Argo, entre documentaire et fiction

4 novembre 1979, la révolte gronde en Iran. Les rebelles ne veulent plus du régime du Shah, soutenu par les États-Unis. La Guerre Froide bat encore son plein et avoir pour allié l’Iran leur permet de contrer la pénétration soviétique au Moyen Orient. C’était sans compter le soulèvement de toute une frange très religieuse de la population, qui fera bientôt naître une République Islamique. Au milieu de ce bordel sans nom (n’ayons pas peur des mots), l’ambassade des USA est envahie et le personnel pris en otage. Mais pas tout le personnel.

 

 

En effet, six membres de l’ambassade réussissent à s’enfuir et trouvent refuge auprès de l’ambassadeur du Canada, qui les cache. Commence alors une course contre la montre pour les sauver avant qu’ils ne soient retrouvés par les révolutionnaires. Un ex-agent de la CIA, Tony Mendes (Kevin Hawkins pour les intimes), joué par un Ben Affleck magistral, est rappelé pour jouer les troubles-fêtes: il est le meilleur exfiltrateur de l’agence. La solution qu’il imagine pour les sortir de là est des plus originales.

 

 

Mêlant vraies images et images fictionnelles ou tournées au Super 8, le film nous entraîne à l’intersection entre fiction et documentaire. Beaucoup d’images sont tournées caméra à l’épaule, suivant par exemple, la course des six rescapés dans les rues de Téhéran. Cela renforce le côté crédible des évènements et nous plonge en plein dans les eighties.

Les détails sont soignés, des coupes de cheveux aux voitures en passant par la bande-son. Le film est aussi bourré d’humour et tout le monde en prend pour son grade : les journalistes comme l’industrie d’Hollywood. Cet humour parfois très noir n’empêche pas de vrais moments dramatiques ou de suspens. Nos nerfs ne sont pas épargnés, et encore moins quand on sait que les évènements sont inspirés de faits réels.

Des faits réels qui n’ont plus rien de top secret. Ils ont en effet été déclassifiés par le président Clinton. Et on comprend bien qu’un réalisateur s’en soit emparé tant parfois la réalité peut dépasser la fiction.

De tous les acteurs au générique (citons entre autre John Goodman et Clea DuVall ), c’est Ben Affleck qui sort immanquablement du lot. Des kilos en plus, une barbe qui aurait même rendu l’ayatollah Khomeini jaloux, bref, il est métamorphosé, loin de certains de ses rôles où il jouait de son physique de jeune premier. Oublié-le donc moulé dans sa combi de cosmonaute dans Armaggedon ou celle de super(sic)-héros dans Daredevil. Il est depuis revenu sur de meilleurs chemins, même si Téhéran en pleine révolution, c’est pas non plus joyeux à tous les carrefours.

En passant de l’autre côté de la caméra et en s’attaquant à la réalisation, Ben Affleck se veut un observateur attentif d’ une Amérique désenchantée. On l’avait déjà constaté avec The Town, encore plus dans Gone Baby Gone, et on le retrouve dans Argo, avec la description d’une Amérique un peu trop confiante et va-t-en guerre. Miracle pour un film américain (mais c’est peut-être dû aux évènements historiques à respecter), celui qui n’est pas pour l’option militaire n’est pas présenté comme une tapette. Pussy, en version originale. Ça change, même si attention, le film reste tout de même une ode au courage des Amerloques, otages comme agents de renseignement, et ne consacre finalement que peu de temps à explorer le point de vue iranien. De même, le suspens final n’en est pas vraiment un.

Malgré ces petits défauts, Argo est un film à conseiller. Le film sort mercredi dans les salles mais LaPige vous a prévu une petite surprise…

 

Site officiel.

 

Camille Wernaers

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