Le « Street Art » en sursis

La répression contre le graffiti s’intensifie à la Ville de Bruxelles. Karine Lalieux, échevine de la Propreté publique, publie les premiers résultats de son plan accélérant la lutte contre le graffiti. L’objectif est de réduire les impunités mais l’idée inquiète  les graffeurs.

 

 

Bruxelles, destination phare du « Street Art » n’est plus. Face à l’impunité des graffeurs et le manque de suivi du Parquet dans les dossiers relatifs aux incivilités, Karine Lalieux, échevine de la Propreté publique à la Ville de Bruxelles, a décidé de faire du graffiti son cheval de bataille. Cette dernière a en effet mis en place, fin novembre, un plan afin d’accélérer les sanctions administratives en matière de graffitis dans la Ville de Bruxelles. Grâce au soutien permanent de la police, Karine Lalieux vient de publier les premiers résultats de son projet. Curieux constat : sur les quatorze personnes verbalisées sur le mois de janvier, douze proviennent de France et une d’Allemagne. Le phénomène s’explique notamment par «  le manque de sanctions qui fait la réputation de la Belgique en la matière. Les Français viennent en expédition à Bruxelles pour échapper à l’importante répression et les lourdes sanctions de leur pays », nous confie Fabian Gillard, responsable juridique du cabinet de Mme Lalieux. De son côté, Nico, graffeur et responsable du Montana Shop & Gallery, situé rue de la Madeleine à Bruxelles, analyse différemment ce phénomène d’immigration culturelle : « Une espèce de « graffiti-tourisme » s’est développée ces quinze dernières années dans les grandes villes européennes. Bruxelles est à la mode comme l’a été Barcelone auparavant. La mixité européenne et les facilités de voyages accélèrent ce graffiti-tourisme. »

 

Source : http://www.fatcap.org, Eyes-B

 

Source : http://www.fatcap.org, Eyes-B

 

Depuis 2007, près de 150 personnes se sont vues verbalisées pour tags et graffitis à Bruxelles. La nouveauté avec le projet est que la Ville de Bruxelles verbalise directement les contrevenants. Le dossier n’est plus traité par le Parquet, sauf en cas de faute grave. Une quarantaine de brigadiers et médiateurs assermentés sont sur le terrain pour constater toute incivilité, notamment en matière de graffiti. Une taxe de 150€ pourra être levée par graffiti. La police pourra, elle, dresser une amende administrative de maximum 250€. La tolérance zéro est de rigueur afin de « faire passer un  message fort aux graffeurs pour les faire réagir par rapport à leur incivilité » explique Stéphane Laloux, collaborateur du cabinet de Karine Lalieux. Un système de recouvrement par huissier est mis en place pour les montants importants. « Cela permettra de poursuivre n’importe quel graffeur, même non domicilié en Belgique », détaille Fabian Gillard. Par ailleurs, une perception immédiate de l’amende est à l’étude et sera mis prochainement en place avant la fin de la législature. Une répression drastique afin d’assurer un sentiment de sécurité et de propreté à Bruxelles, capitale de la Belgique et épicentre de l’identité européenne. Mais pour Steve Locatelli, graffeur professionnel, « Bruxelles est une ville stigmatisée où le graffiti est associé à du vandalisme alors que pour nous, il s’agit d’un art. C’est une ville à la traine par rapport à Gand ou Bruges qui collaborent avec le mouvement ».

 

 

 

 

 

 

Un terrain d’entente doit être trouvé à Bruxelles pour que ces jeunes talents puissent exprimer l’essentiel de leur art. L’idée est de s’aligner sur la tendance des grandes villes européennes telles que Paris, Londres, Berlin et Barcelone à accorder des espaces spécialement consacrés à l’art de rue. Des villes colorées par de véritables artistes pour atténuer leur morosité. La police de Bruxelles dispose d’une cellule anti-graffiti dont le but est « d’arrêter des personnes uniquement, sans faire de la prévention. Ils vont même jusqu’à s’immiscer dans des stages de graffitis légaux », déclare Nico. Pourtant une solution existe et émane de la police. Jean-Marc Huart dirige la cellule de police anti-graffiti à Bruxelles. Ce dernier désire mettre en place un plan de collaboration entre les différents acteurs (politiques, graffeurs et police). Pour l’heure, aucun espace n’est rendu légal mais un projet est à la réflexion. Un parallèle à la répression est la prévention de l’art urbain. Un groupe de réflexion collabore avec la Ville de Bruxelles pour « donner aux graffeurs la possibilité de s’exprimer dans des espaces légaux. La gare de la Chapelle est notamment envisagée et le projet aboutira pour 2012 », déclare M. Huart. Un terrain d’entente qui harmonisera les relations entre la couleur du « Street Art » et l’austérité de Bruxelles.

Article : Nicolas Franchomme

Photos: Camille Wernaers

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