A la recherche des indignés

On nous avait dit qu’ils venaient manifester à Bruxelles ce samedi 15 octobre, et La Pige ne pouvait pas rater ça. Alors, deux reporters armés, l’un d’un micro, l’autre d’un appareil photo, ont arpenté les rues de la capitale à leur recherche. A la recherche de qui, de quoi ? Non pas de l’Arche perdue, mais des indignés bien sûr.

A La Pige, c’est sûr, on a le rythme dans le sang. A tel point qu’on a été trop vite.  Arrivés au Cinquantenaire, là où la manifestation devait se terminer, c’est la police qui nous accueille.

 

 

Mais aucune trace des indignés. Ça peut paraître surprenant mais pour un reportage sur les indignés, on a justement besoin… d’indignés. Nous voilà donc parti à leur recherche. Ce n’est pas sur la police qu’il faut compter pour avoir des informations. Le policier que j’interroge me dit qu’ils sont « en ville » (ah, et vous n’avez pas plus précis ?). Heureusement, on déniche une indignée patiente qui nous explique que la police bloque la Rue de la Loi et que l’itinéraire prévu sera un peu modifié. Ce qui rendra leur recherche encore plus périlleuse. Mais la difficulté, ce n’est pas cela qui inquiète deux reporters indignés. Ni une, ni deux, nous retournons sur nos pas.

Alors que nous approchons de Madou, miracle ! Un petit groupe d’indignés fait le plein de réserve près d’un supermarché. Être indigné, ça creuse.  Mais quoi, vous n’êtes que ça ? « Non non », nous répondent-ils, « les autres arrivent ». Ouf, nous voilà rassurés. En reprenant des forces, Laurent accepte de nous expliquer ce qu’est le mouvement des indignés. Être indigné, c’est bien. Mais indigné contre quoi ?

 

Ecouter Laurent

La Marche des Indignés est une manifestation internationale. Effectivement, ce samedi, les Indignés marchent dans 951 villes de plus de 82 pays.

Laurent poursuit

Et si la police bloque la Rue de la loi ? Laurent a son avis sur la question.

Son avis

Revigorés par cette rencontre inattendue, nous nous remettons à marcher quand soudain :

Entendre les indignés

Pas de doute, voilà les indignés en marche.  Mais, mais… ils sont de l’autre côté du boulevard ! Nous nous mettons à courir dans le tunnel du métro pour aller à leur rencontre. C’est dans ses moments-là, alors que l’on remonte les escaliers du tunnel à toute allure pour dépasser le cortège, qu’on ne regrette pas de ne pas avoir de caméra avec trépied.

Les premiers manifestants brandissent leurs banderoles colorées et crient leurs slogans, le plus souvent en français et en espagnol. Une horde de clowns déchaînés arrivent droit vers nous. Pas vraiment rassurés, nous décidons d’entrer dans le cortège.

 

Slogan

 

Entendre les clowns

 

 

Une première halte a rapidement lieu pour attendre un deuxième groupe de plusieurs centaines de manifestants. L’occasion idéale pour un sitting.

Ecouter le sitting

 

La marche repart alors, avec encore plus de manifestants et accompagnée d’un autre allié de poids, un gros fourgon vert.

Non. Nous n’avons pas trouvé l’Arche Perdue, ni même le célèbre Indiana Jones. Mais nous avons découvert un Joker plus indigné que nature, qui motive la foule tout en lançant de la musique aux basses bien senties.

 

 

Entendre le fourgon

 

Malheureusement, le véhicule connaît une panne technique. Nous poursuivrons notre route sans lui, à pied. En regardant autour de nous, nous pouvons voir que la manifestation regroupe des personnes de tout âge (des familles avec enfants aux personnes âgées), de plusieurs pays européens (Espagne, Italie, France, Pays-Bas, Grèce…) et d’horizons très différents.

 

Ecouter le slogan

Alors que la marche croise l’ambassade d’Espagne, quelques indignés décident de faire un sitting sur le bitume. Un manifestant sonne à l’interphone et quelques mots sont écrits à la craie par terre. Personne ne répond.

Plus loin, un orchestre de rue se met en place et des pas de danse s’improvisent en plein milieu de la marche.

Entendre l’orchestre

Plus surprenant encore, le manifestant Jérôme Nature qui brave le froid bruxellois dans le plus simple appareil.

Nous déboulons dans une artère remplie de banques et d’institutions européennes. Les manifestants en profitent pour détourner les appellations des sociétés, pour taguer des slogans à la peinture ou à la craie. Un petit groupe d’anarchistes cassent une caméra de surveillance pour ensuite se faire chasser par les cris des indignés « no violencia ! pas de violence ! ».

Ecouter le slogan

« No violencia »

 

Un couple montre cette idée de manifestation pacifiste en levant les deux bras en  l’air devant les policiers ou les riverains. Si en Belgique, la manifestation est restée calme, il n’en sera pas de même à Rome, où de violents heurts ont impliqué quelques groupes de manifestants. Un indigné brandit néanmoins une pancarte sur laquelle on peut associer « Sieg Heil » et police, évoquant le fameux slogan de mai 68 : « CRS SS », sans doute pour dénoncer les brutalités policières dont ont été victime plusieurs indignés, notamment en Belgique.

 

 

Lorsque le cortège croise par hasard un groupe en costume-cravate et tailleur qui se dirige dans l’autre sens, des sourires gênés s’échangent, puis des invitations à rejoindre la manifestation, mais aussi quelques hués.

 

Entendre le slogan

Vers 18 heures, la manifestation se rapproche du parc du Cinquantenaire… mais emprunte la mauvaise rue. Il faut toute l’énergie de quelques personnes pour rediriger tout le début du cortège dans l’autre sens.

 

Ecouter le slogan

Point final de la journée, là où avait commencé notre recherche, après quatre heures et demie de marche dans Bruxelles pour les 6.500 indignés. Certains se précipitent pour acheter une gaufre ou des glaces. On a beau être indignés, on peut quand même avoir faim.

Ecouter le slogan

 

C’est là que nous rencontrons Mélanie et son amie, respectivement deuxième et troisième à partir de la gauche sur la photo. Elles nous expliquent pourquoi elles ont manifesté.

Mélanie:

Mélanie nous répond

Son amie:

Son amie également

Stéphane, membre du Parti Pirate, visible de loin avec ses grands drapeaux mauves et blanc, accepte également de nous expliquer pourquoi il manifeste:

Stéphane, du PP nous répond

 

Le soleil se couche et une assemblée générale s’organise pour la soirée, dans le but de débattre, en donnant la parole à qui le souhaite. Un exemple de démocratie directe.

 

Quelques tentes se dressent également, les indignés recevant au même moment l’autorisation de camper pendant deux nuits au Cinquantenaire. Au parc plutôt que dans les locaux saccagés de la HUB. Sans aucun doute l’événement le plus médiatisé cette semaine concernant les indignés, mais certainement pas le plus représentatif  du mouvement. En effet, les responsables seraient des personnes extérieures venues profiter des infrastructures ouvertes à tous et laissées sans réelle surveillance.

 

 

Les indignés espèrent manifester à nouveau ce dimanche 23 octobre. Il s’agira cette fois d’occuper la Rue de la Loi, près du Berlaymont. Au moins cette fois, on saura où les trouver.

 

Article : Cédric Dautinger et Camille Wernaers
Photos : Camille Wernaers

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