Interview : « Carré Blanc est un film sur la société de déshumanisation »

Lapige a rencontré Julie Gayet, vedette du film Carré Blanc, diffusé mardi au BIFFF. Elle n’a pas hésité à vraiment se déshabiller devant les appels du public: « à poil! ». Un sacré culot, même si elle avoue « avoir pris une sacré cuite après ». Et si sa tête cogne encore, elle a tout de même répondu à nos questions.

 

 

C’est votre première fois au BIFFF ? 

« J’avais été à Gérardmer, festival de films fantastiques en France où je m’étais éclatée. Je ne connaissais pas le BIFFF mais c’est encore mieux, c’est super ! J’ai adoré, je me suis dit : « zut, j’aurais dû rester, j’aurais dû faire la semaine ». Ça aurait été mieux »

Et qu’est-ce qui vous plaît  ? 

« L’ambiance, le choix des films, les thématiques, le jury, le public dans la salle hier, c’est incroyable ! Le lieu aussi, grand comme ça, où tout le monde se retrouve, vraiment c’est super bien fait ! Vous avez de la chance !  »

Et on en profite !  Parlez-nous du film et du rôle de Marie. 

« Alors, c’est un vrai film d’anticipation qui ne fait que donner un gros coup de poing et un gros coup de massue sur ce qui se passe dans le monde du travail aujourd’hui, c’est-à-dire les gens qui se suicident parce qu’ils ont trop de pression, le fait qu’on doit faire comme il faut, comme ce que le société dit qu’il faut faire. Et donc cette femme, elle n’en peut plus, elle explose de toute cette violence, de cette déshumanisation des rapports entre humains et dans son couple elle vit avec quelqu’un comme elle sauf que lui a choisi le système. Au lieu de se rebeller, il dit que si on ne joue pas le jeu, on va se faire exclure et mourir et il a peur de ça. Il faut jouer le jeu, faire semblant et entrer dans cette société là. Mais pour elle, du coup, il fait partie de cette société, il devient cette société et elle lui dit qu’il ne peut pas laisser les choses comme ça. Et voilà, elle est dans ce moment où elle ne supporte plus tout ça. Ça commence par la femme qui se rebelle« .

 

 

 

C’est un film très esthétique. 

« Oui et c’est un film très noir. J’aime beaucoup le travail de Jean-Baptiste Leonetti, le réalisateur. Il a beaucoup été cherché dans la photo contemporaine, dans des références visuelles, moi j’adore la couleur du film, c’est super beau esthétiquement, ça a un côté très froid aussi, avec tous ces bâtiments, ces arbres verts à l’intérieure et à l’extérieur tout est noir. J’avais un peu une sensation d’étouffement sur le tournage, à force d’être dans cet univers, je rentrais à Paris, je me disais, « ah c’est cool, salut les copains ! » (rires) C’était comme s’il fallait que je m’aère un peu. Mais c’était passionnant et incroyable de plonger dans ce genre d’univers« .

Que représente ce fameux symbole du carré blanc ?

« C’est un symbole qui, dans les films, annonce un film érotique mais alors ici, c’est pas du tout, du tout, ce carré blanc-là (rires). C’est plutôt le carré blanc dans le sens « carré », où tout est contrôlé. Et puis le carré blanc qu’on met sur la viande. Ce sont des gens qui se mangent, qui mangent leurs morts« .

Vous pensez que c’est une critique de la société de consommation  ? 

« Oui, absolument. C’est un critique de la société de déshumanisation. Chacun avec sa voiture, sa télé, chez soi.  On ne partage pas, chacun ses petits privilèges à préserver ».

 

 

Le film est donc une dystopie, d’après vous, ce genre de société peut vraiment s’installer ?

« Moi je ne crois pas, je crois beaucoup en l’être humain et je me dis que ce n’est pas possible. A un moment, cela va exploser. Mais on a vu, de par le passé, avec la Shoah, le Deuxième Guerre Mondiale et l’acceptation de certaines choses, des gens qui vont trop loin dans l’acceptation. Pour moi aujourd’hui, voir des gens  qui sont totalement exclus de la société, c’est difficile. C’est difficile de se dire qu’on est tous là en train d’accepter des choses qui sont inacceptables. Il faut dire stop à un moment donné, mais je ne crois pas en tout cas qu’on peut aller là. Je suis assez positive. On aurait pu dire si on était pessimiste « oui mais », en même temps voilà Nelson Mandela, par exemple, qui aurait cru que c’était possible. L’Afrique du Sud, ses lois, l’apartheid, et bien ça a explosé ! Et d’une manière tellement belle, de cette façon de dire c’est pas que nous, c’est nous tous ensemble avec notre diversité« .

Est-ce que le film pose la question du végétarisme ? 

« De la malbouffe surtout. Sur la façon dont on mange aujourd’hui. Mais il y avait déjà Louis de Funes avec l’Aile ou la Cuisse, c’était il n’y a pas si longtemps et c’était une comédie, mais quand on regarde aujourd’hui certains chicken nuggets,  on n’est pas loin d’être dans l’Aile ou la Cuisse quand même.  Après, c’est notre responsabilité à tous mais heureusement il y a un courant qui arrive, avec des gens qui font attention à ça, ne pas acheter des légumes hors saison, etc. Il y a une vague de prise de conscience par-rapport à ce que la société fait sur la planète. J’espère que les gens prendront un peu plus conscience de tout ça. Garder de la viande dans notre alimentation, d’accord mais comment si on n’a que des élevages atroces, bourrés d’hormones et qu’on ne mange que ça« .

 

Il y a tout de même un réflexion sur la viande ? 

« Oui oui, tout à fait. Je ne sais pas si le réalisateur est végétarien, il faudrait que je lui pose la question tiens, mais moi je l’ai d’abord vu comme une réflexion sur comment on élève les enfants, qui sont pris dès leur enfance pour être mis dans des endroits où ils deviennent des êtres de la société parfaite et sur quand on meurt, comment on fait disparaître les corps. C’est plus l’indifférence par rapport à la mort, par rapport à l’humain et aux relations humaines ».

 

 

Notre critique du film Carré Blanc.

Interview : Camille Wernaers Camille
Photos: Camille Wernaers et Cédric Dautinger

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