La Faculté Solvay et l’ULB en général, antisémites ?

Une nouvelle semaine qui commence, avec son réveil difficile du lundi matin. Et une mauvaise surprise sur la toile, j’y lis que l’ULB serait antisémite. En cause : un article du journal Caducée du cercle Solvay, intitulé « Quelle religion choisir ? ». Prenons du recul pour analyser « l’événement ». La Faculté Solvay serait-elle antisémite ? Ou alors, comment expliquer ce texte déplacé ? La Pige enquête pour répondre à une autre question : l’ULB est-elle antisémite ? Réponse  dans notre dossier en deux parties.

1. L’article qui relance le débat.

Voici donc l’extrait incriminé : « Votre jeunesse a été bercée par les aventures de Minus et Cortex et vous voulez rejoindre le mouvement international dont le dessein secret est de dominer le monde ? Vous vous êtes inscrits à Solvay car la simple évocation de l’Or fait battre votre cœur au rythme des pièces sonnantes et trébuchantes que vous cachez dans la sacoche portée autour de votre cou ? Vous trouvez votre penne has-been et vous voulez opter pour un couvre-chef beaucoup plus compact, j’ai nommé la Kippah ? Ne cherchez plus, direction les fours polonais, la synagogue du quartier où le rabbin vous expliquera les démarches nécessaires ! Tout comme pour les musulmans d’ailleurs, attendez-vous à ce qu’ils cherchent à soustraire une partie de votre bijou familial. ».

Il est vrai que les journaux de cercle sont parfois (en tout cas, trop souvent) des torchons à l’humour graveleux et très douteux. Cet extrait, même pris au deuxième degré, est choquant pour plusieurs raisons. L’humour ne justifie sans doute pas l’usage de la thèse du « Protocole des Sages de Sion », la référence aux fours allemands (ils n’étaient pas polonais, comme s’en plaint la Pologne régulièrement), le cliché de l’avidité des juifs ou la moquerie sur la circoncision. Comparer les juifs aux souris Minus et Cortex est également osé et dangereux. Utilisée de cette façon, la métaphore fait plus penser à « Mein Kampf » (où les juifs sont comparés aux rats) qu’au chef-d’œuvre « Maus » (où les juifs sont des souris).

Cependant, l’ULB n’est en rien responsable des publications des cercles. Les articles sont rédigés en interne, par des étudiants, et la responsabilité de leur diffusion revient au président de cercle : Gauthier Roelants de Stappers. Celui-ci s’est rapidement excusé dans une lettre adressée à l’Union des Étudiants Juifs de Belgique et la référence à la Shoah a été retirée de l’édition en ligne. Voici un passage de sa lettre : « Le Cercle Solvay s’excuse auprès des personnes qui se sont senties offensées par cet article qui a pu heurter la sensibilité de certains… », où l’on se demande quel genre de personnes peut franchement rigoler en lisant ce texte. Sans devoir aller jusque devant les tribunaux, une démission du rédacteur aurait été la bienvenue.

Notons que le texte (réservé aux membres sur internet) n’est pas en reste sur les autres religions, je cite l’extrait sur l’Islam par exemple. « Si vous êtes un adolescent prépubère encore à des années-lumière d’avoir butiné sa première fleur, l’Islam vous intéressera peut-être. Ce qu’on vous promet, c’est 70 vierges en chaleur pour satisfaire vos désirs d’orgie éternelle. Mais si ce que vous voulez c’est profiter des nombreux services de la Pint’House, c’est perdu d’avance. La bière du bar ne sera plus qu’un lointain souvenir et le sandwich rosbif-chips de Missé (qui n’est certainement pas très halal) n’infectera jamais plus votre estomac. Néanmoins, il me semble que vous pouvez toujours lire des BDs et jouer à la Wii. Petit Bonus : Si vous sortez avec une moche, vous pourrez la dissimuler sous une Burqa dernier cri. »

