La crise au CA et la démission de l’ancien recteur de l’ULB pour les nuls

Didier Viviers est  le nouveau recteur de l’ULB. Il succède à Philippe Vincke, dont la démission au lendemain du premier Conseil d’Administration de l’année académique, le 21 septembre dernier, avait fait grand bruit. Viviers achèvera le mandat de son prédécesseur, qui court jusqu’au 14 décembre 2012. Après cette date, il sera rééligible pour un mandat de quatre ans.

Cet événement découle d’une crise très grave à l’ULB, qui pourrait avoir un impact sur le vote du 17 janvier pour la présidence du CA. Recteur, président, CA… tout cela n’est pas très clair… La Pige vous propose son dossier explicatif.

1. Qu’est-ce que le Conseil d’Administration ?

Le Conseil d’Administration (CA) a pour rôle de voter toutes les propositions et décisions concernant l’ULB, y compris celles des facultés. Ce contrôle est parfois délégué à des commissions, mais le CA reste l’organe décisionnel au sommet de l’université.

Le CA se compose de 43 sièges. On y trouve :

- le recteur et un pro-recteur

- un président et un vice-président

- huit doyens de facultés

- des représentants du corps académique ou scientifique, du personnel administratif, de technique de gestion et spécialisé (PATGS)

- des représentants étudiants

- des membres cooptés

- un membre élu par l’Union des anciens étudiants et un représentant des entités d’enseignements et de recherche

 

2. Comment expliquer la crise actuelle au CA et quelle est son ampleur ?

Depuis l’élection de l’an dernier, on a observé une division du CA en deux « clans » : le doyen et la plupart des académiques d’une part, la majorité des autres membres regroupés au sein du groupe Interfac d’autre part. Le meneur de ce groupe Interfac n’est autre que le vice-président actuel du CA : Fabrizio Bucella, également candidat à la succession du président du CA (qui aura lieu en janvier prochain). L’actuel président du CA est Jean-Louis Vanherweghem.
Luttant officiellement contre la volonté de Vincke de renforcer le pouvoir du recteur et des doyens au sein du CA, le groupe Interfac est désormais majoritaire à 65% (28 sièges sur 43).

Le changement principal semble être un basculement du consensus par la discussion, où les votes ne servaient qu’à confirmer la décision préalable du CA, à une majorité qui peut tenter d’imposer sa vision (que le doyen et les professeurs doivent avoir moins de pouvoir) par la force de la majorité. Notons que les conseils facultaires ont voté des motions condamnant les dérives ayant eu lieu au CA et que certains d’entre eux avaient même demandé la démission de ses membres et l’organisation d’élections pour lui rendre sa crédibilité.

Une telle crise n’était pas arrivée depuis Mai ‘68 et un point d’orgue fut atteint lors de la séance du CA du 18 octobre 2010, où près de 500 membres de la communauté universitaire ont manifesté et envahi la salle de réunion pour exiger la démission de tous les membres du CA. Deux grandes étapes se profilaient alors : l’élection du nouveau recteur (c’est chose faite) et l’élection du nouveau président du CA, le 17 janvier.

3. Comment expliquer la démission soudaine de l’ancien recteur Philippe Vincke ?

Celui-ci déclarait dans Le Soir : « J’ai démissionné parce que notre Conseil d’administration, aujourd’hui, est gangrené par cette logique de clans qui, en fin de comptes, bloque l’institution ».

Vincke évoquait le vote négatif du CA portant sur deux des cinq noms proposés, dans le cadre de son nouveau mandat, aux postes de vice-recteurs : Cécile van de Leemput, candidate au poste de vice-recteur aux affaires wallonnes et Philippe Bouillard, candidat au poste de vice-recteur aux affaires académiques.

Le refus pour le choix de la première avait été motivé par son manque d’efficacité dans le dossier de la fusion entre l’ULB et l’Université de Mons-Hainaut (on en reparle plus loin). Quand au deuxième, sa candidature aurait été rejetée à cause des désaccords trop fréquents avec le corps étudiant sur de nombreux dossiers. La situation de blocage fut le prétexte de la démission du recteur.

L’ancien recteur ajoute que sa démission est « une manière de dénoncer les dérives » causées par certaines ambitions personnelles ayant mené à la division du CA en deux clans. La liste Interfac est visée pour sa majorité permettant à ses membres de prendre le contrôle des décisions prises au CA.

