L’Edito du lundi : Pompompompom

Chaque lundi, les deux co-rédacteurs en chef analysent et décryptent un fait marquant de la semaine écoulée par un édito et une caricature acerbes. Ne ratez pas cette nouvelle occasion de vous informer. A bientôt ! 

Camille Wernaers et Cédric Dautinger

Grande nouvelle pour tous les fans de sport à l’ULB (et non, la zumba n’est pas un sport) : une équipe de pompom girls a été créée. Et là, on se dit chic. Enfin. Voilà que ce qui manquait à l’université.

Give me a U, give me a L, give me a B !

Si on veut appeler ça un sport, OK.  Je n’ai alors rien contre le sport en lui-même. C’est toujours mieux que de regarder la télé ou de glander devant l’ordi, un paquet de chips à la main, un redbull dans l’autre (je vous ai vu, vous là-bas !). Mais, de la même manière que je trouve le beach volley critiquable, je trouve que les pompoms girls trainent derrière elles un lourd passif. Sexiste, le passif.

On parle bien de pompom girls, non ? Et si cette activité est ouverte aux garçons (il paraît), l’équipe de l’ULB n’en compte pas. Aucun ne s’est présenté. Peut-être parce que la qualité première de la pompom girl, c’est d’être jolie. Et d’agiter ses pompons joliment. De supporter des garçons qui, eux, se permettent du « vrai » sport. Celui où on se rentre dedans. Les girls sont là pour le spectacle de la mi-temps. Pour pas qu’on s’embête. Mais pas trop longtemps hein.

Les pompom girls ne sont pas stupides ou sans cerveau. Sartre ou les équations différentielles ne sont simplement pas des arguments. Qu’est-ce qui est un argument alors? Il est remarquable que pour communiquer sur cette initiative, seule une photo a suffi. Pas un communiqué de presse, pas un seul mot. Les pompom girls de l’ULB en tenues. Mini-jupes, poses entendues et sourires maquillés au menu donc. De là d’où je viens, ça s’appelle une erreur de communication, surtout si le but est de ne pas insister sur le côté « physique » de l’activité . J’aurai aimé voir quelques figures. Histoire de savoir ce qu’elles ont dans le ventre. Et pas de se contenter de le mater.

Bon avec tout ça, j’espère que les « sportifs » de l’ULB (imaginons un monde où boire de la bière et danser toute la nuit à la Jefke pourrait devenir un sport olympique) seront plus concentrés et gagneront plus de trophées inutiles. Mais ce n’est même pas sûr.

C’est que l’ULB, sous ses airs et ses discours « évolués » et égalitaires, reste un bastion du sexisme. Les filles y étudient de plus en plus. Mais c’est bien la seule chose qui a changé. Affiches et comportements sexistes y sont encore légion. Je me souviens d’un ami qui m’a expliqué que lors d’un baptême, il s’était retrouvé face à une estrade avec des filles en sous-vêtements qui y défilaient sous le regard des garçons qui devaient estimer leur « prix ». Sympa.

Sinon, les affiches pour les TD et autres bals sont pas mal aussi.

 

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Si on regarde dans les hautes sphères, c’est encore plus déprimants. Des profs femmes, oui il y en a. Mais une rectrice, il y en a eu ? Recteur, comme pour les sportifs ou les papes, c’est pour les mecs, les vrais ! 

 

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Camille Wernaers pour l’édito et Cédric Dautinger pour la caricature

10 Comments

  1. Renaud Maes

    17 décembre 2012 at 5:22

    Outre la question du sexisme qui s’impose évidemment face à cette annonce – et merci à vous de le souligner, ce n’est pas si anodin que la pom-pom girl devienne à la mode ulbiste, après que les toges aient été instaurées pour les proclamations et que l’université se soit mise à vendre des t-shirts et autres produits dérivés au logo de l’institution.

    Cela dénote d’une forme « d’américanisation » (et les guillemets sont de rigueur) de l’institution – qui a un lourd passif en matière de fascination béate pour les USA – et son système universitaire. Ce qui est particulier, c’est qu’il s’agit de l’alignement sur un rêve américain (un fantasme qui ne répond pas à une réalité concrète), une sorte de mythe bourgeois (au sens de Barthes) de « l’université d’Amérique » fantasmée.

    Les motivations de ces nouvelles modes ulbistes sont généralement de répondre aux « envies » et « attentes » des étudiant-e-s. En fait, l’université se transforme par là parfaitement en supermarché du rêve, s’alignant sur les attentes peu objectivées (souvent caricaturées) et sans aucune critique des étudiant-e-s ainsi relégué-e-s au rang de consommatrices/consommateurs.

    La production d’une capsule vidéo « C’est un peu court » qui emprunte à tous les codes dominants pour présenter la version tarte à la crème du libre examen (TM), participe également d’un même mouvement de lent alignement sur un modèle résolument marchandisé : il s’agit de « faire jeune » pour mieux « montrer les atouts de l’ULB » dans le grand marché de l’enseignement supérieur.

    Cela prouve à l’envi que le modèle d’université marchande dans lequel l’ULB s’engouffre avec entrain, est incompatible avec une université où la pensée critique se veut fondement de la recherche et de l’enseignement bien sûr, mais aussi – et c’est sans doute, comme le soulignait Perelman, en cela que l’ULB était unique – de l’action politique et institutionnelle.

