Quoi de neuf docteur?

C’est ce lundi 14 mai que le recteur de l’ULB, Didier Viviers, a remis les insignes Docteur Honoris Causa à sept personnalités d’exceptions dont Ela Bhatt, Costa-Gavras et Angela Davis, dans l’auditoire bondé Paul Emile Janson. Une cérémonie attendue, symbolique et qui a connue un rebondissement. Lapige était sur place.

 

 

La cérémonie a commencé par l’entrée de chacun, vêtu de la toque et de la toge surmontée d’une bande de couleur, symbole des facultés représentées. Le recteur a prononcé un discours d’ouverture où il a précisé qu‘ « il y a dans ces choix beaucoup de subjectivité », mais que l’université était composée d’individus auxquels ne peuvent se substituer des institutions.

Les festivités ont été ponctuées de musique. François Heinderyckx a amené les Docteurs Honoris Causa sur la scène. C’est là qu’ils ont reçu une médaille argentée, ainsi qu’un diplôme en latin, lu par Carl Deroux, lecteur latin de l’ULB.

Parmi les personnalités, étaient notamment présentes Isabelle Durant, vice-présidente du Parlement européen, Fadila Laanan, ministre de la Culture et Laurette Onkelinx, ministre des Affaires sociales et de la Santé publique.

La remise des insignes a commencé avec Jacques Commaille, sociologue à l’école normale supérieur de Cachan. Son travail a été salué pour avoir mis au point une théorie politique de la justice.

C’est pour la première fois que l’ULB a nommé une architecte Docteur Honoris Causa. Anne Lacaton a rénové « La palais de Tokyo » qui vient de rouvrir ses portes. Le recteur a souligné sa capacité à faire beaucoup en disposant de peu, en révélant une « esthétique de l’essentiel ».

George Whitesides a exercé un nombre impressionnant d’activités: du Massachussets Institute of Technology (MIT) au poste de professeur à l’université d’Harvard. Il est l’un des chimistes les plus cités pour ses recherches sur les couches mono-assemblées et sur la nano-technologie. Certains le surnomment « the god of Chemistry ».

Didier Viviers a fait état de la « connaissance profonde combinée à la persévérance » de Brian Kobilka. Il a fait des recherches de longue haleine sur les récepteurs couplés à la protéine G. Il a ainsi atteint son objectif en déterminant leur structure tridimensionnelle.

Anne Lacaton a prononcé un discours au nom de tous les Docteurs Honoris Causa des facultés. Elle a exprimé son profond attachement à l’Europe et à la vision de l’Europe. Elle n’aime pas l’idée que ça puisse être brisé. Elle est revenue également sur le « libre » d’Université libre de Bruxelles: il n’y a pas de petites libertés, elles s’additionnent. Elle a ensuite partagé ses nouvelles insignes avec Jean-Philippe Vassal, architecte.

La deuxième partie de la cérémonie était destinée d’abord à Ela Bhatt. Malgré que l’Inde soit automatiquement liée à des problèmes, elle a su transformer la connaissance en émancipation. C’est un exemple de connaissance et d’action, de projet social.  Elle a créé le SEWA (self-employed women’s association) qui est « un syndicat, une banque coopérative et un centre d’alphabétisation et de formation ».

 

 

 

Le réalisateur Costa-Gavras a par ses films été le témoin actif de son époque. Dans Z tiré du livre de Vassilis Vassilikos, il a dénoncé les agissements de la junte militaire dans la Grèce des années 60-70. Il a lui-même trouvé l’exil en France. Après avoir prononcé quelques phrases en grec, Didier Viviers a salué Costa-Gavras pour avoir mis la lumière, celle du cinéma bien sûr, là où il y a les ténèbres.

 

 

C’est sous une pluie d’applaudissements qu’Angela Davis a reçu le titre de Docteur Honoris Causa, comme un signe de profonde gratitude pour son combat en faveur de la liberté et des droits. Plusieurs personnes ont levé le poing vers le ciel, à la manière des Black Panthers (NDLR: une action pour rendre hommage à la lutte antiracisme et pour dénoncer l’hypocrisie dont ferait preuve l’ULB, notamment en invitant Caroline Fourest). Le recteur a continué en citant Jacques Prévert avant de crier « Il faut libérer Angela Davis ». C’est une référence à son emprisonnement à tort pour son soutien aux frères de Soledad. Elle a depuis toujours mené une action politique en s’opposant à la ségrégation raciale et plus récemment, à la peine de mort et au milieu carcéral.

 

 

 

Alain Delchambre, le président de l’ULB, a clos la remise des insignes en précisant que les pensées et les actes forment un tout. Il a invité l’ensemble des personnes présentes à l’indignation pour que tout ceci ne soit pas qu’une cérémonie. Il a également rappelé la situation des Roms présents sur le campus de la Plaine et le sous-financement de l’université. Malgré avoir été interrompu par un « bande d’hypocrites », il a dit ces derniers mots: « C’est à vous de choisir ».

Pour en savoir plus.

Marie-Aude Calvagna

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