Caricaturer la religion: la liberté d’expression en débat à l’ULB

Le Cercle de Journalisme et Communication organisait ce lundi 28 novembre, en collaboration avec les Cercle et Bureau étudiant de Droit, ainsi que le Cercle de Médecine une conférence autour du thème de la liberté d’expression. Et plus particulièrement dans le cadre de l’ « Affaire Charlie Hebdo », de ses caricatures sur l’Islam et de l’incendie criminel des locaux de la rédaction qui avait suivi la publication du numéro « spécial ». Les intervenants étaient Jean-Jacques Jespers, à la tête de la section Journalisme de l’ULB, Henri Goldman qui est le rédacteur en chef de la revue « Politique », Jean Bricmont invité comme spécialiste de la thématique de la liberté d’expression. Un programme alléchant, qui sera au final décevant, malgré la bonne idée, la salle comble et l’organisation impeccable des cercles.

On peut déjà le constater, il manquait un intervenant important: Souhail Chichah. Ce dernier avait dû décliner au dernier moment l’invitation au débat pour pouvoir se rendre sur un plateau de télévision en France (pour discuter du même sujet). Le débat manquait clairement donc d’au moins un intervenant pour représenter les musulmans. Comme le soulignait le public, puis Henri Goldman: « c’était un peu comme parler féminisme sans avoir de femmes pour intervenir ».

Malheureusement également, les questions préliminaires n’ont trouvé aucune réponse de la part des intervenants. La problématique de la liberté d’expression, des limites possibles à celle-ci et de Charlie Hebdo est passée rapidement à la trappe, après quelques notions théoriques et juridiques, pour laisser place à un discours assez habituel (et répétitif) des débats de l’ULB: comparer les critiques faites contre l’Islam aux critiques à l’encontre d’Israël.

Le débat a commencé à tourner autour d’une comparaison douteuse et les réactions du public ont bien prouvé qu’une partie de l’auditoire était induite en erreur et pouvait confondre des notions totalement différentes comme l’antisémitisme, l’antisionisme, la religion, la race ou l’origine géographique des personnes. Olivier Mukuna, journaliste indépendant, et sa femme (éloignée de lui dans le public, peut-être pour donner l’impression de ne pas le connaître) en ont même profité pour faire parler de lui tout en soulignant qu’il aurait souhaité participer au débat en remplacement de Souhail Chichah.

Les discussions s’animent alors autour de la question soulevée par l’humoriste Dieudonné. Encore une fois, on en arrive à comparer des dessins sur l’Islam au négationnisme. Personne pour oser comparer tout simplement une religion à une autre et pas une religion à un événement tragique de l’Histoire.

On en ressort donc déçu. Le débat s’annonçait passionnant, le public comptait plus de 200 participants, les intervenants étaient de qualité et les cercles s’étaient très bien organisés mais les réponses se sont vite éloignées de la problématique principale. Nos questions sont sans réponses et le public poursuit le débat dehors, alors que la nuit est déjà bien avancée.

Cédric Dautinger

 

7 Comments

  1. A_Terray

    29 novembre 2011 at 7:38

    Dis Cédric, elle a pas été filmée cette conférence ?

  2. LaPige.be

    29 novembre 2011 at 9:38

    Effectivement, j’ai aperçu au moins une caméra. Un des cercles organisateurs doit avoir tout enregistrer.

  3. Olivier Mukuna

    2 décembre 2011 at 12:49

    Sans me prononcer sur la pertinence quant au fond de cet article, je constate que son auteur m’y cite nommément, me fait un procès d’intention et tronque (comme c’est étonnant!) ce que j’ai exprimé le 28 novembre 2011 à l’ULB.

    Dès lors, pour la bonne information des lecteurs de ce blog et pour tester la « défense » de la liberté d’expression de son (ou de ces) responsable(s), voici exactement ce que j’ai dit lors de cette conférence « autour du thème de la liberté d’expression » :

    « Je voudrais aussi souligner que le thème polémique qui nous réunit ce soir est bancal, puisque, jusqu’à ce jour, l’enquête n’a révélé ni les motifs ni les auteurs de cet attentat contre Charlie Hebdo. En revanche, cet évènement a donné lieu à une énième stigmatisation médiatique contre les musulmans, soupçonnés ou désignés comme de dangereux ennemis de la liberté d’expression dès que leur religion est brocardée…

    – Dans ce contexte, ma première question est celle-ci : pourquoi n’y a-t-il pas d’intervenants d’origine africaine et/ou musulmane à la tribune de ce soir ? Vous allez me dire que vous aviez invité Souhail Chichah qui a décliné. J’aurais envie de vous répondre : Souhail Chichah est-il le seul intellectuel ou spécialiste en Communauté française qui réunit les caractéristiques dont je parle ? N’y avait-il vraiment pas moyen de le remplacer ?

    – Par ailleurs, mon nom a été proposé par des étudiants aux organisateurs de la conférence pour intervenir au débat de ce soir. Mon nom a été refusé ! Deuxième question : que me reprochez-vous ?

    Mon travail, mes livres, mon film sont-ils entrés en contravention avec la déontologie journalistique ? Ceux-ci ont-ils fait l’objet d’une condamnation judiciaire en France ou en Belgique ? Ai-je moi-même été condamné pour racisme ? Ai-je durant ma carrière lancé un cocktail Molotov contre une rédaction de ce pays ?

    – Plus sérieusement, est-ce en lien avec les accusations d’antisémitisme et de négationnisme, portées contre moi, mais aussi contre Jean Bricmont, Souhail Chichah et Michel Collon ?