Le groupe Interfac estime cependant que cette démission est le fruit d’un rapport de forces instauré par l’ancien recteur, mais qui s’était retourné contre lui.

Les représentants Interfac ripostent rapidement en dénonçant ce qu’ils estiment être une campagne de diffamation et de calomnie menée contre Fabrizio Bucella et Gregory Lewkowicz (représentant du corps scientifique et du PATGS réunis). «Ils sont présentés comme des ennemis abominables, des scélérats, sources de tous les maux dont souffre notre université, ces deux administrateurs ont un tort: celui de ne pas partager toujours les opinions de l’establishment (recteur, doyens et liste académique)» expliquent les signataires Interfac dans un courriel.

Le groupe académique classique accuse donc le groupe Interfac d’être sous la coupe d’un « Iznogoud » souhaitant à tout prix devenir président du CA, et d’être animé par une logique de consignes de votes au CA. Les partisans d’Interfac parlent plutôt d’une recherche de reconnaissance dans le conseil des étudiants administrateurs, considérés, selon eux, comme de moindre importance.

Heureusement, Didier Viviers déclarait dans une interview au Soir : « Le rôle du recteur est aussi un rôle de médiateur qui me mettra en contact avec les différents corps et membres du CA. Je compte donc les rencontrer. ». Une ouverture au dialogue ?
4. Comment expliquer l’énorme taux de participation et l’écart de voix entre le gagnant et Pascal Delwit?

L’élection du nouveau recteur Didier Viviers a rassemblé 834 votants sur les 1055 inscrits du corps académique sur les listes, soit environ 79% de participation. Un taux énorme, que l’on qualifie volontiers de record depuis 40 ans à l’ULB ! Notons que les deux candidats sont issus des Sciences Humaines pour respecter le principe d’alternance avec les Sciences Dures.

L’écart des voix, pour rappel 633 voix contre 173, peut s’expliquer pour plusieurs raisons.

Tout d’abord par le parcours solide de Didier Viviers en tant que doyen de la faculté de Philosophie et Lettres. Il a su faire passer d’importants changements relativement vite. On songe à la réforme des centres de recherche (on est passé de 56 à 10 centres regroupant la totalité des chercheurs de la faculté) permettant de constituer des dossiers plus forts pour obtenir de meilleurs financements avec un budget plus important. Mais aussi aux dernières réformes des programmes (l’adaptation de Bologne, soit le passage du nombre d’années d’étude de quatre à cinq et la constitution du nouveau programme avec un tronc commun solide et des cours à 5 ECTS ou d’autres multiples de 5).

De plus, « Dans cette élection, c’était une nouveauté, les deux candidats ont mis à disposition de l’ensemble de l’électorat, et même au-delà, tous les documents qui étaient nécessaires pour se faire une opinion. Je ne peux que considérer que les électeurs ont consulté les programmes et se sont fait une opinion avant de voter. Bien sûr, il y a aussi des sensibilités, des approches et des postures différentes chez chacun » expliquait Didier Viviers, toujours dans le journal Le Soir. Cette nouveauté se voyait surtout sur les sites internet des candidats, où Viviers avait une longueur d’avance.

Pour Pascal Delwit, son bilan en tant que doyen durant quatre ans paraît plus négatif. Il a du faire face à l’intégration de Solvay en SOCO puis au départ de Solvay de cette même SOCO, emportant les Sciences Economiques au passage. Et le fait d’être le politologue attitré de la chaîne privée RTL, de faire « copain-copain » avec les politiciens et politiciennes, n’arrangent pas les choses quand l’ULB a la volonté affichée de se dépolitiser.

A consulter pour plus d’informations :

1) http://ulbencrise.wordpress.com/

Blog collectif interfacultaire de plusieurs membres du corps scientifique qui ne s’estiment plus représentés par la délégation actuelle du corps scientifique au CA de l’ULB, dite liste « Interfac ». Les articles du Soir contenant les citations y sont consultables via les archives.

2) Supprimé

Le site officiel de la délégation Interfac.

3) Le Petit Spartakus

Premier numéro (décembre) du nouveau journal syndical étudiant de la FGTB, surtout leur article sur les enjeux de la crise pour les étudiants.

Cédric Dautinger

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