    Pour conclure, laissez-moi pour l’anecdote vous rapporter que l’ULB n’a jamais eu de rectrice, le Prof. Thys-Clément étant à l’époque très tatillonne sur le fait d’être qualifiée de « Recteur » et non de « rectrice » (une préoccupation liée au postérieur des volatiles). Par ailleurs, à la suite de Butler, je vous invite à vous méfier des figures de « parvenuEs » qui sont parfois violemment plus antiféministes que les responsables de genre masculin.

  2. Lionel

    17 décembre 2012 at 7:12

    Dis-donc Valérie Solanas, tu ne voudrais pas ranger ton discours de scandalisée et péter un bon coup?
    Il y a quand même aucun mal à voir des jeunes filles en mères Noël pour vanter un TD, surtout que l’affiche avec les garçons existe également.

  3. LaPige.be

    17 décembre 2012 at 9:30

    Moi, c’est Camille Wernaers, vous avez dû mal lire.

    Voyez-vous, elles sont à moitié nues. Et jeunes oui justement. Et photoshopées. Un beau manque d’imagination, une occasion ratée de faire une affiche réellement intéressante et réfléchie.

    Je critique de la même manière l’utilisation du corps masculin par la publicité. Sinon, cela n’a aucun sens. L’objectivation du corps humain me dérange. C’est simplement que l’article (un édito, genre journalistique où l’on donne son avis, donc) n’évoquait absolument pas cette question. Mais ne vous inquiétez pas surtout, j’en écrirai d’autres.

    Bien à vous.

  4. Lionel

    18 décembre 2012 at 7:49

    Puis cette confusion de débat.

    Je me souviens d’un ami qui m’a expliqué que lors d’un baptême, il s’était retrouvé face à une estrade avec des filles en sous-vêtements qui y défilaient sous le regard des garçons qui devaient estimer leur “prix”. Sympa.

    L’inverse existe, Camille. Des mecs défilent nus et des filles estiment un prix.

    Ton combat n’est pas d’interdire le baptême, voyons!
    Je peux comprendre certaines positions dans la lignée Clémentine Autain, mais il ne faut pas exagérer.
    Les publicités sur la lingerie devront toujours évoquer les formes féminines ou masculines.
    A croire que cela pousse les hommes au viol. Avec une bonne éducation, ce genre de déviance serait proscrite.

    Sinon, des idées pour vendre de la lingerie/parfum?

  5. LaPige.be

    19 décembre 2012 at 12:28

    Non, mon problème n’est pas le baptême en lui-même, mon problème sont les comportements sexistes qui ont lieu lors de certains baptêmes. S’il est vrai qu’il existe l’inverse pour les garçons, cela me dérange pareil car il s’agit de donner un prix à quelqu’un, quel que soit son sexe.

    Je ne sais pas, parlons des qualités du parfum, de quelles senteurs il est composé. Parce que moi, j’ai beau voir une femme (ou un homme) simuler un orgasme à côté d’une bouteille stylisée, je ne sais toujours pas s’il pue ou si c’est un bon parfum. Pareil pour la lingerie. Une femme anorexique, bouche ouverte et regard absent, ça ne me parle pas du soutien-gorge vendu.

  6. Lionel

    19 décembre 2012 at 3:26

    Bref, la publicité de demain

    « la pub Cacharel ce sera un laborantin qui présente un flacon.
    Slogan : Cacharel parfum au Buto-xyanalitix, Extrait B 445, Extrait B 66, extrait de lavande et de citronelle.
    Attention possibilité de présence d’arachides. »

    Marketing, you’re doin’ it wrong!

  7. Lionel

    19 décembre 2012 at 3:31

    Plus sérieusement, je pense que le progrès serait dans l’attitude des modèles. Bannir certaines poses complètement suggestives, superflues.

    Je pense que l’on peut présenter le corps d’une femme sans la présenter tel un objet, tout comme le corps d’un homme. C’est un travail photographique.

    Par exemple, dans le genre inutile : Le clip de Lorie qui reprend les divas du dancing.
    Voilà un clip inutile. Maintenant, c’est la liberté de chacun mais je trouve ça « bête ».
    Je te laisse visionner :D

  8. LaPige.be

    23 décembre 2012 at 4:04

    Oh, mais quel total manque d’imagination. C’est bien dommage.

    Ne me lance même pas sur les clips, tu le regretterais ^^

  9. Gilles

    13 janvier 2013 at 4:40

    Si ce n’est que dans ton article, tu effaces complètement le second degré présent dans le folklore ulbiste et que tu n’as pas semblé prendre en compte lors de la rédaction de ton billet.

    Si ton ami, qui t’as fait part de la scène décrite, ne t’en à pas fait part, c’est un manque de distinction important.

  10. LaPige.be

    13 janvier 2013 at 11:27

    C’est bizarre comme quelques petites phrases sur le baptême et le folklore peuvent provoquer tant de remous :’)

    Je trouve, par exemple, que le second degré n’est pas bien perceptible sur l’affiche du bal de droit montré dans l’article. Tout est affaire de subjectivité bien entendu (et c’est là, peut-être, ce qui est dommage), mais j’utilise moi-même souvent le second degré (ne fût-ce que dans cet article…) sans pour autant user de sexisme facile. C’est donc possible ! Il y a de l’espoir.

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