Time out : le temps, c’est de l’argent

Andrew Nicol nous avait habitué à mieux, lui qui est déjà le réalisateur de l’excellent The Truman Show.  Dans le futur, les gens s’arrêtent de vieillir à 25 ans et l’argent est remplacé par le temps. Chacun possède une montre incrustée sur le bras, qui s’écoule au rythme des secondes. On travaille pour gagner du temps à vivre, on dépense du temps pour acheter des choses. Cependant, une élite profite du système pour vivre éternellement au détriment des prolétaires. Justin Timberlake joue une sorte de Robin des Bois des temps futurs, qui vole aux riches pour donner aux pauvres, tout en profitant pour essayer de sauver la riche princesse.

Le film peut être vu comme une critique acerbe de la crise économique actuelle et des dérives du secteur financier. Hilarité générale dans la salle d’ailleurs quand un des méchants s’avance et déclare s’appeler « Fortis ». Et les rires de continuer durant tout le film. Car si l’idée de base du scénario tient du génie et pourrait offrir un univers se tenant dans une dystopie visuellement épatante (en attendant avec frayeur Blade Runner 2), la réalisation ne tient pas la route et plusieurs éléments du film font plutôt penser à une comédie.

On rigole en découvrant qu’Olivia Wilde est la mère de Justin Timberlake (en réalité, elle est plus jeune que lui), on rigole quand on voit que les femmes tapent des sprints en gardant des chaussures à talon de 10 cm aux pieds (aie), on rigole quand les personnages hésitent face à une femme, se demandant s’il s’agit d’une fille, d’une mère, d’une grand-mère ou d’une arrière-grand-mère. Bizarrement, les hommes, eux, font tous cinq ans de plus que les fameux 25 ans universels… On est d’accord, on l’a même bien compris, la génétique a fait des progrès, puisqu’on ne vieillit plus dans  ce futur indéterminé, mais tout de même, est-ce pour autant qu’il fallait transformer toutes les femmes en des espèces d’anorexiques se baladant pendant tout le film en mini-jupe ras les fesses ? Mais ne vous inquiétez pas, elles n’en ont pas, de fesses.  Faites le test, pas une femme en pantalon dans ce film. Ou comment montrer un futur qui régresse. Il faudra expliquer pourquoi on montre des hommes de toutes les statures et de tous les genres, alors que les femmes ne ressemblent en rien à des personnes « normales ».  Au vu des ravages de l’anorexie, la vraie, celle qui touche même des enfants de six ans dans notre société, ce serait bien que les réalisateurs se mettent à réfléchir à l’influence de leurs images tronquées sur les spectateurs. Fin de la parenthèse.

L’univers du film ne retranscrit pas assez le côté « science-fiction » du scénario. Le constat est même atterrant pour les décors (des hangars, des toits, des buildings). On espère qu’il s’agit de montrer que ce futur est proche de notre monde actuel, ce qui est en fait plus plausible. Pas de machines pour nous contrôler, pas d’hoverboards, ni de taxis volants donc.

Heureusement, tout ne vire pas au grand n’importe quoi et les acteurs jouent plutôt bien (surtout Cillian Murphy, toujours excellent). Justin Timberlake offre une prestation honnête (sauf quand il sprinte) et on ne retiendra pas grand-chose des autres acteurs si ce n’est qu’ils proviennent souvent de séries télés. Ou peut-être encore cette espèce de bande mafieuse qui rackettent les habitants du ghetto et qu’on dirait tout droit sortis d’un boys band tellement ils sont lisses. Mais attendez, ça fait rire aussi. Dommage.

 

 

Cédric Dautinger et Camille Wernaers

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