Portrait: Joan Roels, journaliste multimédia

Joan Roels était étudiant en journalisme à l’ULB et il a réussi à se lancer dans une profession que l’on dit bouchée. Après les travaux pratiques du Master, Radio Campus et la Plume, c’est un projet journalistique de taille dont s’occupe aujourd’hui Joan: une boîte de production de reportage, Pokitin Production. Voici son portrait.

Quel est ton parcours professionnel (études, boulot)? Peux-tu nous parler de tes expériences dans le journalisme ?

Question très vaste. J’ai étudié le journalisme à l’ULB et en suis sorti en 2010 après un parcours légèrement tumultueux jusqu’aux masters, jusqu’à ce que les étudiants mettent réellement les mains dans le cambouis, et commencent à faire du journalisme « pour du vrai ».

Pendant mes études, je me suis impliqué au sein du CJC (cercle de journalisme et communication), où j’ai relancé La Plume sur de nouveaux designs et un contenu plus élaboré. D’ailleurs, ça fait plaisir de voir que ces modèles de publications sont encore utilisés aujourd’hui. Sinon, je me suis aussi fort investi dans cette magnifique radio qu’est Radio Campus. J’y suis entré comme journaliste, puis j’ai succédé à Nicolas Naizy comme rédacteur en chef de l’équipe.

Déjà à cette époque, il fallait que j’aie du pratique. Pour moi, le journalisme est lié au message qu’on diffuse, mais aussi à la manière de le diffuser. Il fallait que je touche les caméras, les micros, l’ordinateur. J’ai donc passé ma technique radio sur Campus, mais j’ai aussi décidé de réaliser un mémoire pratique. Je suis parti à Kaboul, en Afghanistan, pour deux mois. Là-bas, j’ai réalisé trois petits documentaires sur les médias afghans, mais j’ai aussi couvert les élections présidentielles pour Le Soir comme correspondant. Ma première vraie expérience du métier.

Réaliser son mémoire en Afghanistan, ce n’est pas trop difficile?

Ça n’a pas été facile de partir, il a fallu faire face à de nombreuses critiques, au sein du département de journalisme, et même de l’Association des journalistes professionnels. Il ne fallait pas que je donne un mauvais exemple, que les étudiants pensent qu’il suffit de le vouloir pour partir dans un pays en difficulté. Et ils ont raison, ça n’a pas été simple. Mais voilà, ce que j’en retire dépasse l’investissement, et je suis content d’entendre beaucoup d’étudiants qui partent désormais tant en Afrique qu’ailleurs, et que les mémoires pratiques prennent de plus en plus d’ampleur. Le monde est là, et ne demande qu’à être couvert différemment. Autant le faire lors de ses études, dans un contexte différent, sans pression de l’actualité ou de la rédaction, pour soi, et pour sa future carrière.

Après cette aventure (qui a quand même été récompensée, à la fois en points et pour le lancement de ma carrière), je me suis beaucoup intéressé au multimédia. Au webdocumentaire particulièrement. Mais il fallait bien vivre au début, et j’ai collaboré avec pas mal de médias comme Le Soir, Lalibre.be, DH.be, Twizz Radio, ou encore Star by CinéTéléRevue.

Il n’a pas fallu longtemps pour me mettre véritablement au webdocumentaire. D’abord un projet sur les SDF à Bruxelles, qui est toujours en cours, puis je me suis occupé de Cuisine Interne. Cuisine Interne, c’est un super projet webdoc sur la vie d’un centre qui pratique l’IVG, l’interruption volontaire de grossesse. Avec Myriam Leroy, Nicolas Rymen, et Fabrice Lambert, nous y avons passé au total quasi une année complète. Je m’y suis occupé de filmer et de réaliser le webdoc en flash.

Depuis, je me suis spécialisé en vidéo, amélioré en photo, passionné pour la prise de son, et j’ai monté une société de production multimédia avec mon associé, Hervé Verloes. Pokitin Productions a d’ailleurs déjà deux webdocumentaires en cours, et pas mal de contrats avec de gros médias ou agences de presse.

Comment se gère ton entreprise et ton métier?

Ça se gère bien, merci ! Être en société paraît impressionnant, mais ce n’est pas si compliqué que ça. Ça demande énormément de temps, que ce soit pour se faire connaître ou pour lancer les projets. Ça demande aussi un investissement de base, mais c’est un calcul à réaliser.

