Dossier : l’ULB et l’archéologie

« Je suis professeur… seulement à mi-temps » déclare Indiana Jones dans ses aventures archéologiques. L’ULB organise également des voyages de recherche à travers le monde ! Entre les temples aux pièges mortels et les interminables dépoussiérages de déserts, quelle est vraiment la réalité du terrain ? La Pige est partie à la rencontre des membres de l’ULB qui partent aux quatre coins de la planète pour nous éclairer sur le passé de l’humanité.

On pourrait croire le contraire mais il semblerait que l’archéologie intéresse beaucoup de personnes. Les grandes découvertes archéologiques sont relayées par les médias du monde entier et l’archéologie est un thème populaire utilisé dans les films, séries, livres et même jeux vidéo. L’engouement et la demande du public sont en augmentation depuis une dizaine d’années avec les grosses productions documentaires (par exemple de la BBC) et les séries se basant sur des événements historiques (Rome, Spartacus, The Tudors…). C’est une forme de communication plus agréable et divertissante, loin des présentations de chercheurs s’aidant d’un tableau. Bien sûr, l’exactitude historique est souvent mise de côté mais un plus large public s’intéresse désormais à ces sujets d’habitude réservés aux manuels scolaires et livres spécialisés. L’ULB n’est pas en reste avec des publications, conférences et missions s’articulant autour des cours d’archéologie mais aussi ouvertes au public. Le nouveau Master en Archéologie et Arts Précolombiens, disponible à la rentrée 2011, en est la preuve.

En Egypte, au Pérou, en Crète, en Belgique et ailleurs, les missions du Centre de Recherches en Archéologique et Patrimoine de l’ULB (CReA-Patrimoine), sont bien souvent méconnues du public. Cette unité de recherche fondée en 2001, rattachée à la Faculté de Philosophie et Lettres, fait partie de ses dix pôles de recherche (restructurés depuis peu).

 

 

Laurent Bavay, professeur assistant titulaire de la chaire d’Archéologie Égyptienne depuis 2008 et directeur du CReA-Patrimoine depuis trois ans nous a ouvert ses portes.

 

- Tout d’abord, qu’est-ce que le CReA-Patrimoine ?

« Le centre CReA-Patrimoine fédère toutes les recherches archéologiques à l’ULB. Notre activité est de fédérer ces programmes, d’apporter un soutient et un support avec notamment du matériel (parfois très coûteux) disponible ici pour les chercheurs ainsi que des services comme notre cellule infographie, nos publications, plans de fouilles et dessins de recherche. »

 

-En quoi consistent le travail et les missions du CReA-Patrimoine ?

 

« Parmi les projets regroupés au sein du CReA-Patrimoine, il y a d’une part l’archéologie programmée : les programmes de recherches donnés et dirigés par des académiques, que ce soit en Belgique ou à l’étranger. Et d’autre part, l’archéologie préventive qui est menée à la demande des pouvoirs publics pour assurer l’enregistrement, la documentation, l’étude archéologique de sites avant leurs destructions ou modifications notables (par exemple, construire un parking à Bruxelles sur un terrain qu’il faut répertorier). Les pouvoirs publics n’ont pas toujours les moyens ou les ressources humaines pour assurer ces recherches et donc, sous-traitent en quelque sorte ces travaux à nos équipes. CReA-Patrimoine assure donc deux missions, celle de la recherche et celle de l’aide à la collectivité. En ce qui concerne l’enseignement, il est pris en charge par la filière Histoire de l’Art et Archéologie. »

 

-Comment se lance un projet de mission archéologique ?

 

« Les projets de recherche sont à l’initiative des enseignants. Quand un académique vient nous voir avec un projet de mission archéologique, on va assurer un soutient au projet via notre matériel et nos cellules (infographie et autre). Le Bureau du CReA-Patrimoine est composé d’ académiques temps plein rattachés au CReA-Patrimoine, de délégués scientifiques, de délégués de chercheurs sous contrat… en tout treize personnes réunies une fois par mois ou tout les deux mois. On sélectionne les aides financières car un programme archéologique coûte très cher et on ne peut pas multiplier à l’infini les recherches. L’aide financière de l’ULB ne suffit d’ailleurs pas, chacun des promoteurs de l’ULB va chercher des financements auprès du FNRS, des ministères ou d’organismes privés. L’organisation pratique (billets d’avion, réunions d’équipe, etc.) est la responsabilité des porteurs et promoteurs de chaque projet. »

 

-Les étudiants sont-ils directement impliqués dans les expéditions du CReA-Patrimoine ?

