Pour leur 10e album, les Red Hot Chili Peppers ont voulu être avec nous

Après presque 10 ans de travail non-stop depuis Californication, enchaînant composition, sortie d’album et tournée mondiale, les Red Hot Chili Peppers semblaient un peu à bout de souffle. Sur la fin de la tournée Stadium Arcadium (2006-2007), on sentait un manque d’énergie, un manque d’envie. Une pause s’imposait. Et chacun avait des priorités différentes. Anthony Kiedis (chant) voulait s’occuper de son jeune fils, Flea (basse) s’est inscrit à l’unif pour suivre des cours de « théorie musicale » et a appris à jouer du piano, John Frusciante (guitare) voulait poursuivre sa carrière solo et Chad Smith (batterie) a continué à jouer avec deux autres groupes, Chickenfoot et les Chad Smith’s Bombastic Meatbats.

En décembre 2009, John annonce qu’il a quitté le groupe depuis 1 an environ. Sans colère ou ressentiment, les autres membres ont accepté sa décision et ont compris qu’il préférait se consacrer à sa carrière solo. Ce départ entraîna une profonde remise en question pour Flea : fallait-il continuer ?

La réponse qu’apporte « I’m With You », 10ème album du groupe, est très claire : OUI.

 

Pochette de Damien Hirst, artiste anglais de renommée internationale.

 

Dans l’ensemble, on retrouve un son plus funk, plus « alternatif » aussi. La structure rythmique des chansons n’est plus aussi délaissée au profit des mélodies aux influences très pop de l’ère Frusciante II (1999-2006). Certes, nous n’assistons pas non plus à un retour au son original du groupe. Dans les années 80, le rythme était la composante principale de leur musique, mélange de punk, de funk et parfois de metal. « I’m With You » opère donc une sorte de rééquilibrage entre rythme et mélodie.

Cet album est une bonne synthèse de tout ce que le groupe a pu faire jusqu’ici. Des chansons nerveuses, bien énergiques, reconquerront les fans de la première heure. D’autres plus calmes, plus mélodieuses et plus proches de ce qu’a fait le groupe ces 10 dernières années, séduiront sans doute un public plus mainstream.

« I’m With You » est un album homogène, consistent, sans gros point faible. Les Chili Peppers sont plus inspirés, et leurs chansons bien plus élaborées que pour leur précédent album « Stadium Arcadium » (double album de 28 titres qui pouvait parfois sembler long et répétitif, même aux plus grands fans).

Habitué à jouer ensemble depuis longtemps, le groupe était rentré dans une sorte de routine. Avec le départ de John, le groupe a perdu du confort et de la sécurité. Mais cela a eu un impact positif sur eux : ils ont dû se renouveler et même parfois, se surpasser.

Au niveau rythmique, la palette du groupe s’élargit et on remarque tout de suite la place importante qui est accordée aux percussions tout au long de l’album. Lenny Castro (Rolling Stones, Eric Clapton, The Mars Volta, etc.) et Mauro Refosco (Atoms For Peace, avec Flea et Thom Yorke entre autres) apportent de la nouveauté, de la fraîcheur. Ils enrichissent encore une section rythmique pourtant déjà riche ; la paire Flea (basse)-Chad Smith (batterie), véritable colonne vertébrale du groupe, est reconnue par beaucoup, et depuis longtemps, comme l’une des meilleures de l’histoire du rock. A noter que les percussions présentes sur le disque, le sont aussi sur scène ! Mauro Refosco accompagne le groupe sur chaque date depuis le début de la tournée.

Niveau guitare, John Frusciante a laissé la place à Josh Klinghoffer, un ami de longue date, avec lequel il a collaboré à plusieurs reprises. Même s’ils ont pas mal de points communs dans la vie, leur jeu de guitare est sensiblement différent. Du moins si on analyse le style « récent » de John (depuis Californication, 1999) : un son propre, précis, imposant, avec de longs solos de virtuose (encore plus particulièrement sur Stadium Arcadium, 2006). Josh a un jeu plus subtil, plus complexe et il se concentre davantage sur les textures que sur les riffs. Il apporte de la jeunesse, de l’énergie, et une nouvelle dynamique au groupe. Il n’y a plus cette sorte de « Frusciante dépendance » en termes de création et de composition. La guitare n’est plus aussi dominante, et donc il y a plus d’espace pour que s’expriment la basse, la batterie et le chant.

