[Portrait] Frédéric, banquier : « Au BIFFF, je suis dans mon élément »

Le BIFFF a fermé ses portes mardi. Cette trentième édition a accueilli plusieurs dizaines de films fantastiques et d’horreur. La Pige y a rencontré Frédéric, banquier de son état, qui ne nous a pas interpellé pour son amour des chiffres mais bien pour sa passion pour les films gores. Cela fait plus de vingt ans qu’il fréquente le BIFFF et s’il n’a vu que deux films de l’édition 2012 pour cause de bébé (sa femme a donné naissance à une petite Louise quelques jours avant le début du festival), son avis sur le sujet est aussi tranchant qu’un bon coup de lame.

« On savait qu’on venait voir des zombies, du caca et du vomi, et on n’a pas été déçus !« . C’est ainsi que Frédéric résume le film Zombie, Ass Toilet of the Dead, diffusé lundi soir au BIFFF.  « Par contre, Panic Button profite de la vague des torture porn, genre déjà à la limite du has-been, ainsi que de l’engouement pour les réseaux sociaux, c’est pas très excitant, les acteurs s’emmerdent, on s’emmerde, et surtout la révélation finale remet en cause l’existence même de l’histoire. C’est un peu le grand Saw dans le vide« . Le décor est planté, Frédéric n’est pas là pour nous ménager.

Celui qui se décrit lui-même comme un fan de films putrides, déviants et underground esquisse un sourire alors qu’il énumère les différents genres qu’il affectionne regarder : «  Films d’horreur, gores, mondo, trashs, hardcore, snuffs, et on pourrait même disserter sur les films d’exploitation comme la veine des cannibales italiens, les rape & revenge turcs, ou les pinku eiga japonais, sans parler des films de nunsploitation, nazisploitation, blaxploitation et j’en passe »… On l’avoue, on n’a pas tout suivi, mais on a compris que le banquier bruxellois ne met pas de limites à sa propre curiosité. « Je regarde de tout, j’aime tous les styles, tous les genres. Ce n’est pas par sa classification dans un registre ou un autre qu’un film est bon ou pas, c’est plutôt lié aux gens qui bossent dessus, aux acteurs, à la photo, à l’histoire bien sûr, à son originalité… Dès lors, je prendrai autant mon pied devant un bon film de zomblards que devant un bon vieux film de nunsploitation… », précise-t-il

Voyeurisme et clowns

Quand on évoque le voyeurisme inhérent aux films d’horreur, le voilà qui remet les pendules à l’heure : « Oui, mais bien moins que ces poubelles médiatiques que sont les émissions de télé-réalité ! Un film d’horreur, le plus ignoble soit-il, n’a jamais tenté de persuader les gens qu’il ne s’agissait pas d’une fiction. On est dans le rêve. Ça reste du cinéma! ». Et de continuer, « D’ailleurs, je préfère montrer des grands classiques comme Evil dead, The Texas Chainsaw Massacre ou Dawn of the dead à ma fille de 8 ans plutôt que de la laisser regarder Secret story ou ce genre de conneries qui frisent le néant visuel et narratif« . Néanmoins, il avoue avoir eu du mal à finir un torture porn asiatique qui « allait loin dans l’abject« . On n’en saura pas plus, juste que Frédéric n’est pas du genre à être facilement choqué.  « A partir du moment où tu entres dans un film avec toujours à l’esprit l’idée que ce n’est que du cinéma, tu peux tout regarder. Sauf les clowns. Je ne supporte pas les clowns. C’est viscéral, je hais les clowns ». Et voilà, encore un traumatisé par le Ça de Stephen King !

Mais les films d’horreur nous sont-ils aussi nécessaires que notre banquier? « Nécessaires… je ne sais pas.. Utiles, certainement. Ils me permettent de libérer le trop plein d’énergie négative et de frustration que tout le monde doit gérer dans sa vie quotidienne » explique-t-il. On en connait aussi beaucoup qui libèrent leur frustration en rêvant de tronçonner gaîment dans celui qui gère leur argent. Bref, pour Frédéric, le cinéma est de l’ordre de l’évasion. Il lui faut un scénario qui lui permette de vivre des expériences impensables dans sa vie de tous les jours et il préfère donc « les films d’horreur à des films d’auteurs intimistes et larmoyants, où tu as des histoires que tu peux vivre toi-même. Ce n’est pas très sexy tout ça ». Ah oui, mais au BIFFF, on aime particulièrement le sexy. D’ailleurs, « j’ai toujours été fan des films de genre, notamment fantastiques. J’ai donc naturellement entendu parler du festival via un ami qui m’y a emmené la première fois et j’ai immédiatement été conquis. J’étais dans mon élément », souligne Frédéric. Même s’il avoue que la première édition après le déménagement du festival à Tour et Taxis n’a pas été de tout repos (« c’était le foutoir et il fallait se taper l’autre bout de la ville« ), il estime qu’aujourd’hui le BIFFF a pris possession des lieux et que l’endroit permet de renforcer la crédibilité du festival vis-à-vis de la presse et de l’international. « Au-delà de la programmation, le BIFFF est probablement le seul festival européen (à côté de Gérarmer, Sitges, Paris…) où tu as une telle ambiance délirante, où tu peux croiser de vrais geeks avec lesquels tu peux décortiquer les films pendant des heures, où tu peux très facilement aborder les invités présents… C’est cette ambiance potache qui à mon avis assure le succès du festival et sa pérennité« , sourit-il.

Films de zombies

On ne pouvait pas ne pas aborder une des spécialités de Frédéric : l’analyse sociologique des films de zombies. « On peut distinguer les films qui veulent véhiculer une critique de la société via le médium du zombie, et les films de pur divertissement gore qui n’ont d’autres ambitions que d’étaler de belles crassetés à l’écran. Pour schématiser, les films de papy Romero, par exemple, sont tous à des degrés divers des critiques sociétales : Night of the living dead parle de racisme, Dawn Of the Dead traite des excès de notre société de consommation, Day of the Dead fustige l’armée, etc … Tandis que la veine gothico-italienne initiée par Lucio Fulci cherche plus à choquer en utilisant le zombie comme une entité représentant la pourriture de l’âme humaine… Bon je m’arrête là ! ». Dommage. On osera quand même l’interroger sur le boom de The Walking Dead, gros succès de librairie avant de bien fonctionner en tant que série télévisée. « Le zombie est payant aujourd’hui, mais demain cela peut être les invasions d’aliens ou les araignées … Contrairement aux films de Romero, The walking dead est à mon sens du pur divertissement, ce qui est facilité par le fait qu’il s’agisse d’une série, car on finit par s’attacher aux personnages à la longue. En gros, pour cette série, posez-vous la question suivante : qui sont les plus dangereux : les zombies ou les autres survivants ?  »

C’est un peu la même question qu’on se pose en cette fin de BIFFF : qui sont les dangereux : Rémy ou  les survivants de ces douze jours de projections ?

 

Camille Wernaers

 

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