A l’intérieur de la bulle…à vêtements

Durant la semaine européenne de la réduction des déchets, du 17 au 25 novembre dernier, trois bulles à vêtements relookées par les Petits Riens étaient placées Avenue Paul Héger. Que se passe-t-il après que ces vêtements aient été collectés? Combien de vêtements ont été récoltés? Entre initiatives publiques et privées, comment s’y retrouver? Enquête à l’intérieur de la collecte des textiles.


 

Grandes, remplies d’humour et colorées, elles ont intrigué les étudiants. Trois bulles à vêtements étaient posées sur l’Avenue Héger la semaine passée. L’occasion de réfléchir à notre consommation. Et surtout à ce que l’on jette. Des enjeux importants, souvent négligés par les étudiants.

 

 

 

 

 

 

Pourtant, chaque année, en Belgique, 10 kilos de vêtements sont éliminés par habitant. Beaucoup se retrouve à la poubelle, d’autres sont collectés au sein d’initiatives privées. 50% de ces vêtements sont récupérés par l’économie sociale. Par des entreprises labellisées Solid’R par exemple et qui se rassemblent au sein de l’ASBL Ressources (une fédération d’entreprises sociales actives à Bruxelles et en Wallonie dans la récupération et le recyclage). Avec l’aide de la Coordination Environnementale de l’ULB, c’est à cette fédération que l’on doit les trois bulles à vêtements relookées. Durant la semaine européenne de la réduction des déchets, 3500 points de collecte ont été répartis à Wallonie et à Bruxelles. L’objectif ? Récolter au moins 400 tonnes de vêtements. « Nous sommes vraiment contents parce que nous avons récoltés plus de 500 tonnes. 507,531 tonnes de vêtement pour être précis » souligne en souriant Arabelle Rasse, chargée de communication de l’ASBL Ressources. « C’est un très bon chiffre en plein mois de novembre, alors que généralement les gens font du tri pendant les vacances ou durant les saisons charnières. Nous avons une autre raison de nous réjouir : pour la première fois nous avons réussi à faire travailler ensemble toutes ces entreprises qui ont le même type d’activités et auraient pu se retrouver en position de concurrence« .

507, 531 tonnes collectées donc. Et après ? Après, ces vêtements passent par des centres de tri. Il y en a trois : un à Bruxelles, un à Liège et un à Charleroi. Le pull que vous avez porté pendant 5 ans avant d’y faire un trou ou le t-shirt taché de peinture lors de votre dernier déménagement se fait trier selon 3500 critères. Mais il y en a trois capitaux : la qualité (le vêtement est-il récupérable ou pas?), la matière et le type de vêtement. « C’est un métier très difficile que celui de trieuse. Ce n’est pas n’importe qui qui l’exerce, elles doivent être capable de savoir dans la seconde quoi faire du vêtement qu’elles ont en main » explique Arabelle Rasse.

Après ces tris, 55% de la collecte est estimé de « bonne qualité ». Dans ce pourcentage, 5%, appelé la « crème », est destiné à être vendu dans des magasins en Belgique. Ils répondent à la plupart des critères et sont encore de suffisamment bonne qualité pour être racheté par un public belge exigeant. Le reste est envoyé en Afrique. Où, de fait, le public est beaucoup moins exigeant. « Il n’y a pas de production textile en Afrique. Ils sont tributaires soit de la production textile venant d’Asie, de très mauvaise qualité, soit de la seconde main en provenance d’Europe« , continue la chargée de communication. « Nous vendons à des ONG sur place qui recréent de l’emploi. On ne donne pas à un homme un bonnet, mais on lui donner du travail qui va lui permettre d’avoir un bonnet pour toute sa famille« .

De moins bonne qualité, 25% de ces vêtements collectés sont recyclés. La matière joue beaucoup pour savoir ce qu’on va faire du vêtement. Le coton blanc ou coloré devient du chiffon d’essuyage, notamment pour les mécaniciens. La laine, elle, est effilochée. On retourne à la fibre textile pour en refaire de nouveaux vêtements. Le reste de ces 25 % sert au rembourrage, des vestes ou des matelas par exemple.

Reste donc 15 % des vêtements collectés. Les déchets ultimes, ceux dont on ne sait rien faire. On retrouve surtout de la matière synthétique mais aussi… les vêtements provenant de bulles vandalisées. « Cela arrive souvent, notamment parce que les bulles à vêtements sont placées à côté des autres poubelles. Les gens confondent et jettent n’importe quoi dedans, qui peut abîmer tout les vêtements de la bulle. C’est pourquoi on demande aux gens d’emballer les vêtements qu’ils jettent dans un sac en plastique par exemple pour les protéger« , déplore Arabelle Rasse.

 

 

 

 

 

Le secteur de la collecte, du tri et de la vente de textile permet de créer 4500 emplois, pour un grand nombre de personnes peu ou pas qualifiées. Plus de 500 tonnes de vêtements collectées, cela représente du travail pour 22 personnes ou 3150 nuitées pour des sans-abris. L’aspect social, éthique et créateur d’emplois est surveillé grâce au label Solid’R, qui a été attribué à neuf entreprises (Terre – Petits Riens- Oxfam Solidarité – Ofxam Magasin du Monde – La Poudrière- De bouche à Oreille – La Ressourcerie le Carré – Rouf – la Fol’Fouille). Voilà une des grandes différences avec le secteur privé.

 

 

 

Impossible de savoir combien de vêtements ont été collectés pour les seules bulles de l’Avenue Paul Héger. Un constat par contre : il est parfois bien difficile de sensibiliser les étudiants. « Les étudiants sont un public important mais difficile à convaincre. Ils sont très sensibles à leur apparence et à la mode mais d’un autre côté, ils ont peu de sous, donc cela devrait être plus facile de les approcher au sujet des magasins de seconde main. A côté des bulles, on a parfois eu des réactions étranges, et lors de notre collectes de matériel informatique, des étudiants nous ont dit : « bien sûr qu’on jette nos GSM à la poubelle, où est le problème? » « , soupire Aurore de Boon, adjointe à la Coordination Environnementale de l’ULB. « A l’ULB, il y a les étudiants, mais aussi le personnel académique, à hauteur de quelques 5000 personnes, on retrouve donc en plus des profils très différents vers lesquels communiquer et ce n’est pas évident« .

Sortir de la logique égoïste qui veut que ce que l’on paie nous appartient et avoir les bons réflexes, ceux qui permettent à certains de travailler et de retrouver un peu de confiance en eux, voilà tout l’enjeu de ces collectes. A savoir : on peut aussi mettre des chaussures ou des sacs à main dans les bulles à « vêtements ». Après avoir été examiné et trié, il se pourrait bien qu’ils fassent un long voyage pour faire plaisir à quelqu’un d’autre. Toujours mieux que de les jeter, non ?

Camille Wernaers

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