Fusion Cambre-Horta

Un processus d’intégration de tous les Instituts supérieurs d’architecture de la Communauté française de Belgique au sein des universités est lancé depuis septembre 2008. C’est pourquoi l’Institut supérieur d’architecture Victor Horta et l’Institut supérieur d’architecture de la Communauté française La Cambre ont fusionné.

 Un bref historique nous éclaire sur l’importance et la renommé que peut prendre la nouvelle Faculté. L’Institut Victor Horta est héritière de l’enseignement de l’Académie des Beaux-arts de Bruxelles et fut réformé au début du XXe siècle sous la direction du fameux architecte belge.  La Cambre est issu de l’Ecole nationale supérieure d’architecture et des arts décoratifs créée en 1926 par Henry van de Velde, également reconnu.

 La nouvelle Faculté d’architecture de l’Université Libre de Bruxelles est le fruit de la réunion de ces deux Instituts supérieurs. La construction d’un nouveau bâtiment est prévue pour accueillir les étudiants en architecture sur le campus du Solbosch. Ce ne sera pas un luxe quand on sait que les locaux actuels de Victor Horta, abritant les MA, est un préfabriqué qui ne devait durer que provisoirement. La fusion se fait évidemment par étapes : elle est entièrement effective pour les bacheliers cette année mais ne le sera qu’en 2011-2012 pour les masters.

Mais quels sont les impacts de cette fusion et qu’en pensent les étudiants ? Quatre étudiants nous répondent directement :

Abdelrahman Nasser, MA1 (ancien Horta) :

Etant un ancien de Horta, j’étais pour ma part assez content quand j’ai eu la nouvelle de cette fusion car on entrait dans une autre infrastructure : celle de l’ULB. On aura un diplôme reconnu d’une grande université renommée en Belgique, en plus de l’institut supérieur. C’est aussi une bonne occasion pour revoir la pédagogie. On avait beaucoup de cours scientifiques et nous étions du coup trop affiliés aux ingénieurs architectes par rapport aux autres pays. Des cours basés sur l’art, la géométrie et les formes sont maintenant au programme des bacheliers.

 Pour le moment, un curieux silence plane au sein de l’Institut Horta car les BA1 et BA2 sont à la Cambre depuis la rentrée. Il y a par contre un gros désavantage que je voudrais pointer. L’entrée à l’université implique une entente nouvelle entre le corps professoral et les étudiants. Les professeurs n’arrivent pas encore à accepter de prendre en compte les avis divergents ou les contestations. Une sorte de jeu personnel semble aussi avoir lieu pour les hauts postes. Il n’y a, par exemple, toujours pas de doyen et de vice-doyen alors que le problème devait être réglé pour la rentrée académique !

Benoit Menu, MA1 (ancien La Cambre) :

Je pense que la fusion est une bonne chose pour plusieurs raisons. La première, et pas des moindres, est d’appartenir à la grande institution qu’est l’ULB avec tous les avantages financiers que cela comporte, une même structure administrative, des services plus importants et plus nombreux mis à la disposition des étudiants ainsi que l’image universitaire. La fusion permet aussi d’élargir les horizons concernant les échanges Erasmus. Le fait d’être plus grand permet d’imposer cette faculté d’architecture au sein du paysage universitaire européen et ainsi de concurrencer les autres universités qui se sont aussi récemment associées.

 La fusion provoque par contre la révision de certains cours, la création d’autres et la suppression de quelques uns. Des professeurs perdent leur place ainsi que des membres des secrétariats et des directions. L’ULB ne compte pas remplacer les enseignants partant à la retraite. Par conséquent, on risque de passer en atelier de un enseignant pour quinze élèves à un enseignant pour trente élèves ! Ce serait une situation catastrophique car l’enseignement du projet nécessite un suivi de qualité et régulier. Du côté Cambre, certaines particularités propres risquent de disparaître comme le système d’ateliers verticaux ou le choix libre des options. D’un point de vue plus pratique, l’ULB ne veut pas, pour des raisons de sécurité, laisser l’accès libre au futur bâtiment pendant les week-ends et en dehors des heures de cours. Cet accès aux ateliers est très important pour un étudiant en architecture qui n’a pas forcément la place pour faire une maquette de 1m sur 2 dans son petit kot de 25 m² !