« Les étudiants sont intégrés dans les projets de recherche dès les MA. La participation des étudiants aux voyages se fait pratiquement toujours sauf dans certains cas pour des raisons financières ou techniques mais c’est plutôt rare. C’est l’occasion pour les étudiants de s’inscrire et de participer à des projets professionnels. Ce sont des chantiers qui ne sont pas d’écolage, destinés à former les étudiants. »

 

-En quoi consistent ces chantiers d’écolage et comment l’ULB forme ses étudiants à travailler sur des sites archéologiques ?

 

« L’archéologie nécessite une formation sur le terrain, assurée en BA, sur trois de nos chantiers écoles (qui sont de vrais chantiers archéologiques) où on ne subit pas les impératifs de rendement et d’efficacité pour pouvoir se concentrer pleinement sur l’apprentissage. On s’y assure que les étudiants apprennent à faire des relevés à l’échelle, des plans, des coupes, à gérer le matériel, à fouiller, à dresser un plan topographique avec les outils de chantier. Ces chantiers ont lieu pendant l’été et se situent tant en Belgique qu’en France avec par exemple une grotte du paléolithique ou un site de l’époque de la guerre des Gaules. »

 

-Nous sommes dans une période de crise. Est-ce que les études en archéologie connaissent une baisse d’inscription et qu’est-ce qui motive les jeunes à s’engager dans cette voie ?

 

« On ne peut pas du tout parler de crise pour ces études car chaque année, le nombre d’inscrits dans la filière d’Histoire de l’Art (qui comprend aussi les études d’archéologie) augmente. C’est d’ailleurs la deuxième filière de Philosophie et Lettres après Information et Communication. Un des éléments qui explique cela est que les filières qui débouchent automatiquement sur un emploi bien précis et bien identifié sont de moins en moins nombreuses, surtout avec la crise actuelle. Les études en Histoire de l’Art ou en Archéologie sont des ouvertures générales qui sont évidemment de très bonnes formations pour les étudiants. L’université apprend une méthode de travail. On apprend à apprendre. Et ce que recherchent beaucoup d’entreprises, ce ne sont pas tant les compétences acquises dans un domaine particulier que les capacités des étudiants à apprendre une technique de travail avec rigueur. Beaucoup de nos anciens étudiants continuent dans la recherche, trouvent des emplois dans des domaines parfois très éloignés de l’histoire de l’art ou de l’archéologie. Mais ils possèdent un bagage certain dans ces domaines et une certaine sensibilité qui fait qu’ils sont particulièrement appréciés dans le marché de l’art. Quand le marché de l’emploi est incertain, autant faire des choses qui vous plaisent. »

 

-A travers ce dossier, nos lecteurs découvrent les expéditions archéologiques de l’ULB. Quels sont les points forts du CReA-Patrimoine dans ce domaine de recherche ?

 

« Un des points forts de l’ULB dans le domaine de l’archéologie en Belgique, et nous en sommes très fiers, c’est la nature des chantiers sur lesquels on travaille. Apamée est une énorme ville antique, capitale de la province de Syrie dans l’Empire Romain et il y a là des découvertes assez exceptionnelles comme des thermes et bains dans un état de conservation presque parfait. D’autres sites comme Thèbes et Louxor sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il ne s’agit pas que de projets de recherche mais aussi d’aventures humaines. D’abord pour les chercheurs car on se retrouve dans des régions comme le Pérou, la Grèce ou la Syrie qui nous confrontent à des cultures différentes et méconnues. L’angle d’approche de ces cultures est alors tout à fait différent de la voie « classique » du tourisme. On découvre un côté beaucoup plus authentique des pays visités. Tout ces gens qui travaillent et nous aident font partie de la famille, ils collaborent avec nous parfois depuis trente ans ! Une autre dimension est sociale, un projet peut employer une cinquantaine d’ouvriers locaux qui sont très compétents mais malheureusement sans emploi. En Égypte, 40% de la population vit avec moins de deux dollars par jour ! On peut donc dire que nos projets ont une réelle dimension sociale. Tout ce qui est acheté l’est sur place, tout ce qui est consommé aussi. »