Un jeu de guitare en finesse, aux sonorités funky, sans solos interminables et qui laisse de la place aux autres instruments… Voilà une recette qui avait déjà porté le groupe au sommet en 1991, avec l’album Blood Sugar Sex Magik. Souhaitons leur le même succès !

L’album commence avec le très bon « Monarchy Of Roses ». Les premières secondes nous laissent entendre un groupe en train de répéter, de s’échauffer. L’ambiance est plutôt sombre, sérieuse. Mais au bout de 45 secondes, changement total d’univers : une ligne de basse entraînante et une guitare « on ne peut plus » funky nous font voyager dans le monde de la musique. On comprend mieux maintenant pourquoi le titre provisoire du morceau était « Disco Sabbath » : un mélange original et intéressant de riffs à la Black Sabbath, et de rythmes disco. Le morceau a été choisi comme deuxième single, avec une sortie prévue pour le 14/11.

« Brendan’s Death Song » a été la première chanson écrite pour cette album. Lors du 1er jour de répétitions avec Josh (12/10/2009), le groupe a appris la mort de leur ami et biographe, Brendan Mullen. Propriétaire d’un club à Los Angeles, c’est lui qui a offert au groupe son premier concert en 1983. C’est une chanson hommage, mais sans jamais tomber dans le pathos. Les guitares de Josh, les performances vocales d’Anthony ainsi que la prestation de Chad à la batterie font de ce morceau une vraie réussite.

Deux chansons me paraissent cependant un peu en dessous du niveau général de l’album ou en tout cas, nécessitent plusieurs écoutes avant d’être réellement appréciées : « The Adventures Of Rain Dance Maggie » et « Happiness Loves Company ».

« The Adventures Of Rain Dance Maggie » a été choisi comme premier single, sans doute pour son refrain « radio friendly », mais ne reflète pas vraiment l’ambiance générale du disque. A noter tout de même, la solide ligne de basse de Flea.

 

 

« Happiness Loves Company »  est la première composition de la partie « plus mélodique » de l’album. Cette partie comprend quelques chansons essentiellement construites à partir du piano, et véritablement emmenées par celui-ci. Les Chili Peppers ne nous avaient pas habitué à ça, et la première écoute peut être perturbante.

Le piano se fait plus discret sur « Police Station », la chanson semble plus subtile, et plus élaborée musicalement. « Even You Brutus ? » commence aussi avec une partie au piano, mais la sauce prend mieux. La guitare et les voix soutiennent bien la composition.

D’autres morceaux sont clairement au-dessus du niveau général : « Ethiopia », « Look Around » et « Did I Let You Know » pour ne citer qu’eux..

« Ethiopia », c’est le genre de chansons qui une fois rentrées dans votre tête n’en sortent plus ! Une ligne de basse de folie et une partie batterie très « groovy », écrite en 7/8 au lieu du traditionnel 4/4, rendent cette chanson particulièrement intéressante. Inspirée par un voyage qu’ont fait Josh et Flea en Ethiopie, cette compo a été naturellement influencée par la musique africaine.

« Look Around » alterne des couplets calmes dominés par la basse et la batterie, avec un refrain qui explose grâce au son très funk de la guitare. On retrouve cette technique des « changements dynamiques », passant du calme au bruyant et vice-versa, dans plusieurs chansons sur cet album. Des groupes comme Nirvana ou les Pixies ont beaucoup utilisé cette technique et en ont fait une sorte de marque de fabrique. Après 2 minutes intervient un agréable intermède instrumental, sorte de mini-jam. Une bonne surprise qui casse un peu le rythme, et empêche tout risque de monotonie.

« Did I Let You Know » a un groove très entraînant, des influences africaines et latino-américaines qui apportent une luminosité et une chaleur bien particulière. Un gros apport de la trompette et des percussions permet d’enrichir et de diversifier la composition. Le refrain est efficace et les paroles se retiennent facilement.

Site officiel du groupe.

Loïc Buisseret

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1 Comment

  1. Adrien

    19 novembre 2011 at 11:34

    Ce nouvel album des Red Hot est vraiment mou. Il aurait pu être produit par des British en slim!

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