Rousseau Sylvain, étudiant en MA1 à Solvay, nous explique son point de vue : « Bien que je comprenne et respecte la sensibilité de chacun ainsi que ses croyances, ne perdons pas de vue qu’il s’agit d’une revue satirique. Le but y est de choquer, faire rire et parfois, jouer sur la corde de l’insolence. Ensuite, je sais que le président du cercle ainsi que l’auteur de l’article se sont excusés et ont clairement montré que leur intention n’était en aucun cas de faire passer un message antisémite afin de réveiller des vieux démons ou de défendre une position scandaleuse qui n’est certainement pas celle de Solvay. Cependant, il est vrai néanmoins qu’il faut rester vigilant. Même derrière les bonnes intentions, l’inconscient peut nous faire dire et ensuite accepter passivement des messages qui pourraient s’avérer nuisibles dans l’avenir. Néanmoins, une dernière remarque beaucoup moins fondée mais pas des moindres, pourrait se baser sur la présence relativement nombreuse de juifs à Solvay. Ils sont pleinement intégrés et participent autant que les autres à la vie universitaire sous toutes ses déclinaisons. » On se rassure sur un point, tous les étudiants de Solvay ne sont donc pas tombés sur la tête.

Alors, il ne s’agit que d’une mauvaise blague ? On espère que oui. Mais ce n’est pas acceptable, surtout après relecture avant publication. Rire d’une religion est, heureusement, autorisé de nos jours mais rire d’un génocide est honteux. Mais une question plus gênante, soulevée par l’article du cercle Solvay, concerne la banalisation de l’antisémitisme. Touche-t-elle notre université?

A suivre dans la deuxième partie de notre enquête: L’ULB est-elle antisémite ?

7 Comments

  1. Adrien

    7 avril 2011 at 2:11

    A Liège , quand j’ai dit à une personne que j’étais étudiant à l’ULB il a répondu texto « Ah oui ,l’université juive et francmaçonne! » Intriguant non ?

    Quant au fait que l’ULB et la fac solvay soient antisémites ,je ne crois pas . Mais il faut constater que ce genre d’idées connaît une recrue d’essence dans la société y compris dans les milieux intellectuels bcbg laïques et libéraux mais surtout chez des nostalgiques de l’Ordre nouveau nazi dixit Marc Abramovicz chercheur à l’ULB et, enfant de Juifs cachés en Belgique pendant la seconde mondiale et çà s’est inquiétant

  2. Michèle bRoze

    7 avril 2011 at 5:28

    Il faut avouer que cela n’est pas non très intelligent pour les femmes… Ce brave humoriste a réussi à irriter pas mal de monde, avec sa « petite blague ». Mais c’est un gamin, il n’a pas réfléchi!

  3. LL

    8 avril 2011 at 9:54

    Quelle tempête dans un verre d’eau.

    « Recrue d’essence », pas mal, je ne l’avais jamais lue celle-là.

    « Il est vrai que les journaux de cercle sont parfois (en tout cas, trop souvent) des torchons à l’humour graveleux et très douteux. »
    « Rire d’une religion est, heureusement, autorisé de nos jours mais rire d’un génocide est honteux. »

    Ce qui est douteux, c’est le ton moralisateur de cet article. Vous n’appréciez pas l’humour noir et la satire. Jusque là OK, c’est une question de goût.

    Mais de là à nous dire quels sont les sujets avec lesquels il est autorisé de rire ou pas… Selon votre raisonnement, on peut « heureusement » rire des religions. Combien de gens sont morts suite aux guerres de religion dans le monde ? Et combien de croyants sont blessés par cet humour ? Pourquoi pourrait-on rire de certains sujets et pas d’autres ?

    Soit on peut rire de tout, soit on ne peut rire de rien.

