Festival du Film Méditerranéen : entre histoires fortes et histoires drôles

Sold-out pour la soirée d’ouverture de ce samedi 9 novembre au Bozar. Mais le début de semaine n’a pas été en reste. Beaucoup d’affluence pour le Med, le Festival du Film Méditerranéen. Voilà qui fait plaisir tant une telle initiative est la bienvenue. Ce dimanche 10, nous avons été voir un documentaire: Ali AArras pour l’exemple, avant de nous diriger vers la compétition des courts-métrages. Que du bon !

 

Ali Aarrass, c’est ce Belgo-marocain arrêté pour terrorisme à Mellila, enclave espagnole sur le territoire marocain. Il est accusé de trafic d’armes dans l’affaire Belliraj. Alors qu’il crie son innocence, qu’il a été jugé et déclaré innocent par un tribunal espagnol, l’Espagne décide de l’extrader en 2010 vers le Maroc, qui le réclame (le pays l’avait déjà arrêté six mois auparavant avant de le relâcher). Au Maroc, il sera torturé durant 12 jours, notamment par le procédé de privation sensorielle. Il doit se parler à lui-même et se toucher pour se rendre compte qu’il est encore vivant. Il finit par avouer. Ses aveux, obtenus sous la torture, servent de base au procès, « inique » dira-t-il, qui lui est intenté. Après plusieurs jours de procès sous haute surveillance, le couperet tombe : Ali Aarrass est condamné à 15 ans de prison. Sans aucune autre forme de preuve.

Si aujourd’hui la peine a été ramené à 12 ans, une question demeure :  que pouvait faire la Belgique pour aider Ali Aarrass, citoyen belge depuis longtemps (il a même fait son service militaire en Belgique et tenait une librairie)? La position officielle est claire : « comme dans tous les cas de double nationalité, puisqu’il est considéré comme marocain par le gouvernement belge, la Belgique ne fera rien« . Oui, mais. La Belgique a bougé dans d’autres cas de double nationalité, comme le rappelle Zoé Genot, député fédérale écolo qui s’est intéressée à l’affaire. Mais pas pour le Belgo-marocain. De même, il ne s’agit pas ici de problème de nationalité ou de détention. Il s’agit d’un problème de torture.

Racisme d’État ? Poser la question, c’est peut-être déjà y répondre. « Dans le contexte actuel, Islam signifie terrorisme, il est très difficile de se faire entendre« . L’affaire Ali Aarrass pose une autre question : pourquoi, alors que l’Espagne a signé des conventions pour ne pas extrader vers des pays pratiquant la torture, ce pays l’a-t-il extradé vers le Maroc, alors que deux rapports prouvent qu’on torture bien là-bien (dont un commandé par Mohammed VI en personne) ? Le Comité des Droits de l’Homme de l’Union Européenne avait d’ailleurs demandé de ne pas l’extrader. L’Espagne est donc en infraction.

On sait déjà les problèmes que posent les lois anti-terrorisme aux États-Unis, où elles semblent surtout être un bon prétexte pour renforcer le contrôle sur le citoyen lamba. L’histoire d’Ali Arrass amène au même constat : dès qu’on en vient à utiliser le prétexte de la lutte contre le terrorisme, le droit s’efface. « Et tout se passe comme si la Belgique se cachait derrière le concept de double nationalité pour ne rien faire« .

Ali Aarrass a porté plainte pour torture, malgré les dangers que cela lui fait courir. Une plainte contre l’Espagne concernant l’extradition est également en cours. Une plainte contre la Belgique est à l’étude.

Ce documentaire fort de Mohammed Ouachen part à la rencontre des principaux intervenants du dossier. Un voyage entre la Belgique et le Maroc.

 

 

La diffusion du documentaire a été suivie par un débat entre la salle et Farida Aarrass, soeur d’Ali, Zoé Genot, députée fédérale, Luk Vervaet, du comité de soutien Ali Aarrass et Mohammed Ouachen, réalisateur du documentaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une demande de la famille : « puisqu’Ali peut enfin recevoir son courrier, écrivez-lui. C’est important pour le moral »

ALI AARRASS – PRISON DE SALE II – VILLE DE SALLE – MAROC

 

L’après-midi a continué avec la compétition des courts-métrages. Sept petits films étaient ainsi diffusés. La Pige a particulièrement adoré quatre d’entre eux.

 

Apparicion de Méryl-Fortunat Rossi

15 mois après avoir reçu un terrible coup de corne, José Tomas, le torero de légende, fait son grand retour dans les arènes de Valencia. En ce jour de « Reaparición », des milliers d’aficionados sont venus des quatre coins du monde pour l’acclamer.

Le réalisateur parvient le coup de maître d’évoquer la corrida durant 12 minutes en ne montrant que deux fois un taureau immobile, au début et à la fin, juste avant sa mise à mort. En effet, c’est en filmant uniquement les réactions du public qu’il a décidé de parler de la corrida. Tradition à respecter contre respect de la vie,  aucun des éléments du débat n’est évoqué dans le court-documentaire, qui choisit de montrer plutôt ces images terribles, qui nous renvoient à notre propre voyeurisme. Devant la réaction des gens, tantôt apeurés, tantôt soulagés, ou carrément heureux et applaudissant à chaudes mains, on imagine la scène qui se joue devant eux. C’est ce qu’on ne voit pas qui est le plus fort. Un combat absent mais présent tout au long du documentaire. Extrêmement fort.

 

Dad, Lenin et Freddy de Rinio Dragasaki

À Athènes, dans les années 1980, une fillette de 9 ans perd peu à peu contact avec son père, communiste et bourreau de travail. Elle s’imagine que Lénine veut lui faire du mal. Les choses empirent lorsque Freddy Krueger, le psychopathe des films américains, s’allie avec les Russes.

Que dire sur ce court-métrage à part qu’il est complètement barré. Et qu’il parle surtout de la solitude d’une petite fille délaissée par son père, sa mère et sa grande sœur qui entre à peine dans l’adolescence.

 

Demain, Alger ? d’Amin Sidi-Boumediène
Trois jeunes discutent, en bas d’un immeuble, du départ imminent de leur meilleur ami. Chez lui, Djamel fait sa valise sous le regard plein de larmes de sa mère. Il hésite à dire au revoir à ses amis. Les trois jeunes attendent…

Prendre pour prétexte le départ d’un ami et tous les bouleversement que cela engendre pour évoquer les événements du 5 octobre 1988 en Algérie. Tout à fait d’actualité.

 

La Media Pena de Sergio Barrejon

À l’aube, un cadre est sur le point de se tirer une balle dans son bureau. Au moment de presser sur la gâchette, l’arrivée inopinée de la femme de ménage l’interrompt. Le cadre parvient seulement à se cacher et à l’espionner.

Le plus drôle des courts, dans la confrontation entre un homme d’affaire désabusé et une femme de ménage sans papier qui vient de se faire virer. Tous deux sont à bout. Tous deux s’aideront.

 

Camille Wernaers

 

 

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