 D’un point de vue plus intime, certains élèves de La Cambre m’expriment leur insatisfaction par rapport à cette fusion car le nouvel institut perdrait sa valeur familiale, le fait que « tout le monde se connait » ainsi que son caractère et son identité si chère à bon nombre de professeurs et d’élèves. La Cambre, toute une histoire ! Cependant, les mentalités évoluent. La machine est en train d’être lancée, il faut juste la roder ! Je précise juste que la fusion n’est pas encore active pour moi. Je suis toujours de La Cambre et j’attends avec impatience cette fusion. Mes premières années passées à La Cambre seront néanmoins gravées à jamais dans mes souvenirs les plus chers. 

Pierre Gréaume, BA2 :
 
J’appartiens à la première génération test de La Cambre – Horta. Cette fusion est nouvelle pour moi et les enseignants. Nous sommes plus nombreux, nous avons cours sur quatre lieux différents, les deux enseignements sont encore visibles mais regroupés.

Je pense que cette fusion apportera une vraie diversité à notre enseignement, l’enrichissant fortement. Nous voyons des points de vue architecturaux plus variés, parfois opposés, qui peuvent mener à des confrontations et des débats très intéressants. Le statut de faculté donne une autre dimension à notre enseignement et le simple fait d’avoir un diplôme universitaire est une véritable chance.

Faisant partie de cette année test, je subis de plein fouet tous les problèmes. Par exemple, le fait d’être baladé entre plusieurs campus ou d’être plus nombreux nous fait perdre cette impression d’identité et d’appartenance à une école ayant sa propre vision de l’architecture. Perdre cette identité pourrait être un danger. Les élèves sont plus individualistes et plus considérés comme des numéros plutôt que des acteurs de l’école. Par exemple, cette année, les BA1 et les BA2 ne sont jamais sur le même campus au même moment. On ne peut donc pas échanger facilement des informations ou comparer nos cours avec eux.

Enfin, je pense que l’une des difficultés de cette fusion est de trouver un enseignement commun. L’année dernière, lors de ma BA1, chaque institut a voulu garder toutes ses matières. Donc, nous avons eu beaucoup plus de matières mais pour plus ou moins le même nombre d’heures. Certains cours ressemblaient du coup plus à des introductions. Mais je pense que ce sont des problèmes dus à la jeunesse de notre faculté.

Natacha Wampach, MA2 (ancienne Victor Horta):

Je pense que les étudiants auront une meilleur reconnaissance puisqu’ils vont se fondre dans la masse d’environ 20 000 autres étudiants, cela permet de porter des plus gros projet, d’intégrer des groupes de personnes autres que ceux qu’on côtoie tous les jours au sein de l’ancien institut, de faire partie du mouvement en quelque sorte.  Malheureusement, dans l’inconscient collectif, l’université vaut mieux qu’une haute école, comme si c’était plus difficile… L’intégration à l’université permet donc de rendre les études d’architecture mieux reconnues, dire que l’on fait l’unif ou qu’on fait des « études de type long non universitaire » ça marque plus les gens.

Par rapport à la publicité qui a été faites pour cette nouvelle faculté d’architecture, nous avons un gros problème d’effectif pour les BA1. Il y a trop d’inscrits, des locaux trop petits et pas assez de professeurs. Je sais que ça ne prend pas l’ampleur de la faculté de médecine mais je n’aimerai pas être en première à l’heure qu’il est.

 J’espère que des cours de langue vont être intégrés dans le cursus architecture, c’est primordial dans notre domaine, beaucoup de livres sont en anglais, tous les documents administratifs à Bruxelles doivent être présentés en français et en néerlandais, un cours de langue et quelques termes techniques ne seraient pas de trop !

Dautinger Cédric (photos de Nasser Boudi)

Pour plus d’information : http://www.lacambre-archi.be/ et http://www.archi.ulb.ac.be/


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