    Accusations diffusées par la revue de l’UPJP – Union des Progressistes Juifs de Belgique – dont Henri Goldman, ici présent, est un membre imminent et actif au sein du Comité de rédaction ! Des accusations fallacieuses, non étayées, que je réfute, et pour lesquelles la revue de l’UPJB m’a refusé un droit de réponse ; en violation avec la législation et au mépris de ma liberté d’expression …

    Dès lors, M. Goldman, pourquoi contribuez-vous, avec d’autres, à la diffamation de ma personne et à la censure de mon travail comme de ma liberté d’expression ? ».

    Mon propos était donc moins « de faire parler de moi », M. Dautinger, que d’informer les personnes présentes sur la poursuite d’un cas d’atteinte à la liberté d’expression journalistique. En interpellant directement l’un des co-responsables de ma censure tandis qu’il vient défendre en pure théorie les principes de la liberté d’expression à l’ULB … Oui, il s’agit de ma liberté d’expression, mais aussi de celle d’autres confrères dans mon cas et/ou de futurs journalistes qui le seront peut-être en s’avisant de traiter de sujets dits « sensibles ». Que vous en soyez conscient ou non, il s’agit d’une régression très inquiétante. Celle-ci se déroule ici, à Bruxelles, en Belgique, chez nous !

    En fin, M. Dautinger, permettez-moi de vous inviter à réfléchir (vraiment) à cette citation de Noam Chomsky :

    « Si l’on ne croit pas à la liberté d’expression pour les gens qu’on méprise, on n’y croit pas du tout. »

    Olivier Mukuna

  4. LaPige.be

    2 décembre 2011 at 1:26

    Merci pour votre réponse. Certains points de celle-ci rejoignent tout à fait ce que nous pensons de la conférence. Il serait intéressant d’obtenir une justification des cercles quant au refus de vous faire intervenir. M. Goldman a cependant nié farouchement toute implication dans la revue que vous citez (je ne me prononce pas ici sur qui a raison). Lapige respecte la liberté d’expression de chacun et le droit de réponse, comme vous pouvez le constater et surtout sur des sujets aussi sensibles.

  5. Olivier Mukuna

    2 décembre 2011 at 6:00

    Merci également pour votre réponse ainsi que pour la démonstration concrète de votre respect de principes qui me sont chers.

    Oui, je n’ai pas été convaincu par les explications données lundi par l’étudiant représentant les Cercles en question … et serais évidemment prêt à les rencontrer s’ils le jugeaient utiles ?

    Au sujet des dénégations d’Henri Goldman – sans vous demander de vous prononcer – je me souviens qu’il a affirmé 2 choses. 1) être « totalement opposé » aux articles me diffamant publiés par la Revue de l’UPJB. 2) Qu’il « n’appartenait pas au Comité de rédaction » de cette revue.

    Ce qui semble juste … mais souffre d’omissions opportunes. Primo : Henri Goldman est bien un membre imminent de l’UPJB (ce qu’il n’a pas nié). Secundo, cliquez sur ce lien : http://www.upjb.be/IMG/pdf/EditorialPOCdec2010.pdf ; et vous verrez (à la page 2, bas de la colonne située à l’extrême-droite) que le nom de M. Henri Goldman y est renseigné comme « concepteur de la maquette » de la revue de l’UPJB.

    Oui, son nom n’apparaît pas au « Comité de rédaction » mais celui-ci apparaît néanmoins dans ladite Revue. Et pas comme « homme de ménage », si vous voyez ce que je veux dire …

    Bref : Henri Goldman est un membre imminent de l’UPJB qui visionne et à son mot à dire sur le contenu de chaque publication de la revue de l’UPJB dont il a lui-même conçu la maquette. Sur les articles diffamatoires ainsi que le refus illégal de mon droit de réponse, M. Goldman, défenseur de la liberté d’expression, a préféré garder le silence … Contribuant, avec d’autres par ailleurs, à ma censure.

    S’il était « totalement opposé » aux méthodes et écrits diffamatoires de l’UPJB, il fallait s’en dissocier publiquement! Il a eu plus de 2 mois pour le faire. En tant que rédacteur en chef de « Politique » et animateur d’un blog, ce n’était pas chose difficile ?

    Non ! Il a fallu que je vienne l’interpeller ce 28 novembre pour apprendre qu’il se disait « opposé » aux actes répréhensibles et peu glorieux commis par sa revue. « Opposé », mais sans juger utile de les dénoncer ! Tout en discourant ensuite sur la défense de la liberté d’expression devant des étudiants de l’ULB …

    Vous prenez ce double discours comme vous voulez. En ce qui me concerne, j’estime qu’il en va de mon devoir comme de mon honneur de le dénoncer.

    Olivier Mukuna

  6. liliane mathys

    4 janvier 2012 at 3:55

    Il serait intéressant d’inviter Mayer de Princeton pour aborder une histoire critique d’Israël,excellent travail d’historien .Je ne connais pas un musulman ,comme je ne connais pas un juif,comme je ne connais pas un chrétien ni un athée,je connais des hommes et des femmes qui essayent de vivre .J’ai fait une formation avec Monsieur Goldman,Monsieur Staniewsky où mesdames Nurrit Peled et Madame Leila Shadid participaient à l’atelier,dans le cadre d’une université d’été .Ceci envoyé du Liban où le con-fessionalisme règne et oùles voisins syriens et israéliens ne sont guère pacifiques .Bien à vous.Liliane Mathys

  7. Marila

    3 janvier 2015 at 11:50

    Daniboum paye ces impôt en France, pour que nous les chômeur allons voir Dieudonne en spectacle, et que lui dieudonne reverse ces impôt en Afrique, Maroc, Tunisie, Suisse. DaniBoom finance Dieudonne??? C’est a mourir de rire Non?!!!! :-))))) c’est cool la France. Vive la France.

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