Le dessinateur, le photographe et la chorégraphe

La Faculté des sciences sociales et politiques de l’ULB, avec l’aide d’autres organismes, accueillait ce jeudi 22 et vendredi 23 novembre un colloque international sur le thème de « la représentation de la guerre dans les conflits récents: enjeux politiques, éthiques, esthétiques« . Des ateliers et différentes petites conférences ont ouvert le débat et les esprits face à cette problématique. Avec un trio de choc pour conclure en beauté: le dessinateur Enki Bilal, le reporter Reza et la chorégraphe Laurence Levasseur.

Présentations passionnées et débats passionnants pour cet événement, malheureusement passé presque inaperçu au sein de notre université. D’autant plus que la guerre reste malheureusement d’actualité dans le monde entier…

 

 

La guerre, on a beau ne pas l’aimer, elle est et sera toujours là. Comme en Syrie depuis plus d’un an alors que nos médias commencent à s’en lasser. Ou comme à Gaza, où elle ne s’est jamais vraiment arrêtée. Ou comme en République Démocratique du Congo où les rebelles du M23 affrontent les forces gouvernementales… La guerre s’exporte même sur les réseaux sociaux comme lorsque Tsahal se félicite d’avoir éliminé le chef de la branche armée du Hamas en montrant la vidéo de sa mort sur Twitter. Et c’est justement par l’image que la guerre révèle le plus son horreur. Par les photos ou les vidéos des reporters (qui payent un lourd tribut cette année avec 119 journalistes tués lors de l’exercice de leur fonction) ou des témoins utilisant les nouvelles technologies.

Enki Bilal est réputé dans le monde de la bande-dessinée. Sa dernière œuvre: Les fantômes du Louvre sort d’ailleurs cette semaine. Mais il est également né à Belgrade sous le régime de Tito et a énormément voyagé dans des pays en guerre. La projection de son court-métrage revient sur sa Tétralogie du monstre et sur son travail sur le conflit yougoslave. Le questionnement se pose. Comment utiliser l’art pour parler de la guerre et des émotions terribles qu’elle crée? Est-ce utile ou est-ce une nécessité pour l’artiste d’exprimer son ressenti par son talent? Un peu des deux sans doute. On retiendra une anecdote de la Seconde Guerre Mondiale lorsque des officiers allemands visitèrent l’atelier de Picasso. « C’est vous qui avez fait ça? » demandèrent-ils en pointant le tableau Guernica. « Non, c’est vous » leur répondit le peintre.

 

 

Bilal n’est cependant pas le plus baroudeur des conférenciers puisque le photographe Reza était également présent afin de parler de son approche de la guerre par la photo. Ses clichés ont fait le tour du globe, comme lui, dans des revues telles que le Time, Geo ou le National Geographic. Il a été arrêté, torturé, a pris plusieurs balles dans le corps et pourtant Reza reste souriant et optimiste sur l’humanité. Il ironise d’ailleurs face aux problèmes techniques au début de la conférence (typique_ULB dirons-nous): « c’est dingue quand même, à Kaboul ça marche plus facilement« . Son engagement pour la tolérance et la paix remonte à son enfance. « J’étais à l’école et tout un groupe d’enfants repoussait avec l’aide des plus grands un enfant-mendiant qui voulait entrer dans l’enceinte juste pour voir à quoi ça ressemblait. Je me suis opposé à cette effet de foule, à ce rejet et j’ai été tabassé. » Mais c’est une lecture qui déclencha le déclic chez lui: « un enfant vole du pain et court dans la rue, tout le monde crie après lui « au voleur au voleur » mais personne ne crie « pourquoi cet enfant doit voler du pain?« . »

 

 

Pour compléter le trio, il fallait au moins une femme. Et pas n’importe laquelle puisque Laurence Levasseur travaille en Afghanistan. Elle a également été la témoin d’événements difficiles et sait choisir ses mots, durs mais justes, pour parler de la guerre et de l’humanité qui la provoque. L’art est, selon elle, un excellent médium pour la paix et la tolérance mais surtout pour « le peu d’humanité qui nous reste« . Elle espère d’ailleurs que l’art pourra reconstruire cette humanité que nous perdons face aux « machines » décrites par Bilal que sont les systèmes politiques et économiques modernes.

 

 

Quel dommage que le département d’information et communication ait été aussi absent de l’organisation de l’événement ou dans les rangs des spectateurs.Un avis partagé par Mohsen Salehi, étudiant en MA2 – communication politique, qui regrette le manque de participation des chercheurs et professeurs de l’ULB (énormément de français avaient fait le déplacement) et la mauvaise communication de l’université pour annoncer l’événement (il en a entendu parler via notre groupe Facebook). Il a par contre vraiment apprécié le contenu très riche et les regards croisés des différents invités aux ateliers.

Peu de monde donc mais beaucoup d’idées. Surtout que le débat s’est vite élargit vers une critique de la politique, du capitalisme, de l’Union Européenne ou des replis identitaires, de la mondialisation et du manque de formation aux médias face à un journalisme en crise. La conclusion de la conférence fut cependant unanime. Si seulement il pouvait y avoir plus de cours d’art et moins de cours d’économie dans les écoles. Un véritable pied de nez dans le bâtiment R42 flambant neuf.

 

Cédric Dautinger

1 Comment

  1. liliane Mathys

    27 novembre 2012 at 5:56

    Je suis triste pour vous et pour mon ancienne université . Je n’en ai rien su …Cela aurait sans doute aussi intéressé des étudiants ,des profs d’autres universités…Quant aux problèmes de micros ,c’est bien connu …Les derniers étudiants de ma famille ont quitté l’ULB pour Louvain -la-Neuve .Je suis certaine qu’une personne comme Gabriel Ringlet aurait aussi été intéressée .Tenez bon ,l’ULB fait un peu hameau d’Ixelles mais c’est possible de changer cela .L’ouverture sur autrui,la rencontre avec des journalistes ne peut que vous aider à renforcer votre méthodologie professionnelle.Bien à vous et courage pour les études .Liliane Mathys .

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