Après, notre rôle de dirigeant d’entreprise est assez diversifié : on tourne, on produit, on monte, on gère d’autres indépendants, on cherche de nouveaux clients, et puis on essaie aussi de lancer de nouveaux projets journalistiques. Mon envie, au travers de Pokitin, c’est de révolutionner le journalisme belge. C’est un objectif pompeux et irréalisable, mais il faut s’y accrocher pour continuer à avancer.

D’ailleurs, nous avons deux gros projets en cours pour l’instant, mais chut… C’est encore secret. Cela dit, si on arrive à les lancer, on aura fait déjà un gros pas pour le journalisme belge. Voilà, donc j’ai un rôle vraiment « multicasquette » au sein de la boîte, mais on s’y fait… je suis journaliste et entrepreneur. Les deux sont cumulables si on fait attention à ce qu’on fait, ce qui veut dire garder à l’esprit la déontologie et l’éthique de notre métier. Et puis, je me suis lancé récemment dans l’enseignement au sein d’une nouvelle école de journalisme à Bruxelles, la SAE. Une école qui allie théorie avec beaucoup de pratique. C’est assez intéressant, et l’enseignement me plaît beaucoup aussi.

Gardes-tu des contacts avec l’ULB, quels souvenirs (bons ou mauvais) as-tu de tes années ULB?

Oui j’ai encore quelques contacts, le monde du journalisme à Bruxelles (et en Belgique) n’est pas énorme, et je croise régulièrement des anciens camarades, et maintenant confrères. Je vais aussi essayer de m’investir au sein de l’ADIC, l’Association des diplômés en information et communication, dont s’occupe désormais François Mespreuves. J’ai envie de garder un lien et un contact avec ma faculté et ma section en particulier, et les idées sont nombreuses de part et d’autre. Et puis, je suis retourné quelques fois à l’ULB, pour présenter mon mémoire et mes documentaires, justement, mais aussi pour revoir quelques personnes.

Quant aux souvenirs, je ne sais pas trop. Je ne garde pas spécialement de mauvais souvenirs de mes études. Les meilleurs moments sont probablement avec le CJC et Radio Campus, mais s’il y a bien eu quelques moments désagréables, au final, ce n’est pas ce que je retiens.

Comment imagines-tu le futur du journalisme de nos jours?

La vérité ? Je n’en sais rien ! Car ça ne dépend pas de moi, ni même de l’économie des médias. Le futur du journalisme, et l’amélioration de sa qualité, dépend uniquement des journalistes et de leur choix de métier. Veulent-ils être des journalistes qui suivent les tendances actuelles, à savoir aller de plus en plus vite, bâtonner des dépêches, aller de moins en moins sur le terrain ? Ou veulent-ils prendre le temps de faire de l’information correctement ? C’est plus facile à dire qu’à faire et malheureusement la situation du journalisme n’est pas aussi bipolaire, mais au journaliste d’innover et de prendre le temps, quitte à développer un autre journalisme, une autre manière de travailler.

N’est-il pas dur d’être journaliste justement alors qu’on dit le secteur en crise?

La réponse est un peu liée à la question précédente… J’aurais déjà du mal à répondre, vu que je n’ai jamais vécu que la crise, finalement. Mais non, je ne considère pas ça dur. Ça demande de la créativité, une bonne dose d’ouverture, ça demande de mettre les mains dans la matière, d’apprendre à manipuler de nouveaux outils, de se tenir au courant des dernières avancées en communication, de rester l’esprit ouvert ou de se spécialiser.

On attribue souvent la cause de la crise du journalisme à l’Internet. Et pourtant, je crois, je suis persuadé même, que la porte est grande ouverte à ceux qui savent utiliser les nouveaux outils de communication pour faire avancer le journalisme. De nouvelles « alliances » s’installent, où le journaliste se met en équipe avec des développeurs, avec des designers, n’importe quel téléphone peut filmer en FullHD, il est facile de contacter le monde entier. Bref, le métier de journaliste voit son terrain de jeu s’agrandir exponentiellement. A lui d’en profiter, et d’aller s’amuser. S’il s’accroche, qu’il garde en tête son objectif, et qu’il persévère (le nombre de journalistes fraîchement diplômés qui baissent les bras face à cette énorme difficulté est impressionnant), alors, peut-être, arrivera-t-il à changer les choses, et à faire exactement ce qu’il aime comme métier. A toi de choisir quel journaliste tu veux être, mais quoiqu’il advienne, tu auras vécu une aventure très enrichissante.

Propos recueillis par Cédric Dautinger

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