 

Aujourd’hui, un projet archéologique est par essence  un projet d’équipe pluri et multidisciplinaire. Une équipe d’environ 25-28 chercheurs comprend bien sur des chercheurs de l’ULB mais aussi des collaborations internationales ou locales (d’autres universités par exemple). Des spécialistes du monde entier se regroupent pour travailler.

 

RAPIDE TOUR DU MONDE DES PROGRAMMES ARCHÉOLOGIQUES DE L’ULB :

 

-Égypte

Les fouilles de l’ULB en Égypte concernent des lieux mythiques, proches de la Vallée des Rois, à Thèbes (abritant de nombreuses tombes, capitale religieuse de Égypte antique pendant deux millénaires). Bien que l’Égypte fût surtout au cœur de l’actualité internationale ces derniers temps pour sa révolte sociale, elle reste une terre qui fait rêver. Impossible de ne pas penser aux pharaons et aux pyramides. L’exposition bruxelloise sur les trésors découverts dans la tombe de Toutankhamon montre bien l’engouement du public pour ces découvertes archéologiques. Les connaissances que nous avons de cette civilisation n’existeraient pas sans le travail des archéologues et il reste encore beaucoup de choses à découvrir.

 

-Syrie

L’ULB était présente sur place, ainsi que d’autres universités d’Europe, depuis 1992 dans le cadre du projet archéologique euro-syrien de Tell Beydar. Cette ville mésopotamienne abritait un quartier dans le nord, que l’ULB étudiait afin d’en apprendre plus sur les modes de vie des habitants qui vivaient là, 3000 ans avant Jésus Christ. Par extension, une dizaine d’autres sites archéologiques sont apparus dans la zone géographique entourant Tell Beydar, et là encore, l’ULB fut présente. Au-delà des ruines, les archéologues étudiaient des arts rupestres sur des roches ou des tombeaux.

Dans un autre lieu de Syrie, l’ULB travaille également sur le site archéologique d’Apamée, étudié depuis 1928 par la Belgique. On pense que la ville fut la capitale d’un ancien royaume qui a côtoyé les égyptiens des pharaons et les hittites. Apamée fut occupée par les différents pouvoirs en Syrie, des Perses à Alexandre le Grand puis aux romains. Elle ne fut finalement abandonnée qu’au Moyen Age ! On comprend dès lors l’intérêt des archéologues à fouiller et dégager les bâtiments pour déceler des traces de toutes ces périodes historiques. L’ULB y contribue depuis 1965 et la découverte de thermes dans un particulièrement bon état de conservation a suscité l’intérêt du monde entier.

 

 

 

-Niger

 

Le Niger est le théâtre d’un projet d’envergure pour l’ULB : cartographier, documenter et reconstituer l’histoire récente des traditions céramiques du Niger pour réaliser un Atlas via une approche comparatiste et ethnographique. A la demande des autorités scientifiques et politiques du Niger, l’Atlas vise à documenter et valoriser le patrimoine du pays en ciblant un très large public. En effet, la poterie est encore un artisanat très répandu et très développé au Niger, alors que les plus anciens vestiges de poteries africaines (10 000 avant Jésus Christ) ont été découverts dans ce pays.

Le projet met l’accent sur la caractérisation des chaînes opératoires et le contexte social et économique de l’activité mais se démarque d’autres études du même genre en étudiant un territoire beaucoup plus vaste que d’habitude et en privilégiant le côté historique des traditions céramiques dans l’Atlas.