  4. LaPige.be

    8 avril 2011 at 11:02

    Cher anonyme, aucunes guerres de religion (ou massacres au nom de la religion) ne furent provoquées à cause de l’humour. Il ne s’agit pas de dénoncer un humour interdit mais bien de démontrer clairement (surtout dans la deuxième partie du dossier qui arrive) que se moquer du judaïsme n’a RIEN à voir avec le fait de véhiculer « pour rire » des clichés antisémites et une banalisation de la Shoa. L’article du Caducée ne se moque pas du shabbat ou du port de la kippah, mais bien du cliché du juif radin et du sort de plus de 6.000.000 de morts.

    La liberté d’expression et le libre-examen sont deux valeurs fondamentales de l’ULB mais ne justifient pas certains comportements. Cet humour dont vous parlez a disparu dans les années 90, où les sketches sur les nègres ou l’holocauste étaient bien vus.

  5. LL

    9 avril 2011 at 4:05

    Vous n’avez pas compris mon argument : pourquoi serait-il d’un côté permis de rire de la religion, croyances causant nombre de guerres et de morts dans le monde, -blessant par la même occasion les croyants de cette religion- et interdit, de l’autre côté, de rire d’un génocide ? Pourquoi cette différence ? Prenons les caricatures de Mahomet par exemple. On lui fout une bombe en guise de turban sur la tête, appuyant le cliché musulman = terroriste. Ce qui blesse des million de musulmans dans le monde. Faut-il interdire ce genre de dessin ou l’autoriser ? Si vous penser qu’il faut l’interdire, alors vous ne défendez pas la liberté d’expression. Si cette expression est limitée, elle n’est plus libre.

    Prenons l’exemple de Chomsky. Intellectuel juif américain, Chomsky a signé une pétition pour défendre la liberté d’expression du Français Robert Faurisson, professeur de littérature à l’Université de Lyon ayant nié l’existence des chambre à gaz. Chomsky n’est pas nazi, antisémite ou quoi que ce soit. Il défend simplement la liberté d’expression.

    Les sketches sur les nègres ou sur l’holocauste n’étaient pas spécialement bien vus : on vivait surtout dans une époque où le politiquement correct n’était pas aussi omniprésent qu’aujourd’hui. Et les gens savaient faire la part des choses. Aujourd’hui on les infantilise, on leur dit quoi penser, que faire. C’est une triste époque.

  6. LaPige.be

    10 avril 2011 at 12:19

    C’est une réflexion et un débat très intéressant! Quelles seraient les limites de la liberté d’expression et de l’acceptable? Vaste question à laquelle nous ne prétendons pas détenir la solution ultime.

  7. anon

    23 mai 2011 at 1:38

    J’ajoute qu’il y a ces dernières décennies une victimisations de la part d’un pan de la communauté juive. Le devoir de mémoire de la Shoah ne disparait pas et pourtant, certains continuent à voir le mal partout en stigmatisant les faits, gestes et dires de tout le monde. J’en prends pour exemple le site « http://www.antisemitisme.be/site/index.asp?language=FR » qui recense tous les actes antisémites commis. Je ne pense pas que les tenanciers des autres religions vont jusqu’à tenir un compte annuel des choses qui peuvent être dites à leur encontre. C’est une des raisons pour lesquelles je ne diffuse pas mon nom ici, c’est pour ne pas être taxé d’antisémite seulement parce que je trouve que certains exagèrent dans l’oppression qu’ils disent subir. Je suis très loin d’être antisémite.

    Pour revenir à cet article, la partie concernant le judaïsme est d’ailleurs la seule relevée par la communauté juive et les médias. Personne n’a relevé la partie sur l’islam ou sur le catholicisme qui ne sont pourtant pas non plus des plus sympathiques. Non parce que tout le monde en rit, même les premiers concernés. Alors pourquoi une certaine partie de la communauté juive n’accepte pas cet humour ? La réponse est toujours la même : « Au nom des 6 millions de morts exécutés durant la seconde guerre mondiale ». Je dis d’accord, mais l’humour n’est-il pas aussi un des gardiens de la mémoire ?

    Desproges disait « On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde ». Hé bien je trouve cela vraiment dommage.

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