénovations qui vont arriver dans les prochaines années, la CASE va voir s’il y a la possibilité ou non de dire oui à l’offre que l’on aura reçue. C’est pour cela qu’il faut bien se rendre compte que l’augmentation du loyer n’est pas inéluctable. La solution que l’on préconise, c’est un loyer un petit peu plus élevé sans qu’il devienne un frein pour les étudiants les moins aisés. Il faudra donc mettre en place d’autres solutions afin de permettre à ces étudiants de payer moins voire beaucoup moins, voire zéro. Ce sont des choses qui existent déjà aujourd’hui. 220 euros, c’est beaucoup d’argent pour certains étudiants et l’Université rembourse déjà sur les loyers avenue Héger qui sont les moins chers. Il y a des étudiants qui paient 110 euros ou 100 euros par mois, voire moins. Cette solution sera toujours vraie après. Ce que nous devons vérifier chaque fois, c’est que l’on ait les moyens financiers d’assurer ces aides, c’est notre responsabilité. »

On voit apparaître sur l’ULB des sociétés commerciales comme le marché avenue Paul Héger le mardi. Ces sociétés sont-elles venues trouver l’ULB ou est-ce une initiative des autorités ?

« Pour le marché « bon, local et de saison », c’est l’association étudiante Campus en transition qui en a pris l’initiative. Ce sont des agriculteurs belges auxquels les autorités de l’ULB ont donné l’accès au campus. »

Prenons un autre exemple avec Djengo, une société fondée par d’anciens étudiants qui proposent une plateforme de covoiturage. Qu’en est-il?

« L’Université désire, dans les années qui viennent, se positionner en tant qu’université durable. On a un ensemble de plan d’actions assez large et dans ce plan d’action, il y a un volet sur la mobilité, la mobilité inter-campus mais aussi la mobilité domicile-lieu de travail ou lieu d’études. Nous avons donc cherché à développer le covoiturage, entre autre.

En Belgique, il n’y a que deux partenaires privés qui peuvent aider au covoiturage ou on le faisait tout seul. Mais si on le faisait nous-même, on développait une plateforme qui ne servirait qu’à notre communauté universitaire. Or, à côté de la Plaine, on a des entreprises comme Renault, Levis, etc. Si on fait une plateforme uniquement pour l’ULB, les autres personnes potentiellement intéressées ne pourraient pas en profiter. Donc, on ne serait pas efficace. C’est pour cela qui faut des plateformes comme Carpoolplaza ou Djengo. Nous sommes partenaires des deux. Avec Carpoolplaza, nous travaillons ensemble depuis un certain nombre d’années mais le problème est qu’ils ne sont pas très dynamiques. En cinq ans de partenariat, ils ont compté 17 membres de l’ULB. La coordination environnementale et le groupe de travail de mobilité ont donc décidé de faire appel à une nouvelle petite plateforme web qui vient de se lancer et qui s’appelle Djengo. Elle nous a proposé d’organiser notre covoiturage, ça a un coup pour l’Université mais qui n’est pas très élevé, c’est un coup d’abonnement. L’Université, en fait, paie pour que tous les membres de l’Université aient accès gratuitement à Djengo. »

Pierre-Guillaume Calvet

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