Interview: Jean-Marc Laroche, sculpteur fantastique

Outre les projections de films, le BIFFF est aussi un lieu où les visiteurs peuvent admirer les compétitions de body painting, quelques exposants et des expositions, dont celle de l’artiste français Jean-Marc Laroche, déjà venu en 1994 (alors au Passage 44). Sculptures macabres en bronze, squelettes réalistes dans des poses (parfois très) vivantes, coutellerie fantastique, tout un programme pour l’exposition Nice to be dead! Certaines oeuvres ont d’ailleurs été achetées par les organisateurs du BIFFF. Lapige a rencontré Laroche, dont même George Romero est fan!

 

 

-Quelles sont vos inspirations?

« Elles viennent beaucoup du cinéma mais, au début, quand j’avais dix-douze ans, elle venait de la BD. Je pense que la momie de Rascar-Capac, dans l’album de Tintin et les sept boules de cristal, n’est pas étrangère à ce goût pour les squelettes. Ça m’a marqué, ça m’a fasciné et ça ne m’a jamais quitté. Après, j’aime beaucoup le fantastique dans la littérature comme Lovecraft et le cinéma avec, par exemple, le travail de HR Giger à qui l’on doit la créature du film Alien. Je me suis d’ailleurs fortement inspiré de son travail avant de trouver ma propre inspiration même s’il reste des « séquelles » de ma passion pour son art. »

-Comment et avec quels matériaux réalisez-vous vos œuvres?

« D’abord, il y a l’idée. Ensuite, elle doit être réalisable. Parce que parfois les idées sont trop compliquées et, du coup, on les laisse de côté pendant des dizaines d’années et parfois on  ne les réalise jamais. Si c’est réalisable et que ça vaut le coup, je réalise d’abord un dessin et une maquette en plasticine en partant parfois en photo. Pour avoir une position pour un squelette, je me prend en photo dans cette position, ou ma fille ou même ma femme afin d’étudier la morphologie et la pose pour avoir un squelette dans une position franchement naturelle et crédible. Après ce travail, on prend un squelette un peu désarticulé et, comme un pantin, on le met en position avec des bouts de ficelles suspendues. J’appelle ça la maquette. Il y a une structure en acier qui est fabriquée et tous les os sont enfilés sur cette structure. Le tout est modulable et démontable pour les déplacements dans différentes expositions. Pour les bronzes, les originaux sont faits en pâte à modeler en général ou en résine. Après, on fait un moule et on y coule de la cire pour faire un moule en cire perdue et là, c’est le fondeur qui s’en occupe. Je cisèle, je patine pour finaliser les bronzes. Tout ça, c’est énormément de travail et ça fait, parfois, intervenir beaucoup de sous-traitance. »

 

 

-Comment avez-vous commencé ce métier, cette passion?

« Je ne me suis pas dit d’un coup que c’est ce que j’allais faire, ça c’est fait au fil du temps. Au départ, j’avais ce goût pour le fantastique, alors que j’étais très manuel, très bricoleur et très inventif. Quand j’étais môme, je faisais déjà des plans pour construire une montgolfière ou un sous-marin. J’ai touché un peu à tout et j’ai fais plein de conneries dans mon enfance avec des fusées, des bombes, etc. Je faisais aussi beaucoup de mécanique. J’ai fais des études scientifiques jusqu’au BAC, puis j’ai travaillé avec toujours un esprit commercial, ce qui m’a beaucoup aidé après. Avec du matériau et mes premières ventes artisanales, cet esprit m’a donné envie de continuer. Sinon je n’aurai peut-être pas eu la stimulation pour continuer. J’ai tout de suite gagné de quoi vivre et j’ai laissé tomber mon boulot. Je me suis investi à fond à partir de mes 25 ans dans la fabrication d’artisanat. J’en fabriquais beaucoup, avec de la résine, comme le Necronomicon d’ailleurs mais je ne faisais alors pas des créations liées au fantastique. Je faisais d’autres objets, des pendentifs, des porte-briquet, des choses comme ça. J’ai gagné une habilité manuelle avec ce matériau et j’ai commencé à gagner suffisamment bien ma vie pour pouvoir réaliser des créations fantastiques sur le côté. Des livres, des couteaux, que j’ai ensuite exposés dans des festivals de films fantastiques. J’ai collaboré avec des grands dessinateurs de BD. Tout ça c’est fait de fil en aiguille, je ne me suis pas dit « un jour je vais me lancer ». J’ai commencé à gagner de l’argent puis à pouvoir en vivre, ça c’est fait comme ça. »

-Qui sont vos clients?

« Dans tous commerce, je crois que le secret de la continuité est de fidéliser ses clients. Mes clients, j’en ai très peu et ils me sont très précieux justement. Avant, j’en avais un peu plus puisque je faisais de l’artisanat qui plaisaient aussi aux touristes. La coutellerie ciblait aussi un public restreint de collectionneurs dans les foires spécialisées. Quand j’ai fais de la statuaire, j’ai fais des pièces de plus en plus grandes, de plus en plus travaillées, donc de plus en plus chères et ma clientèle a diminué. A un moment, je n’avais que deux gros clients, comme des mécènes, qui achetaient tout ce que je faisais. Je n’ai pas vraiment besoin d’exposer mais il y a deux ans, je me suis dit que je devrais le faire pour avoir d’autres clients et gagner en notoriété. »

 

 

-Vous avez exposé dans plusieurs festivals de films fantastiques. Qu’est-ce qui est particulier au BIFFF?

« Je suis venu à une édition précédente en 1994. C’était au Passage 44 et c’était plus intimiste. Ici, c’est différent, la structure est plus grande, un peu plus froide mais qui offre plus d’espace. Je n’aurai pas pu faire une telle exposition au Passage 44. Au BIFFF, disons qu’il y a un noyau dur avec les fondateurs du festival qui sont toujours là trente ans après et toujours passionnés je pense. Et cette passion va du noyau dur aux bénévoles puisqu’ils travaillent gratuitement pour le festival. J’en suis étonné et, en même temps, je comprends car l’ambiance est vraiment géniale. Il n’y a que des gens passionnés ici, pas comme à Avoriaz où l’esprit n’était pas du tout le même par exemple. Il y a une âme ici, avec toutes ces animations comme le Bal des vampires ou la journée des zombies. Il y a aussi la décontraction et l’humour des bruxellois qui aident beaucoup. »

 

 

 

Les photos de son exposition au BIFFF:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Découvrez son site officiel.

Propos recueillis par Cédric Dautinger.
Photos de Camille Wernaers.

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