Festival du Film Méditerranéen : All Cops Are Bastards, terrifiant d’actualité

Au Festival du Film Méditerranéen, on tombe souvent sur des perles. A.C.A.B, pour « All Cops Are Bastards« , est de celle-là. Un film coup de poing, extrêmement violent et réaliste qui nous propose une immersion dans une brigade de CRS italien.


A.C.A.B., ou « All Cops Are Bastards », était un slogan utilisé en Angleterre dans les années 1970 par les skinheads. Rapidement il s’est propagé dans les rues et les stades, propices aux guérillas urbaines. Cobra, Nero et Mazinga sont 3 « flics bâtards » qui, à force d’affronter le mépris quotidien, ont pris l’habitude d’être les cibles de cette violence. Leur unique but est de rétablir l’ordre et de faire appliquer les lois, même s’il faut pour cela utiliser la force…

 

 

A l’heure des grandes manifestations contre l’austérité, de la colère du mouvement des indignés et de la grève européenne de ce 14 novembre qui a été violemment réprimée en Espagne et en Italie précisément, le film de Stefano Sollima trouve une forte résonance. Le film suit un brigade de flics corrompus. Prêts à tout pour se protéger les uns les autres plutôt que de protéger… les autres. Ils seront perturbés par l’arrivée d’une nouvelle recrue, qui décidera de mettre un terme à leurs agissements. Mais à quel prix?

 

 

La mise en scène est brillante, on pense notamment à cette scène où les CRS enfilent leur combinaison et leur bouclier sur fond de Seven Nation Army des White Stripes. Les scènes violentes (service d’ordre pour des expulsions, la sécurité des stades ou des manifestations) sont tournées au plus près de l’action. Il en sort une beauté qui est aussi terrifiante. Le tour de force du réalisateur est de nous montrer des personnages détestables, mais attachants. Détestables parce qu’éloignés au possible de ce que la police devrait être (mais être CRS, est-ce être policier ?). Ils sont corrompus, drogués à la violence et au pouvoir. Attachants, parce qu’on les dépeint tous comme extrêmement faibles et… humains. L’un est en instance de divorce et ne peut plus voir sa fille. Il crie ainsi devant le parlement : « pour vous protéger des gens dont vous volez l’argent vous avez besoin de moi, mais là vous me laissez tomber« . Un autre perd petit à petit contact avec sa femme et son fils. Des CRS amoraux et presque comme nous donc, mais jamais glorifiés. Parfois même tournés en ridicule, quand on les voit en extase devant une peinture représentant des CRS en Empereur Romain.

 

 

Intéressant aussi et sans tabou : leur lien avec les milieux d’extrême-droite n’est pas nié. Ils n’aiment pas les « étrangers » pourtant ce ne sont pas d’eux qu’ils doivent se défendre. Le danger vient plutôt des supporters italiens qui se battent à coup de pierre chaque dimanche lors de matchs de foot pour lesquels les CRS assurent la sécurité. Comme une ultime ironie. Ironie aussi que la manifestation d’ouvriers réprimée par la brigade au début du film fasse écho à la manifestation des CRS quand un des leurs est tué par un supporter de foot.

C’est que le film de Sollima fait plutôt dans le pessimisme. Et pas dans le jugement. Immigrés roumains ou turcs, fascistes et CRS, les situations se mélangent pour laisser aux téléspectateurs la chance de se faire son propre avis sur une société italienne comme à la dérive. Entre chaque couche de la société, la même incompréhension.

Le tout est soutenu par une bande son des plus exceptionnelles, jugez plutôt : The Clash, Joe Divison, The Whites Stripes, The Pixies et au générique de fin, le morceau des Kasabian, Club Foot. Pfiou. Ouvertement rock ‘n roll et transpirant la colère donc.

Bien et mal, flic et voyou, pas de frontière claire dans ce film. Vous avez dit réalisme ?

« -Pour ton premier jour, tu as explosé la gueule de deux ouvriers, comment tu te sens ? – A merveille. »

 

 

 

Présentation du Festival du Film Méditerranéen 

Camille Wernaers

 

 

 

 

 

 

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