-Pérou

A une trentaine de kilomètres au sud de Lima se dresse le gigantesque site préhispanique de Pachacamac. Avec ses presque 600 hectares de superficie, il est considéré comme l’un des sites les plus importants des Andes Centrales. Aussi connu que le Machu Picchu ou les Lignes de la Pampa de Nazca, Pachacamac est étudié par l’ULB chaque année, depuis 1999, dans le cadre du projet Ychsma (ancien nom du site).

Si le nom de Pachacamac ne vous semble pas inconnu, c’est sans doute grâce à l’album de Tintin, le Temple du Soleil. Il s’agit en réalité du patronyme du dieu inca créateur des peuples établis le long des côtes du Pérou. En quechua, Pachacamac signifie d’ailleurs « créateur du monde ». Il n’est donc pas étonnant de retrouver sur le site plusieurs constructions imposantes (comme le Temple du Soleil) de cette ville qui occupa à différents moments dans le temps les fonctions de centre religieux, de carrefour commercial et de centre administratif.

Le Projet Ychsma, co-dirigé par Peter Eeckhout (Professeur en Histoire de l’Art et Archéologie à l’ULB) et Carlos Farfán Lobatón (Profesor de Arqueología, Universidad Nacional Federico Villareal, Lima), a pour vocation la recherche scientifique, mais aussi la formation des étudiants et jeunes archéologues ainsi que la mise en valeur du site de Pachacamac.

 

 

Site officiel du projet Ychsma.

Témoignage de Peter Eeckhout:

httpv://www.youtube.com/watch?v=Xrj20hJk0gY

-Grèce

 

La ville portuaire d’Itanos,  située dans le nord-est de la Crète, accueillait un temple d’Athéna et l’ULB, en collaboration avec la Grèce et d’autres universités, tente de reconstituer l’évolution de l’antique cité. Le site est une aubaine pour les archéologues pour deux raisons ; d’une part, ils connaissent via des documents les frontières d’Itanos et évitent donc de chercher à l’aveuglette et, d’autre part, le site est resté presque vierge de par l’absence d’occupation humaine ultérieure (mis à part un monastère). De plus, la situation de la ville et son rôle portuaire laissent présager des traces d’échanges entre les différents peuples du bassin méditerranéen de l’époque.

http://prospection-itanos.efa.gr/

-Espagne

La grotte d’El Castillo dans le nord de l’Espagne est l’un des sites majeurs de la préhistoire en Europe. Les peintures et gravures murales avaient déjà été répertoriées en 1912 mais il est désormais nécessaire d’actualiser ce travail pour répondre aux exigences de la recherche dans ce domaine. L’étude de la grotte par l’ULB se compose, d’une part, d’un réexamen complet des parois afin de constituer un corpus exhaustif et, d’autre part, de recenser la totalité des peintures et gravures. Celles-ci  sont étudiées, enregistrées et photographiées pour en garder une trace moderne.

 

-Italie

 

Le forum d’Alba Fucens a été mis au jour par l’ULB sur un site de la ville du même nom. Une présentation Powerpoint, réalisée pour présenter les résultats du projet, est disponible en suivant ce lien.

 

-Belgique

Notre plat pays n’est pas en reste avec pas moins de huit missions de recherche. Plusieurs grottes sont fouillées, parfois régulièrement, par l’ULB comme celle du Tiène des Maulins (un ancien abri de la préhistoire), le Trou de la Leuve à Sinsin (grotte sépulcrale de l’âge du Bronze final), la Bouche des Enfers (âge du Bronze, parmi les fameuses grottes de Han-sur-Lesse). Mais figurent aussi dans la liste des lieux de fouille : la fortification d’Olloy-sur-Viroin (âge du Fer), la villa gallo-romaine du Champ de St-Eloi à Merbes-le-Château, le sanctuaire de Blicquy et de Matagne-la-Grande (lieux de culte respectivement de l’époque gauloise et gallo-romaine) ou le château de Chimay. La CReA-Patrimoine aide également la Région Wallonne dans une collaboration étroite avec son service de l’archéologie.

 

 

Plus d’information :

-Site du CREA-PATRIMOINE

Un grand merci à Laurent Bavay du CReA-Patrimoine pour les photos.

Cédric  Dautinger

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